L'arrestation, mardi, d'un voyageur sans billet a dégénéré en heurts avec les forces de l'ordre qui n'ont pris fin que vers 1 heure du matin. Toute la soirée, la gare a vu des scènes d'affrontements et de pillages, au milieu des voyageurs, spectateurs impuissants.

Tout a commencé mardi vers 16h30 avec l'interpellation d'un voyageur ayant tenté d'accéder sans billet au réseau RER en enjambant un portillon. Un incident banal qui a dégénéré de manière imprévisible à la gare du Nord, tournant à l'affrontement entre jeunes et forces de l'ordre, avant un retour au calme entre minuit et une heure du matin lorsque la police a réussi à évacuer les lieux par une série de charges et à grand renfort de gaz lacrymogène. Le dernier noyau de manifestants dispersé, les forces de l'ordre ont encore dû poursuivre le jeu du chat et de la souris avec quelques petits groupes violents dans les rues autour de la gare. Selon la préfecture de police, treize personnes ont été interpellées, dont le voyageur sans billet, un homme de 32 ans accusé d'avoir frappé les agents de la RATP qui avaient tenté de le contrôler.

Selon le nouveau ministre de l'Intérieur François Baroin, le resquilleur était "très défavorablement connu des services de police puisqu'il a vingt-deux affaires signalées, et de surcroît entré illégalement sur le territoire". Selon des informations de LCI, il serait d'ailleurs sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière. Il avait été rapidement maîtrisé par une patrouille de gendarmes passant non loin de là. Mais quelques dizaines de témoins, parmi lesquels de nombreux jeunes, ont estimé que l'interpellation avait été trop brutale et ont commencé à se masser devant le local de la RATP dans lequel le suspect avait été dans un premier temps retenu, avant d'être évacué vers un commissariat.

Boutiques vandalisées, début d'incendie

Vers 17 heures, alors que la rumeur de l'arrestation se répandait dans la gare, des renforts de policiers et de gendarmes intervenaient. Sous les regards de centaines de témoins et d'usagers du métro coincés sur place, une foule de plus en plus hostile, vite motivée par la présence de caméras de télévision, a commencé à jeter des projectiles (surtout des bouteilles de soda en plastique et des fruits) sur les forces de l'ordre. Les policiers ont répondu par de courtes charges et des jets de gaz lacrymogène, dont les effluves se sont répandues dans les couloir et dans la gare, faisant tousser et pleurer tous les gens alentour. Vers 18 heures, les métros des lignes 4 et 5 ont cessé de marquer l'arrêt et les forces de l'ordre ont bloqué les accès.

A partir de 18h30, certain jeunes, armés de caddys ou de poteaux métalliques utilisés dans le métro pour délimiter les files d'attente, ont tenté de casser des vitrines de commerces, des distributeurs automatiques de boissons et de friandises, des panneaux d'affichage et des vitres de séparation. Un début d'incendie a été allumé dans un stand d'accueil de la RATP, mais a été rapidement maitrisé par les pompiers. Dans la station, le rideau de fer d'une boutique a été tordu, dans une tentative de l'ouvrir, mais les lieux ont été vite gardés par un cordon de police. Aux cris de "Sarkozy, enc...!", "Police partout, justice nulle part !" ou "A bas l'Etat, les flics et les patrons !", les jeunes émeutiers ont insulté policiers et gendarmes, dont certains en tenue anti-émeute. Malgré le retour dès 19h30 d'un service normal sur les lignes 4 et 5 du métro, il aura fallu attendre jusqu'après minuit la fin des derniers incidents.

Parce qu'on "se retrouve dans une situation de violence inouïe", François Baroin, interrogé mercredi matin pour savoir si la réponse apportée par les forces de l'ordre à cette situation était proportionnée, a répondu : "on ne va pas apporter de réponse intellectuelle à un sujet comme celui-ci. Il y a un état de droit, la liberté, la règle, mais il n'y a pas de liberté sans règle", a souligné le ministre qui a voulu apporter "un hommage très appuyé aux forces de l'ordre" en saluant leur "grand sang-froid". Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat général de la police (SGP-FO), souligne pour sa part "un véritable risque d'hystérisation des rapports police-jeunesse".

D'après agence

"On ne peut pas donner raison à celui qui fraude"

Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale : Il appelle à "ne pas mélanger" les "quelques incidents" survenus à la gare du Nord et "les banlieues françaises".
Nicolas Sarkozy, candidat UMP, sur France-Info : "Nous sommes le seul pays où on considère qu'arrêter quelqu'un parce qu'il n'a pas son billet, ce n'est pas normal. On ne peut pas donner raison à celui qui fraude et frappe un policier. La police a fait son travail".
Julien Dray, porte-parole du PS, dans un communiqué : Ces affrontements "illustrent le climat de tension, le fossé et la violence désormais installés entre la police et la population".
Marie-George Buffet, candidate communiste : Elle a dénoncé mardi soir la "tension dans ce pays".
Philippe de Villiers, candidat du MPF, sur RMC et BFM-TV : dénonçant une "guérilla urbaine", il affirme : "La société a tourné du côté des malfrats. Des bandes ethniques sont installées sur notre territoire et considèrent que même la gare du Nord, c'est leur territoire".