NDLR: Ce phénomène est observé également en France, de façon encore plus préoccupante.

Marie Allard, La Presse

La forme physique des jeunes Canadiens est de 30 % inférieure à ce qu'elle était il y a 25 ans, selon une étude de l'Université de la Colombie-Britannique. Plus important chez les garçons que les filles, ce déclin significatif a été observé tant à 9 ans qu'à 10 et 11 ans.

«Nous savions que le niveau d'activité physique des jeunes était en baisse et que l'obésité augmentait, si bien que, tristement, ce déclin n'était pas inattendu, a indiqué à La Presse Heather McKay, la chercheuse principale de l'étude. Mais l'importance de la différence est renversante.»

Une baisse particulièrement substantielle de la performance physique des jeunes a été observée au cours de la dernière décennie, précisent les chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique dans l'étude qui vient de paraître dans la revue scientifique Pediatric Exercise Science.

Pour dresser ce triste constat, en 2004, ils ont fait passer à 250 enfants un test de course conçu par Luc Léger, de l'Université de Montréal. Leurs résultats ont été comparés à ceux obtenus au même test par 2150 jeunes du même âge, en 1981.

La différence est troublante. Le garçon classé au 50e rang sur 100 en 2004 aurait été au 86e rang en 1981. Avec la même performance, au lieu d'être moyen, il aurait été carrément faible. Ce n'est guère mieux chez les filles : la 50e aurait été 77e deux décennies plus tôt.

Comme la forme physique est liée à la prévalence de facteurs de risque de développer des maladies cardiovasculaires, «il est urgent de s'attaquer à ce déclin», selon les chercheurs. «Actuellement, la performance des enfants canadiens est aussi basse, sinon plus basse, que celle des enfants de plusieurs autres pays», soulignent-ils.

Couchés sur le plancher après 30 secondes

Yves Potvin, professeur d'éducation physique dans une école primaire de Laval, peut en témoigner. «Quand je commence mon cours, au bout de 30 secondes, j'en ai deux ou trois couchés sur le plancher, dit-il. Juste se maintenir le tronc droit est devenu un effort physique. Je ne voyais pas ça il y a 20 ans.»

«On a maintenant deux catégories d'élèves: les jeunes très actifs, qui sont dans les clubs de hockey, de soccer, de gymnastique, de plongeon, et les autres qui ne le sont pas du tout, qui ne font rien, rien, rien, poursuit-il. Entre les deux, il n'y en a plus beaucoup.»

Le phénomène n'est pas exclusif au Canada. Avec des collègues français et australien, Luc Léger a recensé des études ayant évalué plus d'un million de jeunes de 7 à 19 ans, de sept pays industrialisés, ces 20 dernières années. «Elles démontrent toutes un déclin des performances aérobiques, dans toutes les catégories d'âge et de sexe, d'environ 0,2 à 1,1% par an, notent-ils dans un article paru dans la revue savante Sports Med en 2003. Du point de vue biologique, ce déclin a été très rapide.»

D'autres exemples concrets le démontrent. Aujourd'hui, les filles de 10 ans sont deux fois moins nombreuses qu'en 1984 à courir 1600 mètres en 9,15 minutes ou moins. Soit 8%, au lieu de 15%. Quant aux garçons du même âge, ils perdent des forces: seuls 10% réussissent à faire 22 extensions des bras d'affilée, contre 15% avant.

Moins de niveau or ou argent

On connaît ces statistiques grâce au programme fédéral Jeunesse en forme Canada, qui évaluait la forme physique des élèves de 6 à 17 ans en les soumettant à six épreuves, dans les années 70 et 80. Redressements assis, extensions des bras, saut en longueur sans élan, course navette, de 50 mètres et d'endurance étaient au menu.

Bien des jeunes d'alors se souviennent des écussons Excellence, Or, Argent ou Bronze gagnés après avoir comparé leurs résultats à la moyenne nationale. À l'époque, les performances des jeunes - surtout celles des filles - s'amélioraient, si bien que les normes ont été révisées à la hausse en 1980 et 1984.

Désormais, c'est le contraire. «On constate que les standards (de 1984) sont beaucoup plus difficilement accessibles pour les jeunes», dit Mathieu Rousseau, régisseur scolaire à l'Association régionale du sport étudiant de Québec et Chaudière-Appalaches. En 2000, cette association a repris le programme fédéral, tombé dans l'oubli, et l'a rebaptisé Gym en forme. Depuis 2002, il est offert partout dans la province par la Fédération québécoise du sport étudiant.

«On a fait le choix de ne pas niveler par le bas», indique Alain Roy, directeur des programmes scolaires à la Fédération. Plutôt que de baisser les normes, il a été décidé d'ajouter la mention Participation, qui évite aux plus faibles de se retrouver les mains vides. Une deuxième série d'écussons souligne, quant à elle, les progrès des élèves.

«Ça motive les élèves»

Parmi les 350 élèves de l'école primaire Chante-Bois, de Blainville, à peine cinq ont décroché la mention Excellence. Il reste que Nathalie St-Jean, qui y enseigne l'éducation physique, apprécie beaucoup la formule. «Ça motive les élèves, qui prennent conscience de leur forme et veulent s'améliorer, dit-elle. Ils ont toujours hâte de faire les tests.»

Quelques statistiques

- Au Québec, seulement 41% des parents s'adonnent souvent à des jeux actifs ou à des sports avec leurs enfants. Plus du quart des parents ne le font jamais ou rarement.

- Plus de 70% des jeunes Québécois de 12 à 17 ans n'utilisent jamais le vélo comme moyen de transport. Le quart des jeunes n'utilisent jamais la marche comme moyen de transport (25% des garçons et 22% des filles).

- Seulement 44% des jeunes Québécois de 12 à 17 ans atteignent le degré d'activité physique recommandé. Pour l'atteindre, ils doivent faire l'équivalent de 60 minutes de marche rapide tous les jours. Autres activités possibles: 50 minutes de patin ou de soccer cinq fois par semaine ou 40 minutes de basketball, de crawl ou de vélo cinq fois par semaine.

- Sources: Institut national de santé publique du Québec et Institut canadien de la recherche sur la condition physique et le mode de vie, 2005.