Le 26 avril 2007
Madame, Monsieur,
A l’approche du second tour des élections présidentielles, nous vous écrivons au nom de l’Alliance Evangélique Française : nous souhaitons, en effet, vous rendre attentifs à certaines de nos préoccupations.
Nos convictions, que nous voulons exprimer dans le respect mutuel, se traduisent par un certain nombre d’attentes concernant la fonction à laquelle vous aspirez, et que nous vous présentons ci-après.
Votre conception de l'engagement politique
Nous espérons que la très forte participation au scrutin du premier tour est le signe d’un regain de confiance de nos concitoyens à
l’égard du monde politique. Une restauration durable de cette confiance nous semble reposer sur :
- la continuité dans des propos vrais et des promesses fiables, en résumé : “ dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ”.
- des manifestations claires d’un investissement politique vécu avant tout comme un service.
Nous attendons que les engagements que vous avez pu exprimer sur ce point se prolongent, au-delà de la campagne électorale, par des mesures concrètes manifestant clairement cette préoccupation.
La liberté religieuse
Conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, nous sommes attachés à la liberté de religion (ou à la liberté
de ne pas en avoir). En particulier, les changements de religion, s’il s’avère qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune pression, ne doivent
être l'objet d'aucune suspicion, et encore moins de rétorsion. Or, la notion même de conversion est suspecte, voire irrecevable,
dans certains milieux, laïcs ou religieux.
Nous souhaitons que cette question soit soulignée publiquement afin de renforcer les libertés individuelles.
La religion dans la sphère publique
Restreindre l’expression de convictions religieuses à la sphère privée relève d’une laïcité détournée de ses fondements. La dimension spirituelle constitue une composante inhérente à la personne humaine, donc à la société civile. Nous attendons une laïcité ouverte, qui garantisse une liberté d’expression pour chacun dans le respect mutuel, et qui exclue toute discrimination (comme, par exemple, le refus de certaines Caisses d’Allocations Familiales de rembourser des bons-vacances au motif du caractère religieux des séjours concernés). DES VALEURS POUR VIVRE ENSEMBLE
La famille
Les chrétiens évangéliques s’associent aux voix des membres de la société civile qui veulent affirmer haut et fort que le mariage implique un homme et une femme, et que les enfants ont besoin d'un père et d'une mère. Nous nous inscrivons en faux contre l’idée selon laquelle accorder de l'importance à un certain "ordre des choses" serait une attitude discriminatoire. Nous pensons qu’il est de la responsabilité de l’Etat de favoriser, par des mesures appropriées, une politique familiale qui contribue au développement durable de la structure sociale.
La dignité de l’être humain
Nous réaffirmons que l’argent n’est pas la valeur suprême. Dans le contexte difficile des échanges mondialisés, il est important de rappeler que l’homme ne peut être réduit au rôle de variable d’ajustement dans les décisions économiques. On a pu trouver dans la Bible la source aussi bien du capitalisme que du socialisme. Ce qui est sûr, c'est qu’elle valorise l'initiative personnelle et ses retombées positives, et qu'elle s'insurge avec force, et même avec violence, contre l'injustice que constitue la spoliation des plus faibles. Par ailleurs, nous sommes préoccupés par les graves atteintes à la dignité humaine relevées dans le système carcéral. Nous sommes attachés au respect de cette dignité dans tous les aspects et à tous les stades de la vie, en particulier dans notre système de soins, et dans les divers développements de la recherche scientifique. Nous pensons qu’il est indispensable de travailler à des améliorations dans ce domaine.
L’accueil de l’étranger
La France est souvent présentée comme une terre d'asile et la patrie des droits de l'homme. Nous sommes conscients de la problématique engendrée par des flux migratoires importants et par l’idée même de l’accueil de l’étranger, valeur biblique à laquelle nous sommes profondément attachés. De fait, nous vivons au bénéfice d’une intégration relativement réussie, au fil des générations, de populations d’origines très diverses. Notre communauté nationale s’est ainsi constituée et il s’agit, aujourd’hui, de la préserver de replis identitaires, sources de communautarismes séparateurs. Nous attendons le renforcement dans le pays d’une véritable communauté de vie, ouverte et insérée dans les échanges de notre temps.
La solidarité
Le système français de protection sociale fait encore envie à de nombreux pays. Il nous faut être vigilants pour que notre évolution, en particulier dans le contexte européen, n’aille pas dans le sens d’un “ chacun pour soi ” qui laisserait sur le bord du chemin les plus démunis, en particulier sur le plan du système de santé. Nous souhaitons des mesures qui contribuent à renforcer la solidarité sociale et la réinsertion des plus démunis.
