
Paul entouré de garçons d'un des pensionnats
Entretien avec Paul Le Cossec.
Lambadis et Roms représentent 90% du peuple Tzigane restant à évangéliser
1/ Paul Le Cossec, tu es un des fils du fondateur de la mission Tzigane en France... Nous parlons souvent de "gitans", de "tsiganes" ou de "manouches" sans trop savoir à quoi nous faisons référence. Peux-tu nous expliquer brièvement les différences?
Mon père avait écrit ceci sur l’origine du mot Tzigane: «Ce mot n'est apparu que lorsque ce peuÂple est arrivé en Europe. C'est en Grèce qu'ils furent confondus avec un groupe de voyageurs magiciens que l'on appelait "Atsingani" et ce nom leur fut attribué et leur resta attaché dans de nombreux pays avec quelques variantes : "Tziganes" en France, "Zingari" en Italie, "Zigeuner" en Allemagne, "Ciganos" au Portugal, etc. Plusieurs régions fertiles de Grèce où ils séjournèrent étaient surnommées "Petite Egypte" et c'est aussi pour cette raison qu'ils ont été présentés comme étant des "Egyptiens", nom qui leur est resté, mais déformé. C'est pourquoi ils sont appelés "Gypsies" en Angleterre et "Gitanos" en Espagne. Des groupes arrivèrent en France au 15e siècle ; ils disaient qu'ils venaient de Bohême et furent appelés "Bohémiens". En général, les ethnologues et les tziganologues s'accordent pour faire une relation du peuple avec les mots qui leur sont attribués lors de leur arrivée sur le sol européen. Ce peuple désigné aujourd'hui dans nos pays de langue française par le mot "TziÂgane" vient bien de l'Inde. A la fin du 18e siècle, des études linguistiques permirent de découvrir que leur langue est dérivée de dialectes populaires dont la base est le "sanskrit". Ceci permet d'affirmer qu'ils sont partis de l'Inde par vagues successiÂves à partir du 9e siècle environ. Le vocabulaire qu'ils ont emprunté aux pays par lesquels ils sont passés donne une idée des itinéraires suivis lors des migrations. Leur présence en Inde est signalée trois siècles avant Jésus-Christ. Lorsque je me trouvais dans une rue de Delhi, capitale de l'Inde, je demandais à un Indien d'où veÂnaient ces familles qui campaient avec leurs chariots sur une place. Il me réponÂdit : "Ces gens-là ne sont pas de l'Inde. Nous ne savons d'où ils viennent". Aujourd'hui, les "Tziganes" forment un peuple d'au moins 60 millions d'âmes disÂpersées dans toutes les nations, tout comme le peuple d'Israël. Enfermés dans les frontières des nations dont ils ont acquis la nationalité, ils consÂtituent cependant un peuple au-dessus des frontières. »

Clément Le Cossec avec des "intouchables" dans les années 60
2/ Ton père a été l'instrument de Dieu pour susciter un réveil parmi la population tzigane en France et ensuite dans divers endroits du monde. Avec 100.000 convertis en France, soit un tiers de la population des "gitans", peut-on considérer que le travail est fini et que la mission est autonome?
Le travail d’évangélisation parmi les Manouches et les Voyageurs en France continue. Comme ce sont de grandes familles et un univers clos par leur façon de vivre, ils « s’auto-évangélisent » entre frères sœurs cousins oncles tantes… Le nombre des membres convertis en France a permis à la mission Française d’être autonome financièrement depuis longtemps. Mais mon père dans une lettre écrivait que la mission n’aurait jamais existée si les « gadgés », les sédentaires, ne l’avaient pas soutenue financièrement pendant plus de trente ans. En France, sur les 1600 pasteurs bénévoles, seules trois personnes sont soutenues financièrement par la mission tzigane: le président, le secrétaire et le trésorier.

