Philippe Decourroux parcourt le monde francophone avec des chansons, des témoignages et un amour de la Vie qui ne laisse pas indifférent

Invités par les Flambeaux de l’Évangile de Tramelan (un groupe scout de l’Armée du Salut) les a accompagner pour une mission au Brésil, nous n’avons, ma famille et moi-même, pas hésité longtemps. En effet, pour les enfants, c’était partir à la découverte d’un pays assez fascinant, et, de mon côté, j’avais déjà été interpellé par plusieurs personnes sentant pour moi un appel pour ce pays. Ce serait donc une occasion de prendre la température…au propre comme au figuré.

Nous voilà donc embarqués avec une super équipe (34 personnes en tout, dont plus de 20 ados) pour vivre une aventure de 15 jours dans la chaleur étouffante de l’été brésilien. C’est au poste de l’Armée du Salut de Recife, chez les Majors Rosa et Roland Meylan, un couple fantastique de missionnaires suisses, que nous arrivons le 21 décembre. L’accueil est plus que chaleureux, les gens sont extrêmement attachants et les amitiés se nouent à la vitesse grand V. C’est toujours un bonheur de rencontrer des frères et sœurs partageant la même foi et de se savoir à la maison, où que l’on se trouve de par le monde.

Pourtant, pas le temps de s’adapter au climat ni de récupérer le décalage horaire : le lendemain sera une journée marathon. Trois concerts sont au programme, dans un « centre de récupération pour drogués », une prison pour enfants et une prison de femmes.

Comment vous dire ?!?

Des moments forts, très forts, particulièrement dans les deux prisons. Chez les enfants d’abord. Une cinquantaine de gosses de 12 à 17 ans, assis à même le sol dans un préau couvert faisant office de salle de gym. Les gardiens nous ont demandé de nous tenir à distance, craignant l’imprévisible. Quelques chants, un message d’espoir et un appel du Seigneur à changer de voies et à oser croire à une vie meilleure. « Dieu te tend la main, à toi de la saisir ! » Je m’approche, la main tendue. Un premier enfant la saisit, puis d’autres. Les voilà debout, comme relevés par le bras puissant de Dieu. L’un des grands ne m’a pas quitté des yeux depuis le début. Je sens un appel particulier. « Jésus t’appelle à le suivre. Il a des plans pour toi ». Je prie qu’il voie les yeux du Seigneur dans les miens. Le temps semble s’arrêter. Il hésite un instant. Puis nos mains se serrent. Je le relève avec vigueur. Une vingtaine ont répondu à l’appel et nous prions avec eux. Les gardiens sont touchés eux aussi. Ils nous remercient chaleureusement et nous invitent à revenir. Le moment se termine par un petit goûter pour tous et un match de foot Brésil-Suisse très disputé.

Prison de femmes

Elles sont plus de 400, entassées dans un espace prévu pour 140 ( !) Nous ne sommes que quelques adultes, à pouvoir y pénétrer. La nuit est déjà tombée. Une odeur d’égoûts, de saleté et de transpiration nous saisit et la lumière blafarde des couloirs mal éclairés rend l’endroit plus sinistre encore. Mais par-dessus tout, c’est le bruit ambiant, un mélange de cris, de rires, de conversations et de musique qui laisse une impression d’irréel, aiguisant encore notre compassion à l’égard de toutes ces malheureuses.

Là aussi le message passe. J’insiste sur le fait que nombre d’entre elles ont sans doute été blessées, salies, abusées et battues par des hommes et je les invite à pardonner, autant qu’à recevoir le pardon du Seigneur pour leur fautes. Une trentaine s’avancent. Nous prions. Les larmes coulent. « Comme c’est bon de pouvoir être serrée dans tes bras ! » répète en pleurant une dame qui semble ne plus vouloir lâcher mon épouse.

Action cieloriste

Vivement touchés par la misère de ces femmes, il nous était insupportable d’avoir annoncé l’Évangile sans manifester notre miséricorde de façon concrète et matérielle. Nous retournons donc à la prison quelques jours plus tard avec des bibles, mais aussi des dizaines de savons, brosses à dents, serviettes hygiéniques et autres articles de toilette.

Mais je désirais aussi revoir Lisa, une jeune anglaise de 22 ans, maman de deux enfants, qui nous avait confié avoir pris 5 ans pour trafic de drogue et être là depuis 4 ans déjà ( !) « Je paie pour quelqu’un d’autre » nous avait-elle dit, sur un ton poussant à croire qu’elle avait été piégée. La beauté de Lisa et son rayonnement après des années dans cet enfer m’avaient interpellé, et à la question de savoir si elle connaissait Jésus, elle avait répondu qu’Il était sa seule force et son seul soutien dans cet endroit.

