NDLR: Rediffusion d'un article de mars dernier.

1. Philippe, tu es un chrétien iranien…vivant en Iran. Cela existe encore ?
Ta question fait référence aux efforts incessants afin de vider l’Iran de sa population chrétienne et, ce, en appauvrissant les chrétiens majoritairement de souche arménienne ou assyro-chaldéenne avant la révolution. Ces efforts ont produit l’effet escompté dans la mesure où de nombreux chrétiens « de souche », ont préféré s’expatrier, ce phénomène se poursuit dans la mesure où le gouvernement poursuit une guerre d’usure contre les chrétiens. Dans l’ancienne cité de Djolfa à Ispahan, naguère arménienne, il n’y a plus que 20% d’Arméniens. Mais en dépit de ce que l’on pourrait penser, la foi chrétienne gagne du terrain en Iran. Beaucoup sont ceux qui s’intéressent désormais à la foi chrétienne, qui fréquentent les églises ou se convertissent. Une meilleur connaissance des traditions religieuses islamiques qui ont la faveur de la révolution islamique a permis à beaucoup de gens de prendre une décision par rapport à ces traditions religieuses ancestrales et de s’en démarquer. Du coup nombreux sont ceux qui se sont tournés vers la foi chrétienne et qui ont rencontré ainsi le Sauveur. C’est ainsi que le christianisme iranien s’est désethnicisé. Désormais une bonne partie de chrétiens et sans doute même une majorité sont d’ascendance non chrétienne. Certains télé- et radio-évangélistes, parlent de millions de convertis. Ces chiffres sont sans doute exagérés mais il est sans important de souligner que beaucoup de personnes qui se convertissent sont surpris d’apprendre qu’ils ont été devancés par un parent proche ou éloigné de sortes que des personnes d’une même famille peuvent fréquenter des dénominations ou des communautés chrétiennes différentes. Autre signe : il est désormais demandé dans certains formulaires d’indiquer l’ancienne religion. Des centres de recherches se penchent sérieusement sur les moyens de contrer ce phénomène. Des religieux de haut niveau réclament des mesures radicales, c’est-à-dire l’emploi de la force qui avait jusqu’à présent merveilleusement réussi à l’Islam. Dans les services de renseignement on tente plutôt d’étudier froidement le phénomène et de noyauter le leadership de l’église, de manière, assez indirecte. Les éléments supposés desservir l’Eglise en cas d’avancement sont particulièrement encouragés, de manière indirecte. L’idée de créer de petites églises travaillant main dans la main avec l’Etat a séduit certains responsables à l’époque de Khatami où le modèle chinois a dû être évoqué. Ceci étant, l’arrivée au pouvoir de la frange extrémiste du régime pourrait changer la donne…Il est important toutefois de prier, à l’instar de David, afin que Dieu mette la confusion au sein des conseils « Achitophel » de notre pays. Nous y croyons. L’important est d’inscrire, avec la grâce toute puissante de Dieu, le phénomène actuel dans la durée et dans la profondeur. Cela n’est possible que si nous prenons au sérieux notre rôle qui n’est pas de faire une publicité de l’évangile mais de l’annoncer et de le proclamer. Un vieux proverbe de chez nous dit : « le vrai parfum n’est pas celui que vante le parfumeur mais celui qui sent bon ».

2. Où t’es-tu converti ?
Dans ma famille ! Mon père d’origine musulmane s’est longtemps situé entre le théisme et le libéralisme chrétien dû sans doute à ses fréquentations suisses mais aussi à l’effet de Renan sur certains penseurs iraniens comme Ahmad Kasravi. Si Kasravi l’a éloigné de l’islam, il a eu, en Europe, l’intuition de l’authenticité du message biblique. Il avait une notion de Dieu beaucoup plus glorieuse que beaucoup de chrétiens évangéliques et c’est cela qui l’a poussé vers le bon choix car même s’il lui était possible de souligner les aspects positifs de l’islam et même d’évoquer des faits extraordinaires vécus dans son enfance, tout cela était loin de correspondre à l’idée qu’il se faisait de la grandeur infinie de Dieu, de Sa bonté et de Sa sainteté. Il est venu donc à Christ graduellement et tout lentement. Son intuition orientale, conduit par la grâce, (j’ai passé une enfance terrifié à l’idée que mon père serait séparé de Dieu, nous avons beaucoup prié pour son salut) l’a poussé à abandonner le libéralisme de manière radicale de sorte qu’un jour où je lui annonçai la découverte de l’arche de Noé, il me fit sur sa couche une réponse que je n’oublierai jamais : « Peu importe, la foi transcende la science ». La vie chrétienne a été entretenue dans notre maison par ma mère qui est une femme de prière. D’origine catholique, elle s’est convertie vers l’époque de ma naissance, j’ai donc été consacré dans une assemblée pentecôtiste à Mbuji Mayi où je suis né. J’ai donc « hérité » ma foi de ma mère plutôt que de mon père. Comme notre maison recevait beaucoup de gens (mon père des intellectuels et ma mère des gens « qui prient », selon le langage congolais), j’ai été ouvert à des influences diverses, aux questions que se posaient les uns et les autres sur le sens de la vie. Nos fréquents voyages en Suisse où mon père « possédait » un chalet ont ajouté un élément supplémentaire. Je suis donc par la force des choses à la fois oriental, africain et occidental. Cela ne m’a pas toujours facilité les choses. Ma conversion est intervenue à 15 ans. Quelques mois plus tard mon père décidait de rentrer en Iran. Nous avons été coupé, pour ainsi dire, de la communion ecclésiale. Cela a été difficile mais utile dans la mesure où j’étais seul à rechercher des réponses à des questions qui me hantaient et que je n’osais pas poser aux chrétiens avec qui je correspondais en Afrique et en Suisse. Je crois que le Seigneur m’a mis à l’écart afin de me donner des réponses ou certaines pistes qui m’aideraient à résoudre certains problèmes. Je crois que beaucoup de chrétiens ont, comme les amis de Job, des réponses toutes prêtes à des questions qui appellent à une méditation plus profonde, à une recherche de la volonté de Dieu. J’ai essayé de fuir les questions mais celles-ci ne me lâchaient pas ! Je suis donc allé vers les réponses que me découvrait le Seigneur. J’ai appris beaucoup dans ma solitude. Juste après, nous avons découvert une église pentecôtiste en ville mais j’avais, en attendant, beaucoup appris. J’aimerais ajouter que Job n’a pas reçu les réponses à toutes ses questions mais il s’est trouvé apaisé par la présence de Dieu. Très souvent, nous devons comme Moïse nous déchausser sur le terrain sacré de la révélation afin de Le laisser parler.

