Le roi Abdallah II de Jordanie a appelé mercredi les Etats-Unis à jouer un "rôle central" dans le processus de paix israélo-palestinien, mettant en garde contre les risques que le "statu quo" fait courir à la région et au monde.

"Nous devons tous prendre des risques pour la paix", a déclaré le roi de Jordanie dans un plaidoyer passionné devant le Congrès américain. Il a assuré que "rien ne peut affirmer la vision morale de l'Amérique plus clairement, rien ne peut parler à la jeunesse du monde plus clairement que le leadership (américain), et un processus de paix qui obtienne des résultats non pas l'année prochaine, non pas dans cinq ans, mais cette année".

Abdallah II a souligné l'impact régional et même mondial du conflit israélo-palestinien: "la source des divisions régionales, la source du ressentiment et des frustrations ressentis bien au-delà, est le déni de justice et de paix en Palestine", a-t-il dit, assurant encore que "la sécurité de toutes les nations et la stabilité de notre économie mondiale sont directement affectées par le conflit du Proche-Orient".

Le roi a notamment eu des entretiens à ce sujet mardi avec le président George W. Bush et avec la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, avec qui il a également évoqué la question des réfugiés irakiens.

En revanche, le conflit israélo-palestinien a occupé l'intégralité de son discours d'une demi-heure au Congrès, où il bénéficiait d'une invitation à s'exprimer devant le Sénat et la Chambre des représentants réunis, un honneur réservé aux proches alliés des Etats-Unis.

Son argumentaire s'est toutefois heurté à un certain scepticisme: en décembre, les présidents des commission des Affaires étrangères du Sénat et de la Chambre, Joseph Biden et Tom Lantos, avaient été réticents à établir un lien entre le processus israélo-palestinien et le conflit en Irak, suggéré par le prestigieux Groupe d'études sur l'Irak coprésidé par l'ex-secrétaire d'Etat James Baker.

Mercredi, la porte-parole de M. Lantos, Lynne Weil, a déclaré que le discours royal l'avait déçu: "chaque fois que quelqu'un vient au Congrès appeler les Etats-Unis à faire plus, il a toutes les chances d'être félicité chez lui, mais cela a peu de chance de faire changer la politique américaine", a-t-elle dit à l'AFP.

En outre, à la différence du roi de Jordanie, M. Lantos, un survivant de l'Holocauste, "pense que le problème central est la lutte entre les terroristes et le monde civilisé", plus que la question palestinienne, a dit Mme Weil.

Le plaidoyer du souverain hachémite intervient alors que les négociations israélo-palestiniennes sont dans l'impasse depuis près de sept ans. Le dernier plan de paix international, la Feuille de route, est lettre morte depuis 2003.

Une situation d'autant plus déplorable, pour Abdallah II, que "le statu quo tire la région et le monde vers de plus grands dangers. Au fur et à mesure que la confiance de l'opinion s'est érodée, le cycle des crises s'est accéléré", a-t-il assuré.

"Votre responsabilité aujourd'hui est de la plus haute importance", a-t-il souligné, car "les peuples de la région voient toujours les Etats-Unis comme la clé de la paix".

Ce discours est intervenu alors que le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert doivent se rencontrer dimanche.

Le roi Abdallah II de Jordanie a entamé la semaine dernière une tournée internationale visant notamment à soutenir l'initiative de paix arabe de 2002, qui prévoit une paix israélo-arabe globale, avec des garanties de sécurité complètes pour Israël de la part des pays arabes en échange d'un Etat palestinien viable et indépendant, d'un retrait israélien de tous les territoires arabes occupés depuis 1967 et d'un accord sur la question des réfugiés.