EUROVISION La pétition lancée contre la chanson qui représentera la Suisse à l'Eurovision sera déposée à Berne mardi. Mais ce qui défrise le plus, c'est la stratégie que nous adoptons chaque année pour courir après ce prix...

Au grand concours de l'Eurovision, aurions-nous chaque année un coup de retard?

En 2005, la Suisse se rend compte que les votes nationalistes pèsent de tout leur poids dans cette compétition. En clair: la Bordurie vote en masse pour tel interprète s'il est bordure. Pour l'édition 2006, la Suisse présente donc un groupe de six chanteuses et chanteurs formé d'une Bosniaque, une Israélienne, un Suédois, un Portugais, un Maltais et une Suissesse.

Résultat? Dix-septième rang sur 24 participants... La recette a fait un flop.

Ceux qui triomphent cette année-là sont Finlandais: grimés comme des créatures de films d'épouvante, les cinq membres du groupe Lordi raflent la première place avec un morceau de hard rock grand-guignolesque. Les conservateurs les accusent même de «cultiver le satanisme».

Alors bon. Les organisateurs suisses de la compétition prennent note de la leçon, laissent tomber la recette des votes nationalistes et misent pour l'édition 2007 sur le registre épouvante, grand guignol et rock sanguinolent. Interprétée par l'Argovien DJ Bobo, la chanson qui représentera notre pays en mai prochain à Helsinki s'intitule «Vampires are alive» - «Les vampires sont vivants» - et surfe sur la vague gothique, avec morts-vivants, succubes et autres buveurs de sang.

Extraits des paroles: «Je suis un vampire, je suis un esclave... Libère ton esprit après minuit, vends ton âme... Du ciel en enfer, jouis du voyage... Tu es là pour capituler devant la vie...»

Le clip est à peine sorti que la chanson provoque une déferlante de protestations. Les milieux évangéliques y voient une «minimisation de l'enfer et de Satan»; L'Union démocratique fédérale (UDF) lance une pétition pour demander au Conseil fédéral qu'il «supprime cette production». «Elle sera remise mardi à Berne, annonce le secrétaire romand du parti, Maximilien Bernhard. A ce jour, elle a déjà recueilli 40 000 signatures. Nous ne tolérons pas que la Suisse soit représentée à Helsinki par une chanson qui prône l'occultisme.»

L'occultisme, ce n'est pas ce qui inquiète le milieu des professionnels de la musique, mais même chez eux, la chanson de DJ Bobo inspire des doutes: en Suisse alémanique, les principales radios s'abstiennent de la diffuser. «Beaucoup trop puérile», confiait au «Matin», il y a trois semaines, le responsable musical de la station zurichoise Radio 24. En un mot: pour bien des «pros», le titre a déjà du plomb dans l'aile.

Mais qui sait? Si la gagnante, cette année, est une petite chanteuse toute sage et en robe blanche, on peut être sûr de ce que présentera la Suisse au concours de l'année prochaine: la chanson d'une petite chanteuse toute sage et affublée d'une robe blanche.