3. Il m’a semblé voir sur une carte que ta ville était proche d’installations nucléaires… crains-tu des frappes israélo-américaines ?
A mon sens, cette perspective n’est pas à l’ordre du jour. On doit sans doute s’attendre à ce que les Occidentaux qui ont jusqu’à présent monnayé leur silence sur les questions de droit de l’homme, se montrent désormais indulgents vis-à-vis de la mollahcratie iranienne. La réaction de la presse internationale face aux menaces d’exécution qui pèsent sur notre frère afghan est symptomatique d’une nouvelle approche de l’Occident par rapport à la question des droits de l’homme. Jusqu’à présent l’Europe nous a habitué à des réactions à la Ponce Pilate, en se cachant derrière des principes comme le respect de l’altérité. Les excès des régimes régionaux ne passeront peut-être plus sous l’œil complaisant des politiciens occidentaux, ce qui reviendrait à fragiliser les pouvoirs en place.

4. Penses-tu que nous avons raison de craindre un conflit régional, puis un conflit régional aggravé ?
Les régimes en places maltraitent les minorités et font l’impossible afin d’homogénéiser l’espace religieux ou ethnique. Chiites et sunnites se détestent beaucoup surtout quand ils doivent vivre dans un même espace national. Cela reste source de tension dans la mesure où la référence, dans la région, est « tribale ». L’autre est toujours perçu comme un élément hostile : il doit s’assimiler ou disparaître. On peut s’attendre à ce que ces éléments provoquent des guerres civiles qui pourront se muer en conflits d’ordre régional. Le processus a commencé en Iraq mais nous trouvons les mêmes éléments « polémogènes » dans la plupart des pays de la région. A l’heure du réveil des identités, ça risque de faire mal.

5. Est-il légitime pour toi que les mollahs aient la bombe atomique ? Que pense le peuple iranien ?
Il n’est pas aisé de se démarquer de l’opinion publique à ce sujet. Même les opposants plaident pour le droit de l’Iran de posséder une maîtrise de l’énergie nucléaire ou en termes moins hypocrites de posséder la bombe. Les mollahs jouent sur la fibre nationaliste qu’il est difficile de contrer. Il s’agit pour le peuple d’une bombe iranienne mais pour eux d’une bombe atomique islamique. En tant que journaliste, j’ai pu me rendre compte des subtilités du langage du régime : à chaque fois qu’un haut fait national est signalé, il est mis au crédit de la République islamique d’Iran alors que toutes les agressions visent la nation iranienne, le peuple iranien, l’Iran. Il s’agit donc d’une bombe atomique islamique. Je ne suis pas d’accord avec l’arme nucléaire.

