Dessin paru dans Le Monde du 10/09/2006

Paris, le 2 mars 2007

Mesdames et Messieurs les candidats à l’élection présidentielle,

Au cours des derniers mois, plusieurs partis politiques ou candidats aux élections présidentielles ont eu l’occasion de s’exprimer en faveur d’un Service civique obligatoire.

Parmi les arguments avancés pour justifier l’instauration de ce dispositif, certains ont insisté sur l’urgence de refonder la cohésion sociale par un service universel, intégrant garçons et filles d’une même classe d’âge. Les cinq organisations signataires de cette lettre ouverte, membres de la Fédération protestante de France et directement concernées par ce débat, comprennent la nécessité de renouveler le contrat social.

Nous souscrivons en effet au principe d’égalité qui sous-tend ce projet, nous voulons cependant souligner un certain nombre de points, relatifs à la mise en oeuvre, qui constituent pour nous un motif d’inquiétude et sur lesquels nous souhaiterions obtenir des éclaircissements :

- La dimension de « service » apparaît primordiale dans une telle initiative. Or, nous nous interrogeons sur la consistance et la qualité des missions qui seraient confiées aux jeunes, compte tenu des nombreuses disparités qui existent au sein de la population.

- Comment l’État pourra-t-il garantir aux jeunes des affectations qui soient à la hauteur des ambitions d’un service d’utilité collective ? Quelles seraient les structures mises en place pour organiser et faire fonctionner ce dispositif ? Quels seraient les partenaires privilégiés de l’État et comment seraient-ils associés à la réflexion préalable à son instauration ? Entre service civique et obligation, les termes ne se contredisent-ils pas sur le terrain de l’élan citoyen que cela devrait provoquer, comme deux forces opposées qui s’annuleraient ? Comment objecter à un service civique ? Quelle pédagogie utiliser pour l’annoncer à une jeunesse qui a soif de liberté ?

- Les objectifs du Service miliaire étaient clairement liés à la défense du territoire national, mais le Service civique obligatoire répond plutôt à un souci d’intégration, moins lié à la question de l’intérêt général.En lui donnant un caractère obligatoire, on peut se demander s’il sera à même de remplir ses promesses. En le limitant à une période de six mois - comme on le suggère en général -, ne risque-t-il pas d’être plus une contrainte qu’une opportunité dans le parcours des jeunes ?

- La Loi de la République a encadré la mise en place du volontariat sous différentes formes (Volontariat international, Volontariat de Solidarité internationale, ou Service civil volontaire). Certains de ces dispositifs sont encore mal connus et peuvent être améliorés.

Ne serait-il pas souhaitable de valoriser une démarche volontaire, mieux adaptée aux mentalités de nos contemporains ? Pourquoi ne pas rendre beaucoup plus attractif ce type d’engagement, animé par un souci de solidarité et porteur d’expériences souvent qualifiantes ? Sur l’ensemble de ces questions, qui ne sont pas exhaustives, nous souhaiterions interpeller les candidats à la présidence de la République en leur demandant de clarifier leur position à travers des propositions concrètes.

Dans l’attente de vos réactions, nous vous adressons nos respectueuses salutations,

Au nom des signataires, Pasteur Marc Muller

Secrétaire exécutif du Défap Service protestant de Mission