Il y avait déjà eu un accrochage entre Jérusalem et le Vatican à propos de l'omission des victimes juives du terrorisme alors qu'Israël est un des Etats payant le plus lourd tribut à cette forme de crime : , , , . Il est cependant arrivé que Benoît XVI condamne le terrorisme contre Israël et il est étrange que les propos récents du pontife suivent d'autres, faits une semaine avant, bien davantage modérés. Si le Pape ne représente pas l'Allemagne, il devrait cependant toujours garder à l'esprit que son pays a commis une horreur sans nom, et en tant que maître de l'église romaine, il devrait comparer les crimes de son institution à ceux qu'il semble imputer à Israël. De même, il serait bon que Rome ouvre franchement ses archives à propos de la Seconde Guerre Mondiale aux historiens qui le demandent afin de prouver sa prétendue bonne foi (ce dernier article est à prendre avec un certain recul, notamment le fait qu'Hitler se réclamait du Catholicisme ne faisait pas de lui un Catholique pieux malgré tout ce que l'on peut reprocher à Rome et même si cette dernière ne l'a pas excommunié. De plus, il émane d'un site athée qui fait feu de tout bois pour dénigrer la religion). L'idée générale du second article ne reflète évidemment pas la position de VoxDei qui croit que tout pécheur qui demande la rédemption la reçoit.

Je l'ai écrit ailleurs, ce pape me fascine et m'inquiète à la fois. J'avoue qu'à l'admiration, réelle, que j'ai pour son grand savoir et son incontestable amour des créatures, se mêle un sourd malaise, qui va croissant à mesure que se multiplient les interventions orales et écrites ainsi que les actes de ce pontife. Les deux textes présentés ici s'efforcent de l'illustrer. Le premier est de moi, l'autre du célèbre rabbin américain, S. Boteah. Je ne peux pas parler au nom de Rabbi Boteah, mais en ce qui me concerne, je dirai que ce qui me trouble le plus, c'est le traitement extrêmement particulier des Ecritures, qui est celui de ce pape. Ce n'est pas ici le lieu d'en traiter - ce qui en est dit dans l'article cité (note 2 de l'article 1, ci-dessous), suffira à attirer l'attention sur la tendance extrême à la théodicée (justification des actes de Dieu) qui caractérise son l'exégèse de Benoît XVI. Il faut seulement espérer que cette théodicée ne cache pas, à l'insu du pape lui-même, une apologétique subtile et des relents de l'ancien triomphalisme confessionnel qui ont si longtemps rendu les chrétiens et leurs pasteurs insensibles non seulement aux souffrances du peuple juif, mais également à son destin messianique et à sa gloire future, qui, à en croire les prophètes (Isaïe et Jérémie surtout) constitueront sa "consolation", "au jour du salut" (Is 49, 8). J'espère me tromper du tout au tout en craignant que cette imperméabilité bi-millénaire, et, en quelque sorte, congénitale en chrétienté, ne rende les fidèles et les Pasteurs de cette religion, sourds et aveugles à l'accomplissement de la prophétie de Jérémie (31, 10): "Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau."



Bonne année civile 2007 à toutes et à tous.



Menahem Macina




1. L´étrange amour du pape pour "ceux qui appellent le mal, bien, et le bien, mal", M. Macina

"Comment ne pas tourner, une fois de plus, notre attention vers la situation effroyable des droits de l'homme sur la terre natale de Jésus?". [Reuters)



Outre le caractère exorbitant de l'expression "situation effroyable" (Israël n'est pas le Darfour !), on peut se demander qui vise le pape dans cette phrase de sa première homélie de l´année, consacrée aux droits de l´homme ?

Sachant que LE coupable tout désigné des atteintes aux droits de l´homme « sur la terre natale de Jésus », est Israël, auquel on reproche d'imposer à la population palestinienne des contrôles sécuritaires "cruels et humiliants", on peut regretter que le pape n´ait pas précisé sa pensée, ne serait-ce que pour être ôté d´un doute, non moins « effroyable que la situation des droits de l´homme sur la terre natale de Jésus ».



Sinon qui d´autre ?

Il y a peu de chances qu´il s´agisse de Mahmoud Abbas, le « bon dirigeant palestinien », « l´homme de dialogue » et « l´ami de la paix », que célèbrent unanimement - une fois n´est pas coutume - Américains et Européens.



S´agirait-il des factions terroristes ? Aucune chance, à moins d´avoir le culte du ridicule. Les terroristes, par définition, ne respectent ni les droits de l´homme ni la vie humaine.



Difficile donc d´éviter la dure réalité : c´est bien d´Israël que parlait le pape dans cette homélie.

Mais qu´est-ce qui ne va pas entre le Vatican et Israël ?

L´Etat des Juifs est-il si diabolique, que le chef de l´Eglise catholique ait cru devoir rajouter aux condamnations incessantes de l´ONU, de l´Europe et des pays arabes ? Au moins, les considérations suivantes ne devraient-elles pas être portées au crédit de ce peuple ?

