NDLR : cette ultime provocation n'est qu'un avatar de la lutte du gouvernement espagnol pour réduire l'influence morale de l'église catholique. Le gouvernement socialiste avait déjà diminué le nombre d'heures d'enseignement religieux dans les écoles publiques. Depuis le départ d'Aznar, l'Espagne change sous la force de l'Etat...

Les évêques espagnols appellent les parents d'élèves et les directeurs d'école à "l'objection de conscience" contre les réformes pédagogiques du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero. Selon eux, elles auraient pour conséquence "l'imposition du relativisme moral". Une fois encore, les relations qu'entretient l'Eglise catholique avec l'exécutif socialiste traversent une tourmente. Sa colère concerne plusieurs aspects de la réforme scolaire (LOE) adoptée en mai 2006, et dont les décrets d'application ont, depuis, fait l'objet d'âpres négociations entre le ministère et l'épiscopat.

La cause de l'irritation des évêques est le nouvel enseignement créé par la LOE. Cette nouvelle matière, intitulée "éducation à la citoyenneté et aux droits humains", doit être enseignée à partir de la rentrée 2007 pendant trois années, à la fin du primaire et durant deux années du secondaire, à raison d'au moins deux heures par semaine. Son contenu est assez hétéroclite. Il porte aussi bien sur le fonctionnement des institutions que sur la notion d'égalité, notamment entre les sexes, sur la lutte contre les préjugés, qu'ils soient homophobes, raciaux ou religieux, sur la diversité culturelle, la globalisation, la consommation responsable et même la sécurité routière.

La Conférence épiscopale a rendu public, jeudi 1er mars, un document fulminant contre ce nouvel enseignement. Elle l'accuse en particulier de porter des valeurs qui heurtent celles de l'Eglise, notamment sur la famille et les pratiques sexuelles.

"DÉSTRUCTURER L'IDENTITÉ"

C'est ainsi que, pendant des mois, l'épiscopat a négocié avec le ministère de l'éducation pour que soit retirée de cette matière une information sur les différents "types de familles" qui existent, ce qui faisait référence aux couples homosexuels, aux couples non mariés ou aux familles monoparentales. Finalement, le ministère a accepté de remplacer cet intitulé par celui de "la famille selon la Constitution".

Selon les évêques, la nouvelle discipline "introduit dans la conscience des jeunes une idéologie propre à déstructurer l'identité". Aussi leur document incite-t-il les parents "à défendre par tous les moyens légitimes à leur portée" leur droit à choisir "l'éducation morale qu'ils veulent pour leurs enfants". "L'objection de conscience est un moyen légitime : les parents feraient bien d'y recourir", a précisé le porte-parole de l'épiscopat, Juan Antonio Martinez Camino.

La prise de position de l'épiscopat signifie-t-elle qu'à la rentrée les écoles catholiques, privées (7 % des élèves) ou sous contrat (c'est-à-dire gratuites car totalement financées par l'Etat, qui scolarisent un quart des élèves) refuseront d'enseigner le contenu de la nouvelle matière ? La réponse n'est pas encore claire. Ce qui l'est, en revanche, c'est que l'Eglise n'a pas renoncé à lutter à sa façon contre d'autres réformes déjà adoptées par le gouvernement espagnol sur le mariage gay, la libéralisation du divorce, voire même l'égalité entre hommes et femmes.

Cette offensive intervient quelques jours après que le tribunal constitutionnel eut apporté satisfaction à l'Eglise en jugeant fondé le droit qu'ont les autorités ecclésiastiques de choisir et de licencier les quelque 17 000 enseignants de la religion catholique qui, exerçant dans le public ou le privé sous contrat, sont embauchés et payés par l'Etat. Dans le cas d'espèce, le tribunal était saisi par une enseignante exclue de ses listes par l'évêché après dix ans d'enseignement parce qu'elle vivait avec un homme qui n'était pas son mari - dont elle était séparée. Il a donné raison à l'évêché.