
La voix des évangéliques
C'est le tabloïd gratuit 1/4 d'heure pour Jésus, proche des évangéliques, qui publie ce sondage sur l'intérêt des Suisses pour la religion. Lancée en 2003 en Suisse alémanique par l'Alliance Evangélique suisse allemande sous le nom de 1/4 tel Stunde, la version en langue française a vu le jour l'an dernier grâce au concours d'un groupe de presse protestant évangélique francophone et deux organisations actives dans la promotion de la découverte de la foi chrétienne. Une première édition commune a vu le jour l'an dernier à l'occasion du Mondial 2006 avec un éditorial signé Köbi Kuhn. Il avait été diffusé à près d'un million d'exemplaires en quelques semaines. Dans l'édition à paraître demain, l'éditorial sera, cette fois-ci, signé par la conseillère fédérale Doris Leuthard. Mentionnons également, dans ce nouveau numéro, un intéressant face à face entre le philosophe André Comte-Sponville et le théologien Louis Schweitzer sur le thème: Dieu oui ou non.
SONDAGE
L’intérêt pour le religieux gagne du terrain. Plus de 73% des Suisses sont par ailleurs favorables à l’enseignement religieux à l’école. Alémaniques et Romands se distinguent sur cette question.
Assiste-t-on au retour du religieux en Suisse? Un sondage réalisé pour le compte du tabloïd gratuit 1/4 d'heure pour Jésus à paraître ces prochains jours tend, en tout cas, à le montrer. Ce sondage semble ainsi donner raison à Malraux dont tout le monde connaît la célèbre phrase qui, a tort ou à raison, lui a été attribuée: «Le XXIe siècle sera religieux (ou spirituel?) ou ne sera pas.»
Quoi qu'il en soit, les résultats de ce sondage sont intéressants à plus d'un titre. Si les pasteurs et curés regrettent de voir leurs églises moins fréquentées que par le passé, les Suisses répondent qu'ils sont de plus en plus «attirés» par la religion dans un sens très large. Un Suisse sur cinq n'hésite ainsi pas à affirmer que son intérêt pour les questions religieuses a progressé au cours de ces trois dernières années. Un autre chiffre doit également être mis en évidence: moins de deux Suisses sur 100 ne se sont jamais sentis concernés par les affaires religieuses. Pour Olivier Favre, chercheur affilié à l'Observatoire des religions à Lausanne, ce sondage remet peut-être en question des idées reçues. «La religion est reléguée à la sphère privée. Cela ne signifie pas que la population n'est pas attachée aux questions religieuses.» Une idée à mettre en corrélation avec l'étude de Roland Campiche, Croire en Dieu , publiée en 1999 et qui montrait que si la fréquentation des lieux de culte était en diminution, par contre, la prière individuelle était, elle, en augmentation.
Petit Röstigraben
Si, sur cette approche très globale, les différences entre les régions linguistiques ne sont pas très significatives, cette enquête de société met, par contre, en évidence un petit «Röstigraben» sur le problème plus spécifique de l'enseignement. Les trois quarts des Suisses ou presque sont, en effet, pour maintenir le religieux à l'école. Mais ce pourcentage tombe à 55% si l'on n'interroge que les Romands alors qu'il frôle les 80% en Suisse alémanique. Pour mémoire, Le Monde des religions avait récemment sondé les Français sur cette question de l'éducation religieuse. Ils étaient 65% à la juger importante.
Gardons-nous pourtant de tirer des conclusions trop hâtives. Lorsque l'on pose la question aux Suisses de savoir en quoi consiste cet enseignement religieux, nos compatriotes font preuve d'une grande ouverture d'esprit. Ils ne sont que 20% à préconiser l'étude exclusive du christianisme et donc 80% à souhaiter que l'ensemble des religions soient abordées en classe. Ce retour au religieux n'a donc rien d'exclusif ou d'aveugle.
Autre point fort de cette étude, réalisé par la société lausannoise MIS Trend: les motivations des Suisses pour le phénomène religieux. Là encore, des différences existent entre Alémaniques et Romands. En forçant à peine le trait, les Romands cherchent principalement à donner un sens à leur vie alors que les Alémaniques établissent un lien entre religion et les épreuves de la vie. Notons toutefois que le problème de la confrontation de l'Islam avec l'Occident retient presque également l'attention de part et d'autre de la Sarine. Sur cette question d'un Röstigraben, Olivier Favre a sa petite explication. «On peut faire une corrélation avec ce qui se passe au niveau politique. On le voit avec le vote UDC. Les Suisses alémaniques ont une identité peut-être plus sécuritaire alors que les Romands ont une identité plus liée à la découverte. Mais ce ne sont bien sûr que des hypothèses.»













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