Nous sommes frappés d’apprendre qu’elle a rencontré Jésus en prison, tout comme Tony Anthony, l’auteur de « L’œil du tigre ». Nous voudrions tellement faire plus pour elle, connaître sa vie, son parcours. Elle n’a pas la force de raconter tout ce qu’elle a vécu...

C’est alors que mon épouse a une idée de…cieloriste (rappelez-vous la définition : quelqu’un qui combat pour apporter un peu du ciel sur la terre). Comme Lisa n’a pas revu les siens depuis 4 ans, on va prendre quelques photos et même faire une petite séquence film où elle salue sa famille. On va graver tout ça sur un CD et l’envoyer à ses parents avec la lettre qu’elle nous remettra. Quelle émotion ! Difficile de retenir nos larmes en voyant cette jeune femme s’exprimer en tremblant devant notre caméra, dans un message d’amour qui, l’espace d’un instant, la connecte virtuellement aux êtres chers dont elle est séparée.

Nous retournons une fois encore à la prison, le dimanche suivant. Nous sommes autorisés à y rentrer avec nos enfants ( !) et à visiter les cellules... Mon Dieu ! 22 femmes dans un espace de quelques mètres carrés prévu pour 8 personnes ! 8 dorment sur une paillasse, les autres à même le béton, dans une promiscuité extrême. On prend un peu plus conscience de la réalité de la vie de ces femmes et on n’ose à peine imaginer leur quotidien.

Des souvenirs qui nous poursuivront longtemps…

Travaux dans une favella

Une journée entière a été consacrée, avec une partie du groupe scout, à des travaux de réfection de « maisons » dans une favella réputée pour être une des plus dangereuses du pays. Explication : une favella, c’est un bidonville surpeuplé où règne une loi dictée par un chef mafieux local. L’accès est libre, mais sans l’autorisation du chef en question, vous êtes assuré de ressortir les pieds devant. Nous apprenons qu’il y a quelques semaines, un bus avec 4 personnes à bord s’y est aventuré. Le bus a été transformé en passoire et ses occupants abattus sans sommation. Nous sommes donc au même endroit, priant le ciel que l’info nous concernant ait bien passé. Pour nous mettre à l’aise, on nous arrête en nous mettant sévèrement en garde du danger que nous courons…

Grâce à Dieu, tout se passe pour le mieux et les gens du lieu, de prime abord sceptiques face à cet arrivage d’étrangers transportant à bout de bras briques, sable et ciment se décrispent pour laisser bientôt apparaître de larges sourires reconnaissants.

L’endroit est des plus sordides. Des baraques faites de bouts de murs, de tôle et de morceaux de bois, des ruelles minuscules avec les égouts au milieu et une odeur... spéciale. Nous travaillons d’arrache pied toute la journée, et, quand à la tombée de la nuit nous prenons le bus pour rentrer, complètement crades et avec nos outils de chantier à la main, nous ne passons pas vraiment inaperçus. L’expérience valait la peine d’être vécue et les remerciements émus de ces gens resteront pour nous la plus belle des récompenses.

Anecdotes & témoignages

Souper dans une pizzeria avec toute notre équipe de jeunes qui se lâche, chante, crie et fait le plus de bruit possible. À la sortie du resto, tous les clients (vraiment tous et l’endroit est bondé !) nous saluent chaleureusement avec force sourires et signes de la main. Impressionnant ! Vous imaginez cela en Europe ???

Les adieux avec nos amis brésiliens sont très émouvants. Les larmes coulent, comme pour sceller un peu plus encore la force des amitiés nouées durant un séjour qui n’aura pas connu le moindre bémol. De part et d’autre, les témoignages sont unanimes et se résument en une phrase : « Vous avez marqué nos vies ! »

Le Seigneur a richement béni ce projet où chacun a donné le meilleur de lui-même, dans le souci du bien-être de l’autre. Que du bonheur !

La réussite de cette mission est le fruit de vos prières. Un immense merci à tous !

Nouveau projet ?!?

Les Brésiliens rencontrés ici disent beaucoup aimer mes chansons. Le style semble bien passer et les textes accrochent. De plus, renseignements pris, il s’avère qu’il n’y a pas de vrai CD d’évangélisation sur le marché. Vous me voyez venir ?!? Pourquoi pas une version « Tant qu’il y aura des hommes » en portugais ? Pas impossible, mais il y a un certain nombre de paramètres qui supposent une réelle intervention divine. Le projet est donc en gestation et je vous remercie de vous associer à nos prières et à notre attente, si vous avez à cÅ“ur non seulement ce merveilleux pays qu’est le Brésil, mais aussi les autres pays du monde où l’on parle portugais.