Le présidentiable républicain Mitt Romney a-t-il "un complexe français" ? Le Boston Globe, le journal du Massachusetts, l'Etat dont le candidat a été le gouverneur pendant quatre ans, vient de lever le lièvre, sous la forme d'un document interne de stratégie électorale que l'un de ses journalistes a pu se procurer.

Dans cet argumentaire, le conseiller du candidat, Alex Castellanos, constate que M. Romney a le défaut, aux yeux de la droite du Parti républicain, d'être associé à un Etat progressiste, théâtre des premiers mariages homosexuels, et patrie de Ted Kennedy et du francophone John Kerry.

S'il veut remporter l'investiture du parti, il doit donc se distancier du Massachusetts, où il vit depuis trente ans. Le stratège suggère de recourir à quelques "épouvantails" : les impôts, "les valeurs d'Hollywood", Hillary Clinton et la France.

Illustré d'un hexagone tricolore, le document suggère un slogan pour le candidat : "First, not France" ("La première place, pas la France"). Argument massue : l'Union européenne veut abaisser l'Amérique, les démocrates aussi. "Hillary = France".

Pourquoi la France ? Il se trouve que M. Romney, qui est mormon - et le premier de cette religion à briguer la présidence - a passé plusieurs années en France comme missionnaire. Il craint que cela ne lui soit reproché.

A-t-il de mauvais souvenirs ? "Pas du tout, nous répond Tagg, l'aîné de ses cinq fils. Il aime la France et les Français. Simplement, il n'aime pas le système économico-social, les semaines de travail raccourcies obligatoires, les subventions massives, l'assistanat."

Tagg Romney, 37 ans, a lui aussi passé deux ans en France comme missionnaire, à Perpignan, La Rochelle, Toulouse et Bordeaux. Il confirme que l'auteur du mémo n'a pas été sanctionné ou désavoué. Mais il assure qu'il n'est "pas du tout dans les intentions de Mitt Romney d'attaquer la France" ni de s'en servir pour donner des gages aux extrémistes républicains.