Le développement durable
En pensant à notre responsabilité dans la sauvegarde de la création, notamment pour les futures générations, l’urgence écologique est criante, aussi bien sur le plan des changements climatiques annoncés, que sur celui de l’épuisement des réserves d’énergie fossile. Nous espérons la mise en place d’un programme en matière énergétique (économies, réduction de consommation, promotion d’énergies non polluantes) qui respecte l’environnement, pour nous et pour les générations à venir. Regard vers l’avenir : dette publique, retraites, recherche, enseignement L’héritage lourd que représente la dette publique risque de réduire nos marges de manœuvre dans bien des domaines. C’est vrai, notamment, pour le financement des retraites, pour des programmes de recherche non liés, dans l’immédiat, au souci de rentabilité, et pour organiser un enseignement de nature à faire de véritables adultes responsables et engagés dans la société. Dans tout cela, faut-il mettre en avant, comme moteur de toute réalisation, la croissance économique, ou s’agit-il d’abord de retrouver une dynamique de vie autour d’objectifs motivants ? Nous attendons que soit proposé un projet de société engageant l’avenir. Que priorité soit donnée à tout ce qui peut susciter une dynamique d’espérance au lieu d’une vision à court terme conditionnée uniquement par la croissance économique.
Des engagements géopolitiques
La bonne échelle pour prendre certains problèmes à leur source est celle de la planète.
Les disparités Nord-Sud
Selon certaines analyses, ces disparités donnent lieu :
- par le biais de la mondialisation, à leur propre propagation à l’ensemble du monde, y compris à l’intérieur des pays les plus
riches,
- à des flux migratoires problématiques, des populations de plus en plus nombreuses quittant leurs lieux de pauvreté invivable
pour aller là où elles espèrent trouver des conditions de vie plus dignes.
La lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes (la faim, les pandémies, etc.) est une priorité, notamment pour l’Afrique, a minima pour éviter les phénomènes ci-dessus, mais aussi pour une simple raison de justice. Nous serons sensibles aux mesures que vous avez prévues sur ce sujet, et aux suites que vous comptez donner à l’interpellation que le Défi Michée (www.defimichee.org) vous a adressée lors de la campagne du premier tour, pour les efforts en vue d’atteindre les OMD, pour annuler les dettes des pays les plus pauvres, pour rendre le commerce international plus juste, et pour permettre l’accès aux soins pour les plus démunis.
Un développement qui préserve la planète
On ne peut pas simplement dire aux pays pauvres que, s’ils se mettent à vivre comme les pays riches, le monde va à la
catastrophe. Pour préserver la planète pour les générations futures, il est indispensable de favoriser des actions volontaristes
mondiales sur le plan :
- d’une réduction draconienne de la consommation énergétique et de la pollution des pays riches,
- d’un développement bien conçu qui ne consiste pas en l’exportation lointaine de nos modes de vie.
Notamment, il semble intéressant de mettre en œuvre des modèles de développement adaptés aux situations locales ou régionales.
Le micro-crédit est, par exemple, une voie prometteuse, mais nous avons besoin d’être inventifs sur bien d’autres plans.
Une approche inventive du développement durable à l’échelle du monde demande l’engagement de tous. Nous comptons
bien que notre pays y participe.
Nous vous remercions par avance des commentaires ou propositions que vous voudrez bien nous communiquer. Nous savons que les questions auxquelles sera confronté(e) notre futur(e) président(e) sont complexes et nous n’avons pas la naïveté de penser que tout peut se résoudre en un clin d’œil. Quoi qu’il en soit, nous tenons à vous faire savoir que nous continuerons à apporter notre contribution à la réflexion et au débat d’idées pour un monde plus juste, fraternel et respectueux de la vie et de la personne humaine dans son ensemble. Nous resterons vigilants et attentifs aux actions qui seront menées. Une des manières de le manifester sera, selon les indications mêmes de la Bible, de prier pour le nouveau Président ou la nouvelle Présidente de la République.
Avec nos respectueuses salutations,
Michel CHARLES, Président,
pour le Conseil National de l’AEF
L’Alliance Evangélique est née au niveau mondial en 1846. Premier organisme interconfessionnel des temps modernes, elle
rassemble des individus, des associations et des Eglises issues de la Réforme protestante du XVIe siècle en Europe, unis par les
convictions communes aux chrétiens évangéliques. Elle est organisée en 128 branches nationales qui représentent à ce jour
environ 420 millions de chrétiens. L’Alliance Evangélique Française, présente en France depuis 1847, est constituée en
association loi 1901 depuis 1955. Elle est représentative des grandes composantes évangéliques qu’elle rassemble autour de
valeurs, de réalisations et de projets communs (www.alliance-evangelique.org).













del.icio.us it!
Blogmark it!
Scoop it!
Fuzz it!
Tape Moi!
AllActuer Ca!
Nuouz Ca!
Memes Ca! 

