  • Israël n´est pas sur le point d´utiliser l´arme atomique contre un ou plusieurs des Etats arabes qui ont juré sa perte.
  • Il n´a pas organisé une conférence sur les crimes de l´Eglise, en général, durant les siècles où celle-ci avait tout pouvoir, ni sur ceux de l´Inquisition, en particulier.
  • Il s´est même abstenu d´organiser un procès posthume de Pie XII, pour la lâcheté insigne dont a fait preuve ce pape en évitant de « condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables "frères du Seigneur" » (1), et en ne dénonçant pas, par des paroles de feu, "la situation effroyable des droits de l'homme", qui prévalait alors sur une grande partie du continent européen.

Si l'on se base sur l´audience privée accordée récemment par le pape Benoît XVI au ministre iranien des Affaires étrangères (dont le ministère a patronné le concours de caricatures sur l'Holocauste, organisé à Téhéran), et sur « les salutations chaleureuses » qu´il a fait transmettre au président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et si l'on y ajoute la déclaration du directeur de la salle de Presse du Saint-Siège, suite à l'exécution de Saddam Hussein - « une exécution capitale est toujours une nouvelle tragique, un motif de tristesse, même lorsqu´il s´agit d´une personne qui s´est rendue coupable de graves délits » -, on en vient à se demander si le principal tort de l´Etat des Juifs n´est pas l´insuffisance de sa malignité.




Il semble en effet, que le pape ait toute la miséricorde du monde pour les scélérats, alors qu´il réserve l´essentiel de sa sévérité au seul peuple des Juifs réfugiés en Israël, qui tentent péniblement de survivre sur le territoire qui fut jadis leur patrie, et dont de prétendus "partenaires de la paix" contestent le moindre arpent, massacrent périodiquement leur population et dénient, en toute occasion et dans chaque forum international, à Israël, le droit à l'existence en tant qu'Etat juif indépendant.




On attend encore le prophète qui osera ce qu´un simple chroniqueur ne peut se permettre : inviter ce pape, si méritant par ailleurs, à méditer ces passages de l´Ecriture :




Is 5, 20 : Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l'amer le doux et du doux l'amer.




Pr 17, 15 : Déclarer juste le malfaisant et malfaisant le juste, deux choses qui sont en horreur à Dieu.










(1) Préface de l'écrivain catholique François Mauriac, au livre de Léon Poliakov, Bréviaire de la haine. Le IIIe Reich et les Juifs, 11 avril 1951.




(2) Typique, à cet égard, est le refus péremptoire (j'allais écrire : 'viscéral') de ce pape, d'admettre que Dieu puisse se venger, comme l'atteste pourtant la Bible (Nouveau Testament inclus), à maintes reprises. Voir : "Vengeance de Dieu: refusée par le successeur de Pierre, corroborée par l´apocatastase".





Menahem Macina




© upjf.org







2. Le Pape et les négateurs de l'Holocauste, Shmuley Boteach

The Jerusalem Post




Original anglais : "The pope and the Holocaust deniers".

Traduction française : Menahem Macina




L´exécution de Saddam Hussein nous a rappelé que certains crimes sont si monstrueux qu´aucune société ne peut les tolérer, et que, quand on assassine plus d´un million d´êtres, même des opposants traditionnels à la peine de mort, ne peuvent qu´applaudir à la pendaison.



C´est une leçon que l´Eglise catholique ferait bien d´envisager. La semaine dernière l´Eglise s´est désolidarisée d´avec presque toutes les voix morales et s´est élevée publiquement contre l´exécution de Saddam. Et comme si ce n´était pas suffisant, le pape Benoît XVI a accordé une audience privée à une délégation de personnalités officielles iraniennes, menée par le Ministre des Affaires étrangères, Manoucher Mottaki, dont le ministère a patronné la récente conférence sur la négation de l´Holocauste, à Téhéran.



Le pape est le plus haut dirigeant spirituel de la planète. Le fait qu´il ait choisi de légitimer un tel misérable choque toute sensibilité morale. Plus troublant encore : le pape a chargé la délégation de transmettre ses voeux chaleureux au président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.



Voeux chaleureux ! Ahmadinejad appelle pratiquement chaque semaine à l´anéantissement d´Israël. Le pape ne devrait avoir que du mépris pour cet homme. On eût espéré qu´un pape qui fut témoin de l´Holocauste et de la destruction du peuple juif ferait preuve d´une prudence extraordinaire avant de se commettre avec ceux qui veulent renouveler les efforts d´Hitler.



Ne rusons pas avec cela. Ahmadinejad est une abomination internationale qui peut se prévaloir sans crainte d´être l'homme vivant le plus rempli de haine qui soit au monde. Le pape peut sûrement trouver de plus dignes récipiendaires de son temps et de sa bienveillance.



Le pape Jean Paul II fut un homme de grand courage qui contribua à défier et à vaincre le communisme. Pourtant déjà, il commit l´erreur répétée consistant à légitimer des terroristes, en rencontrant Yasser Arafat à plusieurs reprises. Mais si l´on peut trouver des excuses à ces rencontres, en arguant que d´autres dirigeants mondiaux ont fait de même, les actes du pape à l´époque de la mort d´Arafat furent irritants et incompréhensibles. Il fit l´éloge d´Arafat comme étant "un dirigeant doté d´un grand charisme, qui aimait son peuple et chercha à le conduire vers l´indépendance nationale". Et Jean Paul II de conclure : "Que Dieu accueille l´illustre défunt et accorde la paix à la Terre Sainte".



