NDLR: Tiré de PLV, le mensuel des Eglises évangéliques libres de France. Vous pouvez vous y abonner pour 26 euros en écrivant à la rédaction du journal: ronchetti.violette@wanadoo.fr

Que le Père vous donne d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, afin que le Christ habite dans vos coeurs par la foi, et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour.

La vie fait de nous des voyageurs. Je connais une tombe sur laquelle il y a ces mots: «Nous n’avons pas ici bas de cité permanente... ». On sait que les émigrés de la première génération, cruellement coupés d’une partie d’eux-mêmes, souffrent au point que leurs enfants font tout pour s’intégrer au milieu environnant, tandis que leurs petits-enfants repartent à la conquête d’un passé qui leur manque et qui devrait faire d’eux des gens qui ont retrouvé des racines.

Ces racines sont avant tout constituées d’échanges, d’attachement à des lieux, à des odeurs, des couleurs, des coutumes, des personnes, et bien sûr à une langue. Nous vivons de ces échanges. Lorsqu’ils manquent, on est en exil. On dit plus communément qu’on est paumé, déraciné.

Promesse de l’exode
Mais les émigrés ne sont pas les seuls déracinés, paumés. Nous sommes un grand nombre à vivre loin de notre lieu de naissance, nous qui avons changé de travail, d’environnement, de responsabilités, d’Eglise, parfois de famille, d’idéologie, avec des convictions ébranlées. Nous sommes fréquemment chassés de nos refuges... Sommes-nous un peuple en exil ? C’est cela qui explique peut-être en partie la superficialité fréquente de nos rapports, le mal-vivre de beaucoup, l’hésitation à s’engager sur la durée. Peut-être pourrions-nous au moins essayer de considérer nos déracinements comme des exodes, et non des exils. L’exode est un chemin vers la terre pro¬mise. Sans cesse dans la Bible on voit Dieu déraciner des hommes et des femmes pour les conduire vers un lieu de vie à conquérir, à habiter. «L’homme quittera son père et sa mère... pour s’attacher à sa femme» ; «Abram, quitte ton pays, la maison de ton père... et va vers le pays que je te montrerai. » Pensons à la sortie d’Egypte, et jusqu’à la transfiguration, où Moïse et Eue parlent avec Jésus de son «départ vers Jérusalem...

Enracinés pour aimer
J’ai un jour recueilli cette expression que j’ai adoptée : « se faire des racines portatives ». C’est antinomique, mais il y a là peut-être un mystère à redécouvrir, qui serait source d’équilibre. Apprendre à remplacer les racines naturelles par des racines surnaturelles. Pas artificielles. Nous savoir toujours guidés, jamais abandonnés. Décider d’avoir de nouveaux contacts, de commencer de nouveaux échanges qui, même s’ils n’ont pas tous la garantie absolue d’une longue durée, feraient de nous des «enracinés dans l’amour ». Dans l’amour de Dieu et dans l’amour de ceux qui, même provisoirement, sont là.

pasteur Daniel Poujol, tiré du magazine de l'UEEL Pour la vérité