Implanter une église demande du temps et de la patience. Interrogez le pasteur Manuel Dominguez et sa famille. Ils ont commencé à établir, il y a 30 ans, petit à petit une congrégation dans ce coin pauvre au sud-est du Mexique. Un pas après l’autre, en commençant par des études bibliques, entreprenant des efforts d’évangélisation ainsi que des clubs bibliques, puis beaucoup de contacts personnels. Aujourd’hui, la congrégation atteint plusieurs centaines de membres, représentant une église vivante et solide.

Une seconde génération de la famille Dominguez se lève, leur fille Mayna et son mari Ruly Cruz vont relever le défi de maintenir cette église dans ce 21e siècle. Cependant, pour en arriver là, celà n’a pas été facile. En 1994, l'Armée de Libération Zapatiste, un mouvement de guérilla secret a surgi entourant la ville d’Ocosingo, provoquant des conflits militaires qui ont duré des mois.

A l’époque actuelle, le mouvement Zapatiste continue d’influencer le magnifique état où se situe Ocosingo; l’état du Chiapas. Pour preuve, on peut lire une pancarte placardée près de la base militaire "nous contrôlons l’état du Chiapas, l’état où le peuple fait les lois et où le gouvernement obéit." En raison de l’insécurité due à la situation politique, la famille Dominguez a du interrompre son travail pendant un certain temps, mais le ministère de ce couple consacré ne s’est pas arrêté pour autant.

Après avoir obtenu leur diplôme au Rio Grande Bible College où ils se sont rencontrés, le couple s’est installé dans la maison de Lidia dans l’état du Chiapas et ont commencé à témoigner aussi bien aux Espagnols qu’à la population indigène. En créant un réseau de Clubs Bibliques qu’ils continuent à Ocosingo et aux alentours, ils sont à même d’apporter l’Evangile aux enfants et aux adultes.

Lidia a débuté le travail des clubs lorsqu’elle a obtenu son diplôme deux ans avant Manuel. Des missionnaires avaient commencé une petites église, mais ils ont du partir, explique Lidia, ce qui leur a permis de prendre la relève.

Aujourd’hui, le couple s’occupe de cinq clubs dans la communauté aussi bien pour enfants que pour adultes, ainsi qu’un autre dans une petite ville à l’extérieur du canton d’Ocosingo où Manuel exerce en tant que pasteur d’une congrégation indigène. « Nous avons environ 200 enfants qui fréquentent les clubs chaque semaine » dit Manuel.

De nombreux enfants viennent à l’église au travers de ce ministère des clubs et amènent leurs parents. Ce qui a pour résultat, une croissance rapide de l’église. Nous avons acheté la maison qui se trouvait à côté de l’église pour développer l’école du dimanche, expliquent-ils. Lidia ajoute qu’ils souhaitent construire rapidement une salle pour les mariages et les événements sociaux ainsi qu’un baptistère. Jusque là, les baptêmes avaient lieu dans la rivière, mais elle est devenue trop polluée.

Ces nouvelles installations, y compris un terrain de sport, vont carrément doubler la propriété de l’église et des bâtiments actuels.

Mayna et Ruly envisagent un travail de prévention dans un état aussi troublé que le Ciapas. Ils souhaitent détourner les problèmes qui pourraient survenir avec les gangs. Une des prisons de l’état est remplie de membres de gangs qui ont été arrêtés. Pour le moment, ce n’est pas encore le problème à Ocosingo et « nous voulons tout faire pour que la ville ne devienne pas un centre d’activité des gangs. » disent-ils. Ils vont travailler parmi les étudiants d’université pour qu’ils ne soient pas entraînés dans des gangs où règne la violence. Nombreux sont ceux qui proviennent de familles disfonctionnelles et ils se tournent soit vers les gangs, soit vers l’église pour trouver une famille. C’est ainsi que chaque week-end ils offrent l’alternative des groupes de jeunes et de classes bibliques plutôt que la rue et les gangs.

Cela en vaut la peine, car plusieurs membres de l’église, éloignés de leurs familles et qui étudient dans les universités ont été tentés de faire partie d’un gang, et plutôt que de retourner dans leurs familles pendant le week-end, ils sont devenus des membres de l’église parce que les différents groupes d’église offrent un message et une ambiance qu’ils trouvent passionnants et qui donnent du sens à leur vie.

Cependant, Ruly et Mayna ont le désir d’offrir plus encore : "Nous prions pour avoir la possibilité d’organiser un camp de jeunes où ils pourront se sentir comme faisant partie d’une famille chrétienne. Nous avons reçu des moyens financiers pour acheter un grand terrain en dehors de la ville où nous espérons construire au cours des prochaines années ; des maisonnettes en bois, un grand réfectoire, et un emplacement de football sont prévus également." Ruly et Mayna désirent servir à plein temps dans le ministère, mais ils n’ont pas de soutien financier et doivent travailler pour subvenir à leurs besoins.

La famille, composée des quatre membres, est missionnaire de Bible Centered Ministries International. Cette agence soutient 700 missionnaires à plein temps qui servent dans 50 pays différents.

En regardant le chemin parcouru, Manuel et Lidia peuvent dire qu’ils ont passé 30 ans de service dans ce coin quasi ignoré du Mexique. "Ce fut pour nous une bénédiction", affirment-ils. Une bénédiction qui va continuer au travers du ministère de leur fille et de son mari qui ont repris le flambeau et leur ministère verra se lever une nouvelle génération de croyants Mexicains.