Quelqu´un a-t-il pu croire sérieusement que Dieu allait accueillir dans les cieux ce tueur d´enfants, plutôt que de le jeter en enfer ? Pourquoi des hommes aussi vertueux et aussi pieux que Jean Paul et Benoît ont-il commis d´aussi scandaleuses erreurs ?



Il apparaît que l´Eglise passe beaucoup de temps à maintenir en vigueur ses normes morales en matière de sexualité - par exemple, en condamnant les unions homosexuelles et la contraception -, et beaucoup moins, en comparaison, à condamner les tyrans et les dictateurs qui massacrent les enfants, dont elle proclame que la vie est sacrée. Pourquoi cette omission ?



Elle témoigne de l´existence d´un schéma de pensée, déplorable et persistant, chez nos frères chrétiens, qui consiste à refuser de haïr le mal. Beaucoup de mes frères et soeurs chrétiens croient, à tort, que Dieu interdit la haine. Ils citent, comme preuve de ce que nous ne devrions jamais haïr, l´enseignement de Jésus recommandant de tendre l´autre joue, et son commandement d´aimer nos ennemis. En tant que réalisateur de radio, je suis interpellé par de nombreux chrétiens évangéliques qui disent qu´aux yeux de Dieu, nous sommes tous pécheurs, et qu´ainsi, dans la perspective céleste, Osama bin Laden et une quelconque maîtresse de maison du Kansas sont sur pied d´égalité. Bin Laden doit, certes, s´attendre à être jugé pour ses crimes, mais disent-ils nous n´osons pas le haïr, parce que nous voyons que Jésus l´aime encore.




Mais c´est une parodie des enseignements de Jésus (1). Cela revient à transformer cette grande personnalité hébraïque en quelqu´un qui avait du mépris pour ses victimes tout en faisant preuve d´amour envers leurs meurtriers. Jésus prônait de tendre l´autre joue pour de petites offenses et des affronts à l´honneur, pas pour des fosses communes ni des salles de torture.




De même, quand Jésus enseignait à aimer nos ennemis, cela ne s´appliquait pas aux ennemis de Dieu. Nos ennemis à nous sont des gens qui prennent notre place de parking, ou qui sont nos concurrents à une promotion professionnelle. Les ennemis de Dieu sont ceux qui massacrent ses enfants.




Il ne faut pas qu´un chrétien pense que la sympathie de Jésus s´adressait à qui que ce soit d´autre qu´aux opprimés et aux pauvres. Il est vrai que la Bible nous ordonne d´"aimer notre prochain comme nous-même", mais l´homme qui tue des enfants n´est pas notre prochain. Ayant rejeté l´image de Dieu, il a perdu son étincelle divine et est condamné à l´oubli éternel, dont la foi au salut elle-même ne peut le sauver (2).




Celui qui assassine les enfants de Dieu est éternellement perdu pour Dieu et a renoncé à tout droit à aimer, avec, à la clé, une éternelle dérision (3).




Malgré mon respect profond et durable pour la foi chrétienne, j´affirme sans équivoque qu'aimer le terroriste qui précipite un avion de ligne sur un bâtiment civil, ou un partisan de la suprématie blanche qui traîne, sur près de 5 kilomètres, un homme noir attaché à l´arrière d'une voiture, n'est pas seulement stupide, mais gravement coupable. Envoyer des salutations chaleureuses à un président iranien qui vient d´accueillir un dirigeant du Ku Klux Klan est un affront à tous les Noirs du monde, autant que ce l'est pour les Juifs.




Aimer le malfaisant est en soi malfaisant et constitue une forme passive de complicité.




On reconnaît chacun de nous à ses fréquentations. Si Ahmadinejad d´Iran appelait à l´extermination de tous les catholiques du monde, le pape devrait réfléchir à deux fois avant de rencontrer ses représentants. Il devrait faire preuve du même respect envers ses frères juifs.







Shmuley Boteach *




© Jerusalem Post






  • L´auteur dirige le programme de la chaîne éducative (The Learning Channel), "Shalom in the Home" (La paix à la maison), dont la seconde partie commence le 21 janvier. Il écrit actuellement un livre sur la nécessité de haïr le mal. (Voir son site).










Notes de la Rédaction d´upjf.org




(1) L´image d´Epinal d´un Jésus doux et béni-oui-oui, est catégoriquement démentie par plusieurs passages du Nouveau Testament. On se limitera à Lc 19, 27 : "Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence."




(2) Cf. Epître de Jacques, 2, 19 : "Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent".




(3) Cf. Siracide, 16, 9 : "Il n'a pas eu pitié de la race de perdition: ceux qui se prévalaient de leurs péchés" ; 2 Maccabées 9, 13 : "Mais les prières de cet être abject allaient vers un Maître qui ne devait plus avoir pitié de lui..."