Dans une récente interview accordée par le président du Congrès Juif Européen à GIN, Pierre Besnainou évoquait le risque de laisser des groupes d’extrême droite siéger au parlement européen. Il mentionnait également sa récente entrevue avec le président polonais à qui il faisait part de son inquiétude de "voir siéger un groupe extrémiste au gouvernement, ce d’autant que le dirigeant de ce parti est vice-Premier ministre, et ministre de l’Éducation".. P.Besnainou faisait alors référence à Roman Giertych.

Aujourd’hui c’est justement le père de ce dernier, l’eurodéputé de la 'Ligue catholique des familles polonaises', Maciej Giertych, qui suscite l’indignation de la communauté internationale en publiant un ouvrage nauséabond comportant des passages clairement antisémites.

Présenté le 15 février au Parlement européen de Strasbourg, "Les Civilisations en guerre en Europe", a déclenché la consternation.

Sous couvert de d’une analyse de la civilisation européenne, Giertych se livre en effet à une attaque en règle contre les juifs.

"Les juifs préfèrent vivre séparés de la communauté qui les entoure", avec ce résultat qu’ils ont "développé des différences biologiques" avec le reste de la population, peut-on lire dans ce livre de 32 pages, dont l’auteur explique qu’il a pour but de prouver que la culture, l’éducation et la moralité européenne sont le fruit d’une seule et même civilisation.

La Pologne et les autres contrées européennes étant dépeintes comme profondément catholiques, elles ne peuvent donc, selon la logique antisémite de Giertych, coexister avec ce que Giertych nomme la 'civilisation juive de la Thora'. Une manière pseudo-scientifique d’affirmer que les juifs n’ont pas leur place en Europe.

Un exposé difficile à digérer 60 ans après les discours d’Hitler, et l’assassinat de masse de 6 millions de juifs.

En juillet 2006, Maciej Giertych avait déjà provoqué la colère des parlementaires européens en faisant part de son regret de savoir qu’il "n’existe plus d’hommes d’État en Europe" comme les dictateurs espagnols Franco et portugais Salazar. Quelques mois plus tard, on apprenait qu’il avait licencié son assistante, photographiée effectuant le salut nazi sur fond de croix gammée.

Suite à la publication de l'infame livret, la ministre française déléguée aux Affaires européennes, Catherine Colonna, a rapidement réagi en indiquant dans un communiqué avoir "pris connaissance avec consternation" des informations de presse. Elle précise avoir "écrit au président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, afin de lui demander si ces informations sont exactes et, dans cette hypothèse, quelles mesures il entendait prendre".

"Il serait intolérable que les institutions européennes financent de tels ouvrages, même involontairement", a-t-elle souligné, rappelant que "la lutte contre toute discrimination fondée sur la race, l’origine ethnique ou la religion figure au rang des valeurs fondamentales de l’Union européenne et est inscrite dans les traités européens qui lient chacun des Etats membres". "L’antisémitisme n’a pas sa place dans la démocratie européenne."

Le texte, publié avec des fonds de l’Union européenne explique entre autres comment les Juifs, qui n’ont pas de caractères raciaux distinctifs (on peut les confondre avec des Polonais, souligne au passage l’auteur), passent d’un pays à l’autre, en privilégiant les communautés riches, et adoptent la langue locale tout en refusant de se fondre dans le pays d’accueil.

"Il est incroyable de voir un député du parlement européen se référer à des théories raciales datant de l’avant-guerre et reflétant les pires clichés antisémites" a indiqué le directeur du Congres Juif Européen, Serge Cwajgenbaum, qui a demandé au vice-premier ministre et ministre de l’éducation polonais, Roman Giertych, de se désolidariser des propos de son père.

Professeur de biologie à l’académie des Sciences polonaises, Maciej Giertych a confié à la 'Jewish Telegraphic Agency' que son ouvrage s’inspirait de la philosophie de l’historien et philosophe Feliks Koneczny connu pour ses positions antisémites (prônant la supériorité de la civilisation catholique romaine sur les civilisations juives et orthodoxes byzantines) dans les années trente.

Giertych se déclare également héritier du mouvement national Endecja de Roman Dmowski, fondé dans les années vingt, qui proposait au début du siècle d’exproprier les juifs polonais et de les expulser hors de Pologne.

La 'Ligue catholique des familles polonaises' dirigée par Roman Giertych, (le fils de Maciej) calque son idéologie sur ce mouvement qui utilisait la violence pour tenter de réduire la présence juive dans les universités polonaises.

Des positions clairement reprises dans l’opuscule qui explique que "le 'peuple élu' préfère rester entre lui, dans des 'ghettos' : "Ils préfèrent volontairement vivre séparés des communautés qui les entourent. Ils se gouvernent eux-mêmes selon leurs propres règles et prennent garde de maintenir une séparation spatiale. Ils forment eux-mêmes des ghettos …. Seul Hitler a créé le concept de séparation forcée et de ghettos fermés d’où les Juifs n’avaient pas le droit de partir."

Giertych souligne aussi que, lors des guerres, les Juifs apportent leur soutien aux deux camps. Mais le Juif qui appartient au camp des vainqueurs veille à ce que le Juif appartenant au camp des vaincus soit bien traité. Une délicatesse apprise, selon l’auteur, des 'gentils' "C’est un mode de survie qu’ils ont développé en vivant parmi les gentils."

Pour lui, les Juifs s’aident entre eux parce qu’ils sont juifs, alors que "nous", les chrétiens, nous nous battons pour nos valeurs. De cette lamentable démonstration à une conclusion encore plus affligeante, il n’y a qu’un pas que Giertych franchit allégrement : "Cela prouve qu’il n’y a pas d’entente possible entre ces civilisations."

Et alors que l’article 6 du traité sur l’UE stipule que "l’Union est fondée sur les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l’État de droit, principes qui sont communs aux États membres", P.Besnainou tenait à rappeler : "Quand on sait que l’Europe n’est pas encore parvenue à harmoniser ses législations et ses positions sur le négationnisme, l’antisémitisme et le racisme, on ne doit pas s’étonner outre mesure de voir arriver au parlement européen des députés issus de certains pays, tenant des discours d’extrême droite particulièrement dangereux".

Une mise en garde qui se révélait particulièrement pertinente quelques semaines avant la parution d’un nouveau 'Mein Kampf'.