NDLR: Merci à Claude de nous avoir fait passer sa réponse parue dans les DNA le 3 avril, au message du pasteur protestant Freddy Sarg parue également dans les DNA le 28 mars (l'article de Freddy Sarg est lisible après la réponse).

Laissez souffler le Saint-Esprit !

Le point de vue de Freddy Sarg « Que penser des évangéli­ques ? » (DNA du 28 mars) a suscité plusieurs réactions. Ainsi celle de Claude Harel, président de l'Entente des Églises Évangéliques de la communauté urbaine de Strasbourg. C'est bien volontiers que nous reconnaissons au pasteur Freddy Sarg le mérite de dire que le christianisme sociologique devrait évoluer vers un christianisme confessant. Le fait de « confesser Jésus-Christ comme Seigneur et Maître » est en effet l'une des caractéristiques des chrétiens évangéliques. J'ajouterai qu'ils ne peuvent vraiment le faire sans reconnaître aussi et d'abord Jésus-Christ comme Sauveur. Mais ils ne se considérent pas comme ayant le monopole de cette caractéristique et se réjouissent de pouvoir reconnaître commes soeurs et frères en Christ tous ceux qui partagent cette foi, quelle que soit leur Église.

Une tare ou un péché ? Mais, selon Freddy Sarg, il y aurait d'un côté les « Églises historiques » et de l'autre les « Églises évangéliques ». Affirmer cela revient à méconnaître le fait qu'un certain nombre d'Églises évangéliques peuvent aussi à bon droit être dites historiques. C'est au XVIe siècle que les anabaptistes (plus connus aujourd'hui sous le nom de mennonites) ont vu le jour, à l'époque de Luther, Zwingli et autres réformateurs. L'anabaptiste Michaël Sattler a connu Martin Bucer à Strasbourg. Plus tard ont suivi, entre autres, les baptistes au XVIIe , les méthodistes au XVIIIe, puis l'Armée du salut en XIXe. Désolé, toutes les Églises évangéliques ne sont pas nées de la dernière pluie. Même si c'est le cas de certaines d'entre elles, est-ce une tare ou un péché ? La vie ne surgit-elle pas librement parfois et de façon surprenante ? Le Saint-Esprit lui-même n'aurait-il pas toute liberté pour insuffler ou ré-insuffler la vie là où il veut et comme il le veut ? Y compris de façon supra-rationnelle, par ce que la Bible appelle effectivement des « signes ». Qu'il faille par ailleurs raison garder, et faire preuve de sagesse et de discernement, cela est évident. La mouvance évangélique, dans sa diversité, est capable d'examen critique. En cela elle adhère au principe bien protestant « Ecclesia semper reformanda », l'Eglise doit être capable de se réformer toujours à nouveau. Par ailleurs, des dialogues existent entre Églises, entre catholiques et évangéliques par exemple (*). Nous voulons être ouverts aux questions posées et poursuivre le dialogue avec tous ceux qui le souhaitent.

Un Dieu « créateur et souverain » Les évangéliques se caractériseraient par la « haine de la science », selon Freddy Sarg, ceci découlant de cela, à savoir leur propension à valoriser une culture de la performance et du miraculeux. Cette assertion nous paraît vraiment manquer de nuances. C'est ignorer qu'il existe aussi des scientifiques évangéliques. J'en ai rencontré ! Quant au débat évolutionisme/créationnisme, il est trop complexe pour le régler en trois lignes. Des positions variées existent à ce sujet parmi les évangéliques. Mais ne serait-il pas plus important, quoi qu'il en soit, de réaffirmer le primat de la transcendance de Dieu, d'un Dieu créateur et souverain ? Ce qui est une question de foi il est vrai, une foi qui pour nous prime sur le reste du débat. Je vous l'accorde, la question du sens est en effet sans doute plus importante que ces débats-là. Alors, trêve de polémique - je m'arrête - et de grâce, moins de schématisation et de jugements rapides. N'avons-nous pas à coeur, vous et moi, que nos Eglises soient, comme vous le dites si justement, plus authentiquement « évangéliques », fidèles en paroles et en actes au message de l'Evangile, à la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ pour tous les hommes ? Je veux le croire et l'appeler de mes voeux, pour la seule gloire de Dieu. C.H. (*) L'antenne « Évolutions religieuses et nouvelles religiosités » de l'archevêché de Strasbourg et l'Entente ont publié conjointement des Notices. Elles sont consultables sur le site de l'Entente : www.entente-strasbourg.fr , ou disponibles auprès de l'antenne, 27 rue des Juifs, 67 000 Strasbourg, ou au secrétariat de l'Entente, c/o La Bonne Nouvelle, 4 rue des Magasins, 67 000 Strasbourg. La Conférence des évêques de France a également publié un document intitulé Regard sur le protestantisme évangélique - Conversations évangéliques-catholiques, dans la collection Documents Episcopat, n° 8/2006. Édition du Mardi 3 avril 2007


