Philippe Bidard, ex-terroriste d'Iparretarrak condamné à 2 peines de perpétuité, libéré le 14 février.

Quelle est l'utilité de la justice dans le deuil des familles? Aide-t-elle au pardon? Que faudrait-il mieux faire?

Tant qu'un acte cruel commis par une personne à notre encontre, n'a pas été pleinement intégré par nous, nous ne pouvons commencer à pardonner, ou à entrer dans un processus de deuil. Si nous intégrons cet acte comme étant arrivé, et que nous essayons de l'analyser et de lui faire face, alors la question du pardon pourra, par la suite, être évoquée. Mais pas avant.

La justice devrait normalement - si elle est juste, ce qui n'est pas toujours le cas - aider à intégrer intérieurement ce qui est arrivé de cruel, par le fait : - qu'elle reconnaît publiquement notre statut de victime - qu'elle reconnaît la nature du délit ou du crime que nous avons subi, comme une transgression de la loi - qu'elle rend justice, en discernant les torts réels, ce qui nous aide à tourner la page et à être délivré de l'esprit de culpabilité, ou d'injustice - qu'elle tend à faire réparer au coupable, ce qui est réparable, au niveau des préjudices - qu'elle sanctionne le coupable

Un deuil ne peut commencer à avoir lieu que si nous avons intégré la mort, le renoncement, l'injustice. Le déni peut nous en empêcher. Les familles qui rentrent dans un processus de deuil peuvent ensuite enclencher, si elles le désirent, un processus de pardon, qui est alors une libération profonde au niveau de la haine, l'esprit de vengeance, de rancune. On solde le compte définitivement et on recherche un autre horizon que celui de se fixer sur la faute commise, et sur le coupable.

Alors se pose la question : la justice aide t-elle au pardon ? Non, car elle n'aborde jamais ce point auprès des victimes. Elle encourage même, par en dessous, l'esprit de vengeance, par le fait qu'elle se subsitue à la vengeance de la victime, mais sans proclamer le pardon au nom de la société. Il y a expiation, mais pas pardon. il n'y a pas non plus réconciliation.

Après avoir aidé au processus d'intégration, la justice devrait elle-même enclencher le processus de pardon et de réconciliation, par une série d'entretiens auprès des victimes. Ce qui n'est évidemment pas fait dans notre pays.

Philippe Auzenet
Prisons.free.fr
Oser en parler