NDLR: Une réflexion du doyen de la Faculté de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine, parue dans Fac-Infos de Février 2007.
Les médias, dans leur récent intérêt pour le phénomène, ont hésité entre les deux appellations : devait-on nous dénommer évangélistes ou évangéliques ? Alors que l’auto-désignation commence à prendre le dessus dans l’opinion publique et donne aux gens bien informés l’occasion de se démarquer des ignorants qui parlent encore d’évangélistes, n’est-ce pas malice que de soulever la question ? Qu’on nous permette cette innocente fantaisie. Pas si innocente que cela, peut-être.
La dénomination d’évangéliste a pour elle le prestige de l'oeuvre littéraire, même si L’évangéliste: Roman parisien, paru en 1888, ne figure pas au rang des grands chefs d’oeuvre de notre patrimoine culturel. Son auteur, Alphonse Daudet, est plus connu des écoliers de la République pour Les Lettres de mon moulin, Contes du lundi, Le Petit Chose ou Tartarin de Tarascon. Mais le simple fait qu’un auteur reconnu ait consacré au phénomène le titre de l’un de ses romans constitue un précédent remarquable. À en juger par le poids accordé habituellement aux grands auteurs dans les dictionnaires, cela justifie qu’en contexte francophone l’appellation évangéliste soit au moins tolérée à côté d’évangélique.
D’autre part, le suffixe iste rajouté au radical convient naturellement aux partisans d’une option politique, religieuse, philosophique ou scientifique, qu’ils soient gaullistes, gauchistes, existentialistes, bouddhistes ou écologistes. Il n’est pas impossible que la pointe de cette finale en iste, perçue comme plus acérée que la finale en ique — on le sent bien dans la différence entre islamique et islamiste — ne soit pas étrangère au choix d’évangéliste pour désigner un mouvement que l’opinion perçoit comme déterminé, voire sectaire.
De là probablement notre agacement quasi unanime de nous voir affublés de cette dénomination en iste que nous n’avons pas choisie et qui sonne à nos délicates oreilles comme la double offense, du soupçon et de l’ignorance. Mais, après tout, quelle ignominie à nous voir désignés sous le même nom que les quatre auteurs des évangiles et les propagateurs de la bonne nouvelle? Risque de confusion dira-t-on ? Qu’on me cite un seul mot qui ne prête à confusion ! Avec les auteurs des évangiles, aucune confusion n’est vraiment possible, quant à ceux qui annoncent l’Evangile, pourquoi craindre la confusion ? Plaise à Dieu que tous les évangéliques soient peu ou prou évangélistes!
Évangélistes ou évangéliques, soyons pleinement convaincus des vérites cardinales de la Parole et communiquons-les hardiment autour de nous. Moins que d’être —istes ou —iques, craignons de ne pas être assez évangéliques ou —istes. Le danger n’est pas imaginaire.
Émile NICOLE













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