En réponse à des critiques des Etats-Unis sur les activités de l'ONU en Corée du Nord, le nouveau secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon, a annoncé, vendredi 19 janvier, qu'il allait appeler "de toute urgence" à "une enquête externe et globale sur toutes les activités des fonds et programmes de l'ONU dans le monde entier".

Dans une lettre adressée le 16 janvier au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'ambassadeur américain Mark Wallace, affecté à "la réforme et la gestion des Nations unies", dénonce "la complicité du PNUD" avec le régime nord-coréen, qui aurait "systématiquement perverti" à son profit les programmes de développement de l'ONU dans le pays.

Selon cette lettre, dont Le Monde a obtenu une copie, "le programme du PNUD en République populaire démocratique de Corée a opéré pendant des années en violation flagrante des règles de l'ONU et a servi de source importante et régulière de devise forte" pour le régime de Kim Jong-il.

En l'absence de véritables audits et de visites sur site, il est impossible pour le PNUD de vérifier si les fonds payés à la Corée du Nord "dans le cadre de ses programmes n'ont pas en fait servi à financer" les buts illégitimes "du régime", affirme le document, qui ne fait toutefois mention d'aucun détournement avéré.

L'ambassadeur américain, qui s'appuie sur des audits fournis par le PNUD, affirme que l'agence a notamment permis au régime nord-coréen de choisir les employés locaux de l'ONU et d'être le dépositaire de leurs salaires, payés en euros. Le PNUD aurait également accepté de payer en liquide des fournisseurs locaux du gouvernement.

Dans un communiqué, le programme onusien a défendu ses "systèmes de contrôle", mis en oeuvre dans des "circonstances difficiles". Il a par ailleurs annoncé que les paiements en devises fortes (euros) seraient interrompus avant le 1er mars et a accueilli favorablement "un audit externe" demandé par les Etats-Unis pour la période postérieure à 1998.

Mark Wallace, à l'origine des allégations, est proche de l'ancien ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton, un fervent critique des Nations unies qui est entré à plusieurs reprises en conflit direct avec l'ancien numéro deux de l'organisation, Marc Malloch Brown. Ce dernier a dirigé le PNUD durant une bonne partie de la période mise en cause par les audits révélés par Washington.

Philippe Bolopion