La police a appréhendé une dizaine de jeunes gens depuis l'assassinat à l'arme blanche de trois protestants dans une maison d'édition chrétienne à Malatya, annonce le gouverneur de cette ville du sud-est du pays, Ibrahim Dasoz.

Les trois victimes, parmi lesquelles figurait un ressortissant allemand, ont été retrouvées mercredi égorgées, pieds et poings liés, dans l'immeuble abritant l'éditeur Zirve, qui publie notamment la Bible en turc.

Cinq des suspects, interpellés sur les lieux du crime, avaient tous dans leur poche, selon le quotidien Milliyet, un message proclamant: "Nous sommes des frères, nous allons à la mort."

Les cinq jeunes gens, qui auraient affirmé aux policiers avoir agi pour des mobiles patriotiques", logeaient tous dans la même auberge, gérée par une fondation islamique, précise le journal.

"Le cauchemar continue!", titre le grand quotidien, faisant allusion à l'accumulation de violences à l'encontre des minorités ethniques et religieuses turques, notamment la communauté chrétienne, forte de 100.000 âmes.

La visite "historique" du pape Benoît XVI, l'an dernier s'était plutôt bien passée, mais elle avait été précédée et suivie de menaces et violences anti-chrétiennes.

Début 2006, un prêtre italien avait été abattu par une jeune fanatique à Trabzon (ex-Trébizonde), sur les bords de la mer Noire.

"AGRESSION SAUVAGE ET ECOEURANTE"

Milliyet lie aussi le massacre de Malatya à l'assassinat cette année de l'éditeur turco-arménien Hrant Dink, originaire de Malatya, par un autre jeune nationaliste turc.

Les représentants des Eglises protestants se sont indignés jeudi de cette "agression sauvage et écoeurante" et ont invité le gouvernement à mieux protéger les minorités de ce pays de 74 millions d'habitants à 99% musulman.

Une vague de nationalisme submerge depuis un an la Turquie, dirigée par un gouvernement islamisant, où les missionnaires chrétiens sont souvent accusés de saper les fondements de la nation turque.

L'agression de mercredi intervient alors que la tension monte, à l'approche de l'élection présidentielle, entre l'élite politique laïque et le gouvernement de Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamique.

La puissante armée turque a fait connaître son souhait qu'il renonce à se présenter en mai aux suffrage du Parlement, où son parti AKP dispose de la majorité, en remplacement du président Ahmet Necdet Sezer, farouche défenseur de la laïcité.

Plusieurs centaines de milliers de personnes - plus d'un million selon les organisateurs - ont défilé samedi dans les rues d'Ankara pour exprimer leur refus d'Erdogan à la présidence.

"La Turquie est laïque et restera éternellement laïque", scandaient des manifestants agitant des drapeaux nationaux et des banderoles à l'effigie d'Atatürk, fondateur de la République bâtie sur la séparation de l'Etat et de la religion.