Quelques pasteurs durant la convention de Bengalore 2006
3/ Ton père avait voulu que chaque mission nationale soit gérée... localement. Les choses ont-elles changé depuis le départ du fondateur?
Les missions Tziganes en Inde, en Espagne, en France, en Allemagne…, sont indépendantes les unes des autres. Il n’ y a pas de « mission mère » mais plusieurs missions Tziganes à travers le monde dont beaucoup sont issues de l’apostolat de mon père. Ci-joint un extrait (lettre complète ici) d’une lettre du 12/4/1999 dans laquelle mon père en parle « au début de mon action missionnaire parmi votre peuple l’un de mes buts était d’amener les prédicateurs à prendre la responsabilité de diriger eux-mêmes leur mission dans les pays où ils habitent. Ce but est atteint par la grâce de Dieu et pour sa gloire seule. »

Plusieurs centaines de pasteurs posent lors de la convention de Bengalore 2006
2 millions d'enfants tziganes souffrent de la faim à cause de la sécheresse
4/ On compterait dans le monde 60 millions de "tziganes", dont 40 millions en Inde. Quelle est la condition de ces gens? Sont-ils comme les hors-caste ou les Dalits, qui se convertissent en masse à l'Evangile?
Les Tziganes sont rejetés dans tous les pays, cela est encore plus flagrant en Inde à cause du système des castes. En Inde, les Tziganes sont en effet considérés comme des hors castes, ou des « intouchables », certains Indiens en parlant des Tziganes disent qu’ils n’ont pas d’âmes. Autre exemple, ils sont interdits de faire leur service militaire. La majorité des Tziganes sont sédentaires. Sur les 40 millions de Tziganes, il y a 36 millions de Lambadis, qui sont fermiers ou agriculteurs et malgré cela, ils sont très pauvres et n’arrivent pas à nourrir leurs enfants.

Paul avec le pasteur Salomon, dirigeant la mission en Inde
5/ Tu es un français prédicateur d'une mission... indienne ! N'est-ce pas un peu paradoxal? Quel est ton rôle là -bas et ici?
Une des missions de Jésus était d’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, c’est ce que fit aussi mon père durant toute sa vie. Il a été pour moi un bon modèle, il m’a envoyé en Inde en 1992 et depuis ce premier voyage, j’ai travaillé à son côté et je continue selon mes possibilités de faire tout pour aider ces pauvres Tziganes de l’Inde. Je suis devenu leur missionnaire bénévole (je suis chauffeur livreur depuis 25 ans), non pas dans leur pays mais dans le notre pour être leur voix. Mon action est de trouver des partenaires pour nous rejoindre dans cette moisson. La tribu Rom d’Europe et les Lambadis en Inde ont pratiquement les mêmes coutumes, notamment lors d’une demande en mariage. Ils représentent plus de 90% du peuple Tzigane et reste le plus important champ missionnaire à évangéliser.

Quelques enfants d'un des pensionnats
Rien n'existait pour les enfants tziganes parmi les ONG
6/ En quoi les chrétiens de la francophonie peuvent-ils aider et soutenir ce travail auprès de ces tziganes oubliés vers lesquels tu as choisi d'œuvrer ?
En raison de la sécheresse qui sévit en Inde, environ 2 millions d’enfants Tziganes Indiens souffrent de la faim. Un jour, un chef de village dit à mon père « Nous ne pouvons donner qu’un seul repas de riz par jour à nos enfants. Pouvez-vous nous aider à leur en donner deux ?». A son retour mon père parla de cette misère à quelques amis et plusieurs prirent à cœur de venir en aide à ces enfants pauvres de l’Inde. C’est ainsi que mon père fonda un premier pensionnat. Il y a des milliers et des milliers d’enfants Indiens non Tziganes pris en charge par différentes ONG ou mouvement chrétiens dans le monde, mais personne n’avait fait quelque chose pour les enfants Tziganes. Nous avons des parrains ou marraines pour secourir ces petits Tziganes en mettant de côté tous les jours seulement 83 centimes d’euros pour les aider à vivre.

Une jeune pensionnaire tzigane
Pour terminer, je voudrais dire qu’Il existe de nombreuses recherches menées par des historiens concernant ce peuple énigmatique aux migrations nombreuses à travers le monde. Certains sont dans une grande misère, d’autres sont des personnages parmi les plus éminents de la société internationale. Les différentes missions menées par mon père sont également riches en témoignages et anecdotes de toutes sortes, ils pourraient nous retenir longuement par une abondante documentation.
|
|
|














del.icio.us it!
Blogmark it!
Scoop it!
Fuzz it!
Tape Moi!
AllActuer Ca!
Nuouz Ca!
Memes Ca! 



