6. Dans le livre de Daniel, on voit que l’ange a lutté 21 jours pour parvenir à exaucer la prière de l’homme de Dieu… Sous quelles principautés vit ce pays ?
Il s’agit d’une principauté très puissante. J’ai vécu en Afrique où le démon se manifeste sous des formes vulgaires mais la puissance déployée en Iran dépasse ce que l’on peut imaginer. Il y a des régions où la présence des forces démoniaques est beaucoup plus sensible que dans le reste du pays, par exemple à Gorgan, l’ancienne Hyrcanie, chaque pasteur qui a servi a perdu un membre de sa famille dans des accidents. Ces esprits se manifestent quelques fois par des actions violentes comme ces accidents au nord ou par une fermeture d’esprit notamment dans les régions du centre. Il y a des régions où l’Evangile pénètre plus facilement, il y a une certaine ville que nous appelons « la capitale de Dieu en Iran ». Il est important de signaler que beaucoup de pasteurs ont dû lâcher prise pour s’expatrier sous d’autres cieux compte tenu des pressions subies. Un excellent pasteur qui a quitté l’Iran disait : « je n’en peux plus; ma famille en a beaucoup souffert ». Il y a des années, nous pouvions condamner ceux qui partaient mais nous prions afin qu’ils relèvent le défi. Nous sommes conscients que celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde. L’ange de Dieu a finalement brisé la résistance du Prince de Perse et Cyrus le grand a enfin publié la charte de la libération des peuples. Si l’Iran est si surveillé par l’Adversaire, c’est parce qu’il y a d’importantes potentialités divines. L’Iran est à la croisée du sous-continent indien, du Moyen-Orient et du Caucase. Toutes les composantes ethniques de la régions se retrouvent en Iran : Perses, Kurdes, Baloutches, Arabes, Turcs, Araméens, Arméniens, etc.

7. L’Islam est donc un problème supplémentaire ?
Les zoroastriens ont été nos premiers persécuteurs. Les historiens sont d’accord sur le fait que l’Iran était en passe de devenir chrétienne quand l’islam a submergé de ses hordes l’empire sassanide. Satan n’entend pas céder sur l’Iran. Nous avons un siècle de combat démocratique, c’est un record ! Dans Jérémie 49 : 34-39, le prophète évoque, en termes épiques, la fin d’un combat, l’aboutissement d’une bataille. Ce n’est pas Nébucadretsar qui place son trône de jugement devant la cité élamite, mais Dieu en personne. Avant ce jugement eschatologique, il y aura une victoire de la croix sur le croissant. Les puissances qui siègent dans les cieux iraniens seront certainement ébranlées. La faiblesse de Dieu se montrera plus puissante que la force des hommes.

8. Comment prier efficacement pour les Perses ?
Je crois qu’il faut permettre à l’Esprit d’éveiller les esprits sur les besoins en Iran. Seul l'Esprit saint est à même de révéler à chacun les réels enjeux de ce conflit. Dans un contexte où l’Europe s’islamise, il est certain que ceux qui se sont libérés de l’emprise religieuse sont plus à même d’arrêter ce phénomène, ceci pour dire que nous pouvons aussi être utiles aux autres chrétiens. Dans le combat final, nous avons besoin les uns des autres. Il est importe de prier aussi pour l’unité des chrétiens iraniens, pas une unité œcuménique bien sûr, mais une capacité d’aller de l’avant dans un esprit fraternel et dans une commune référence à la croix.

9. Quels sont les projets missionnaires de ton église ?
J’espère que tu entends église dans le sens d’assemblée locale et non de communauté ! Car il y a bien une Eglise pour laquelle Christ est mort. Pour rendre plus explicite ma pensée, je crois dans une église unique composée de tous ceux en qui a résonné l’appel (klesis) et qui ont décidé de se rendre à l’invitation du Christ. On peut trouver des membres de l’églises dans toutes les confessions chrétiennes qui professent la filiation divine et unique du Jésus-Christ et l’œuvre rédemptrice de la croix d’une part et qui adhèrent de l’autre aux grands principes moraux et éthiques caractéristique de la foi judéo-chrétienne. Certains membres de l’Eglise, du peuple de Dieu préfèrent le confort babylonien à l’épreuve du retour et de la restauration du Temple de Dieu renversé par les ennemis du peuple de Dieu. Babel, c’est le lieu où on s’arrête parce qu’on s’y sent à l’aise. Bab-el veut dire aussi « porte de Dieu », cela est assez symptomatique de l’illusion religieuse de ses bâtisseurs. C’est aussi au-delà de l’Euphrate, proche du lieu où ont vécu nos ancêtres, parmi lesquels Taré père d’Abraham et de Nahor. C’est en tenant compte de ses facteurs que nous devons considérer le piège babylonien. D’où cet appel : « Sortez d’elle mon peuple ». Il y a donc des appelés à Babylone, des membres de l’Eglise en dehors du terrain de la révélation, loin de Sion. Il faut sans doute prouver notre élection mais là est une autre question. Loin d’une attitude d’exclusion, il importe de rappeler à ceux qui sont dans la « diaspora », l’impératif du retour. Pour revenir à ta question, l’Iran est un vaste pays mais nos regards se portent sur le grand Moyen-Orient, à savoir les pays où l’on retrouve les composantes ethniques, ce qui inclut le monde irano-turc et les pays arabes. Nous sommes intéressés par la perspective d’aider, en dehors de notre contexte culturel spécifique, les pays les plus touchés par l’islam. Au cours d’un de ses voyages en Guinée, un de nos pasteurs a pu se rendre compte que les pasteurs locaux avaient une connaissance quelque peu limitée de l’islam. Nous souhaiterions voir les missionnaires occidentaux consulter leurs frères du Moyen-Orient dans le cadre d’action missionnaire. Dans un contexte où les appels à la violence caractérisent notre région, il serait important de faire entendre une autre voix, de rappeler que Christ est de retour à cette région qui l’a vu naître. Dans un de nos cantiques, nous disons : Sois le roi de notre pays.