France / Point de vue / Religion

Que penser des évangéliques ?

Devons-nous avoir peur des évangéliques ? Le pasteur Freddy Sarg précise cette interrogation au moment où la Fédération protestante de France s'apprête à changer de président et où le pasteur Claude Baty, d'obédience évangélique, est pressenti par le conseil sortant. « Le mot évangélique fait peur dans l'opinion publique française car il est assimilé à des mouvements religieux sectaires venant le plus souvent des Etats-Unis. Les évangéliques voudraient-ils « apporter la foi chrétienne » dans les bagages des militaires américains qui se sont taillés une réputation d'enfer avec leur stratégie de bombardements des pays hostiles ? Il convient de distinguer dans le protestantisme les Eglises historiques (les réformés, les luthériens, les baptistes) et les Eglises évangéliques dans lesquelles on range les Eglises du réveil, les mouvements charismatiques, les mouvements pentecôtistes, etc. A noter que les mouvements évangéliques ne naissent pas seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Afrique, en Amérique du Sud, voire en Europe. Ces Eglises rappellent aux Eglises historiques qu'être chrétien dans un monde sécularisé ne va plus de soi. Il est nécessaire d'évoluer de plus en plus de la situation de chrétiens sociologiques à celle de chrétiens confessant personnellement Jésus-Christ comme Seigneur et Maître. De plus, leurs célébrations religieuses sont souvent plus vivantes, parlent plus aux jeunes générations car elles tiennent compte de la dimension émotionnelle présente en chaque personne. Les Eglises historiques ne doivent pas craindre de s'inspirer de ces deux idées majeures qu'on trouve dans les Eglises évangéliques. Néanmoins il faut être très vigilant sur deux autres points.

L'un des dangers est la haine de la science
Dans certaines de ces Eglises évangéliques, mais heureusement pas dans toutes, on veut prouver la vérité du message par une culture du résultat, de la performance. Et les miracles (comme la transformation de dents en or !) sont invoqués comme la preuve que Dieu est avec ces mouvements. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'est un miracle. La Bible préfère le mot signe à celui de miracle. Mais avec de telles preuves on risque d'entrer dans le domaine de la magie, de l'illusionnisme, voire du charlatanisme. Le deuxième danger, qui découle du premier, est la haine de la science et en particulier de la théorie évolutionniste de Darwin que personne dans le monde scientifique ne pense sérieusement remettre en question. Et là on est dans les mouvements « créationnistes », anti-évolutionnistes qui prospèrent aux Etats-Unis et qui militent ouvertement pour une théocratie et pour une lecture littérale des textes bibliques. Mais de telles dérives sectaires s'observent dans toutes les religions. Comme le souligne le scientifique Jacques Arnould qui est aussi dominicain, il y a des créationnistes juifs et musulmans. Le Coran, comme la Bible, affirme que Dieu a créé l'univers et tout ce qu'il renferme en six jours...

Réfléchissons au sens de l'existence humaine
Là, les Eglises protestantes historiques issues de la Réforme et éclairées par le Siècle des Lumières affirment qu'on ne peut pas opposer science et foi. La science s'intéresse au comment des choses et les religions au sens de l'existence humaine. Pour notre part, nous préférons affirmer que toutes les Eglises chrétiennes sont évangéliques et, en particulier, l'Eglise catholique romaine quand elles annoncent une Bonne nouvelle qui est une réflexion sur le sens de l'existence humaine à partir de la vie de Jésus de Nazareth ». F. S. (*) Inspecteur ecclésiastique, vice-président sortant de la Fédération protestante de France. Édition du Mer 28 mars 2007