De nouvelles directives du ministère de l’éducation publiées hier vont permettre aux chefs d’établissement d’interdire le voile intégral dans leurs écoles.

Les directeurs d’écoles britanniques pourront dé­ sormais interdire le port du voile islamique dans leurs établissements. Face au débat qui secoue la Grande-Bretagne depuis plusieurs mois, le ministère de l’éducation a publié hier de nou­velles directives gouvernementales sur ce dossier sensible. Loin de fixer des règles rigides et autoritaires sur le port du voile, le ministère a précisé que ces nouveaux textes ne visent pas à interdire de manière pure et simple toute forme de signe religieux au sein des écoles, mais à permettre aux chefs d’établisse­ments de décider en fonction de l’environnement social et ethnique. Ces nouvelles directives clarifient les compétences des directeurs d’écoles et s’appliquent aux éco­les publiques comme aux écoles confessionnelles. Ainsi, certains vêtements tels que le «niqab», voile intégral ne révélant que les yeux, pourront être interdits si les directeurs estiment qu’ils portent atteinte à la sécurité des élèves ou à l’apprentissage, à condition qu’une consultation soit menée au préalable avec les communautés locales, et notamment avec les parents d’élèves. Le voile décou­vrant le visage devrait toutefois rester autorisé dans les écoles.

Cette nouvelle réglementation touchant les écoles survient à la suite d’une décision de justice, qui avait fait grand bruit en Grande­Bretagne, favorable à une école interdisant le port du niqab en classe à une jeune musulmane de 12 ans, s’opposant ainsi à la volonté de son père. Un arrêt de la Haute Cour de justice avait donné raison à cette école qui avait ex­pulsé l’élève. Trois mois plus tôt, en octobre 2006, une institutrice musulmane avait été suspendue par un tribunal de première ins­tance pour avoir refusé de retirer son niqab en classe. Quelques jours auparavant, le ministre des relations avec le Parlement, Jack Straw, avait affirmé qu’il se sentait mal à l’aise dans sa circonscription face aux femmes portant le niqab, y voyant notamment un symbole de séparation entre communautés.

Depuis, le débat sur le voile in- terroge toute la Grande-Bretagne sur les vertus de son modèle multi­culturel et sur la place du religieux dans la société. La dénonciation par Jack Straw, puis plus tard par Tony Blair, du voile comme signe de séparation des communautés a creusé une brèche dans le multicul­turalisme britannique. Ce modèle mis en place dans les années 1960 met l’accent sur la tolérance d’une société respectant la culture et la religion de chaque communauté, sans les soumettre à un modèle dominant. Il s’oppose ainsi au modèle français d’assimilation. Mis sur la sellette depuis des an­nées pour son incapacité à vrai­ment intégrer ses minorités, il a été sérieusement ébranlé après les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, perpétrés par de jeunes musulmans britanniques. Le mul­ticulturalisme est de plus en plus remis en cause au profit de ceux qui défendent un concept de laïcité (traduit par secularism en anglais) auparavant tabou.

Le débat s’est notamment concentré sur le rôle des écoles confessionnelles, créées par un accord datant de 1944 et qui sont aujourd’hui près de 7 000 (soit le tiers des écoles publiques), essen­tiellement chrétiennes. Au fil du temps, les autres confessions ont affirmé leur volonté de disposer d’écoles ainsi financées par l’État. Il existe au moins 36 écoles juives, sept musulmanes et deux sikhes. Les musulmans espèrent obtenir le financement de 150 établisse­ments supplémentaires. Mais ces écoles sont plus que jamais perçues aujourd’hui comme le ferment de la séparation des communautés et de nombreuses voix demandent leur suppression.

Sentant monter cette opposition, le Conseil musulman de Grande­Bretagne (MCB), principale organi­sation représentative des 1 600 000 musulmans du royaume, a publié le mois dernier un document de 72 pages – à la fois catalogue de recom­mandations et cahier de doléances – demandant au gouvernement de permettre aux 400 000 jeunes mu­sulmans d’exprimer plus librement leurs pratiques religieuses dans les écoles publiques, où 96 % d’entre eux étudient. La réaction du minis­tère de l’éducation a été rapide et claire : « Ce document ne cadre pas avec le code de conduite officiel en vigueur dans les écoles publiques. »

DORIAN MALOVIC