NDLR : Par comparaison, le Roi du Danemark, Christian X, avait, lui, pris le parti de porter l'étoile jaune, se rangeant du côté de ses sujets juifs, et le Roi du Maroc, Mohammed V, avait sauvé des Juifs pendant cette période.

L'Etat belge a collaboré activement à la déportation des juifs (étude)

L'Etat belge a collaboré "activement" à la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale et adopté pendant cette période une "attitude docile indigne d'une démocratie", estiment les auteurs d'une étude rendue publique mardi.

"L'Etat belge a adopté une attitude docile en accordant, dans des domaines très divers mais cruciaux, une collaboration indigne d'une démocratie à une politique désastreuse pour la population juive", estiment dans leurs conclusions les historiens du Centre d'Etude et de documentation Guerres et Société contemporaine (Ceges) de Bruxelles.

"Le pas de la collaboration passive à la collaboration active a rapidement été franchi", a expliqué devant une commission du Sénat belge le directeur du Ceges, Rudi Van Doorslaer.

Les historiens, qui ont produit un rapport de 1.100 pages, avaient été mandatés par le gouvernement de Guy Verhofstadt en 2003. Il appartient à présent au Sénat d'en tirer les conclusions politiques.

Le Ceges pointe du doigt la "culture xénophobe, parfois antisémite, de l'élite dirigeante" belge de l'époque, ainsi que le "déficit démocratique des années 1930-1940".

Le centre d'étude met en avant trois "moments clés" de la collaboration des responsables belges dans la déportation des juifs.

Le premier se situe en octobre-novembre 1940 lorsque l'administration centrale de la Belgique occupée et le sommet de l'appareil judiciaire acceptent de faire enregistrer, à la demande des Nazis, la population juive par les administrations locales.

Ensuite, durant l'été 1942, alors que les villes de Bruxelles et Liège refusent de distribuer l'étoile jaune, les autres communes belges coopèrent activement. A Anvers (nord), la police locale procède même de manière autonome à l'arrestation de 1.243 juifs, qu'elle remettra aux occupants en vue de leur déportation.

"Lorsque a déportation massive des juifs commence au départ de Malines (nord), les autorités belges l'acceptent sans protestation ouverte", ajoute le Ceges, qui a intitulé son étude "La Belgique docile".

Enfin, les historiens soulignent qu'à la fin de 1945, après la Libération, il n'y a pas eu de sanction de la collaboration administrative et pas de reconnaissance du "judéocide". "L'autorité administrative et la justice militaire jugeant que l'Etat belge ne porte aucune responsabilité dans la persécution des juifs en Belgique", souligne le Ceges.

En mars 2005, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt avait évoqué à Jérusalem la "responsabilité" de la Belgique dans la déportation des juifs, en particulier le "rôle que certains fonctionnaires et administrations belges ont joué" et présenté les excuses du pays.

Sur les quelque 56.000 juifs vivant en Belgique au début de la guerre, environ 25.000 ont été déportés à Auschwitz, dont seuls 1.200 ont survécu.

Entre 2001 et fin 2006, les autorités belges ont reçu plus de 6.000 demandes de dédommagement pour spoliation, dont 4.140 ont fait l'objet d'une décision positive, selon le gouvernement.