NDLR : A noter le propos de la journaliste qui prétend que la CDU-CSU serait pour les "3 K", référence à l'époque hitlérienne. Aucun dirigeant allemand de ces formations n'oserait évoquer une politique familiale en reprenant ces termes sans se douter de ce à quoi il s'exposerait. Il est aussi utile de comparer l'attitude de ces partis à la mesure de scolarisation obligatoire en maternelle des enfants dès l'âge de 3 ans prônée par Royal.

Rarement la politique familiale aura suscité autant de passions en Allemagne qu'actuellement. En proposant, il y a trois semaines, de créer 500 000 places supplémentaires dans les crèches et garderies pour les enfants âgés de moins de 3 ans d'ici à 2013, la ministre de la famille, Ursula von der Leyen (CDU), mère de sept enfants, a déclenché une véritable tempête politique. A tel point que la chancelière allemande, Angela Merkel (CDU), d'habitude plutôt discrète sur ces questions, est intervenue, dimanche 25 février, pour soutenir sa ministre en affirmant que "les pères et les mères doivent pouvoir être libres de choisir en matière d'éducation".

Constatant un important déficit du nombre de crèches et de garderies, particulièrement en Allemagne de l'Ouest, où, en moyenne, seuls 8 % des enfants de moins de 3 ans peuvent bénéficier d'une prise en charge hors du foyer familial, la ministre a décidé d'agir pour mieux aider les parents à concilier famille et carrière professionnelle.

A l'image du salaire parental entré en vigueur en janvier, ce nouveau projet s'inscrit dans une politique familiale ambitieuse visant à relancer une natalité morose. Avec un taux de fécondité de 1,3 enfant par femme, l'Allemagne affiche l'un des niveaux les plus bas d'Europe.

"MACHINES À PROCRÉER"

Mais l'intervention de l'Etat dans ce domaine suscite encore des réticences, surtout dans les milieux conservateurs. Aussi, les premières réactions négatives aux propositions de la ministre sont venues de l'Union chrétienne. A l'image des précédents débats en matière de politique familiale, les représentants de l'aile conservatrice de la CDU-CSU ont dénoncé un projet de nature à remettre en cause le modèle familial traditionnel, les 3 K : Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, Eglise), où la femme choisit de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Pour leurs partisans, les idées de Mme von der Leyen se rapportent au modèle honni à l'ouest de l'ex-RDA, où les jeunes enfants étaient parqués du matin au soir dans les crèches.

Partageant ces craintes, l'Eglise catholique s'en est mêlée par la voix de l'évêque d'Augsbourg, Walter Mixa, qui a accusé la ministre de réduire les femmes à "des machines à procréer" en voulant les recruter "comme réservoir de main-d'oeuvre pour l'industrie".

A l'exception de quelques voix isolées, les propos de l'évêque ont été rejetés par l'Eglise protestante, les deux partis au pouvoir, mais également par de nombreux catholiques. "Ce que la ministre de la famille, Ursula von der Leyen, représente est plus proche de ce que les femmes souhaitent que ce qu'a dit l'évêque Mixa", a souligné Magdalena Bogner, présidente de la communauté des femmes catholiques.

Cherchant à calmer la polémique, le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale, a salué les projets de la ministre, tout en mettant en garde contre l'"erreur fondamentale" qui consisterait à croire que "c'est l'Etat qui prend le mieux soin des enfants". "En tant qu'organisme responsable de la gestion de nombreuses structures d'accueil pour les enfants, l'Eglise catholique est compétente pour s'exprimer sur ce sujet", soulignait-on auprès de la Conférence épiscopale. Face à ces attaques, la ministre de la famille a déclaré qu'il est "cynique de faire comme si l'offre de prise en charge des enfants était une obligation" et a mis en garde contre ceux qui veulent "ressusciter les années 1950 en 2010".

De leur côté, les sociaux-démocrates craignent que les projets de la ministre n'empiètent sur leur terrain. La politique menée par Mme von der Leyen permet à la CDU de dépoussiérer sa conception de la famille et d'attirer un électorat plus jeune et urbain. Aussi, pour reprendre la main sur un sujet qu'il considère comme "un sujet central en termes de justice sociale", les sociaux-démocrates ont présenté, lundi 26 février, leur propre plan de financement de l'aménagement des crèches, prenant soin de souligner le flou laissé par le ministère de la famille en termes de financement. Le SPD a fait toute une série de propositions qui vont de la stagnation du niveau des allocations familiales à la suppression des avantages fiscaux pour les couples mariés sans enfants aux revenus élevés. Mais la chancelière est opposée à ces mesures. Les deux partis devraient confronter leurs vues lors d'une réunion, la semaine prochaine, des principaux représentants de la grande coalition. Le sujet n'a pas fini d'animer l'échiquier politique allemand.