Lors des élections locales de décembre, l'alliance des conservateurs modérés et des réformateurs a défait le courant intégriste de Mahmoud Ahmadinejad, critiqué pour ses multiples provocations. Aujourd'hui, a constaté Bernard Guetta, envoyé spécial à Téhéran de « la Repubblica », le Guide suprême lui-même ne cache plus qu'il est « mécontent » du président et la rumeur assure qu'« un coup d'Etat silencieux est en marche »...

Pourquoi descendre ? En cinq heures de vol, quand l'avion s'est posé sur l'aéroport de Téhéran, toute l'enquête était faite. Bourrée d'hommes d'affaires iraniens aux bagages de marque, la cabine « business » disait l'ampleur des fortunes que recèle ce pays, la prospérité de sa bourgeoisie, laprofondeur de ses liens avec l'Occident. La coquetterie des femmes, décolletés moulants et sourires ravageurs, trahissait tout ce quise cache sous ce voile que l'atterrissage afait tristement ressortir des sacs de voyage. Et puis il y avait ce jeune internaute, représentant à Londres d'une société iranienne et si naturellement thatchérien. Nous n'avions pas décollé qu'il engageait la conversation, intarissable sur les mérites de l'Amérique, la corruption des mollahs, le «marxisme» de l'Europe et sa honte de n'être pas allé voter à la dernière présidentielle. «Ma génération ne croit pas à la politique, disait-il, mais c'est notre abstention qui a fait élire Mahmoud Ahmadinejad.»«Vous ne l'aimez pas?» La réponse est allée droit au fond : « Vous croyez que les Américains vont nous attaquer? Vous croyez qu'il faut évacuer Téhéran? » Lesprovocations de son président l'inquiétaient au plus haut point. Il détestait son intégrisme, mais il a ajouté, dans le même souffle : «Mon seul point d'accord avec lui estque nous ne devons pas céder sur le nucléaire.» Hâbleur, frivole, il n'avait pas 30 ans mais apparaissait soudain tout grave, expliquant que l'Iran n'aurait plus de pétrole «sous quinze ans» et que, sans énergie nucléaire,les Iraniens «redeviendraient des esclaves aux ordres des grandes puissances».

Tout était dit. Sous la chape du régime islamique, l'Iran est ailleurs, quelque part entre l'American dream et l'envie d'émerger aussi vite que l'Inde ou la Chine. Cette République islamique vomit sa théocratie mais l'Iran, tout l'Iran, est cimenté parun désir d'affirmation nationale, une farouche volonté de ne plus jamais retomber sous la coupe de ces étrangers - Arabes, Russes, Anglais, Américains - qui en avaient si longtemps fait une terre de conquête ou un jouet stratégique.

En cinq heures, tout était dit de ce pays qui fait si peur au monde. Mais restait àdécouvrir un fait majeur... L'Iran devientun champ de bataille politique. Ouvertement contesté de l'intérieur même du régime, son président, l'homme qui voudrait «rayer Israël de la carte», est affaibli, en recul, menacé d'une marginalisation qui pourrait changer toute la donne iranienne.

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