Malentendu, excès de zèle ou censure ? L'Université de Leeds (nord de l'Angleterre) a annulé, mercredi 14 mars, la conférence que devait donner le soir même un universitaire allemand, Matthias Kuntzel, sur "l'antisémitisme islamique".

Politologue, ex-conseiller des Verts allemands, et spécialiste du fondamentalisme musulman, M. Kuntzel devait tenir une conférence, intitulée "L'héritage d'Hitler : l'antisémitisme islamique au Proche-Orient", avant d'animer deux jours de séminaires. Ce programme, annoncé depuis trois semaines, était organisé par le département d'allemand de l'université. En arrivant sur place, l'expert a appris que tout était annulé pour "raisons de sécurité".

Les autorités universitaires affirment avoir été informées trop tardivement de la venue de M. Kuntzel et invoquent des défaillances dans l'organisation relative aux agents de sécurité. Elles nient avoir cédé aux pressions de "groupes d'intérêts", mais reconnaissent avoir reçu plusieurs courriels d'étudiants musulmans avec des "termes très forts", sans menaces directes contre le conférencier.

Le président de la "société islamique étudiante" a confirmé avoir déposé plainte sans toutefois demander l'annulation de la conférence. Pour les organisateurs, l'université a trahi "la liberté académique".

M. Kuntzel, chercheur au Centre international Vidal Sassoon pour l'étude de l'antisémitisme, qui dépend de l'université hébraïque de Jérusalem, a l'habitude d'exposer ses analyses partout dans le monde. Invité pour la première fois en Grande-Bretagne, il dénonce une "censure" : "L'antisémitisme islamique est un sujet très important, et si on ne peut l'aborder dans l'enceinte d'une université, à quoi celle-ci sert-elle ?"