Journal International de Médecine Publié le 18/12/2006

La fécondation in vitro (FIV), y compris l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes et le transfert d’embryons congelés, pose un problème de santé publique dans les pays développés. Ses résultats doivent en effet être confrontés aux ressources qu’elle consomme. Or, la santé périnatale des enfants issus de FIV (enfants-FIV) semble moins bonne que celle des enfants conçus naturellement, et leur devenir à long terme est controversé. Faute d’études épidémiologiques en population, l’exploitation de registres nationaux bien tenus, telle qu’elle est faite dans les pays scandinaves, peut fournir des renseignements assez complets et récents sur de grands nombres d’enfants.

Une équipe finlandaise a effectué une étude de ce type pour préciser l’état de santé jusqu’à l’âge de 4 ans des 4 559 enfants-FIV nés en Finlande entre1996 et 1999 (environ 2,5 % des naissances).

Elle a croisé les données du registre médical des naissances, allant jusqu’à 7 jours de vie, avec celles tirées des registres des causes de décès, des hospitalisations et des dépenses des assurances sociales. Elle a comparé les enfants-FIV avec deux groupes témoins constitués d’une part de tous les autres enfants nés après une grossesse spontanée pendant la même période (n=190 398, pour la santé périnatale et les hospitalisations), et d’autre part d’un échantillon aléatoire de ces enfants (n=26 877, pour les dépenses). Elle a calculé les taux et les odds ratios (OR) de la prématurité, des problèmes périnataux et postnataux, des hospitalisations, des allocations pour enfant handicapé et des traitements au long cours, globalement et après stratification sur les enfants uniques (singletons) et les jumeaux.

Les résultats globaux de cette étude confirment un certain nombre de données déjà connues chez les enfants-FIV : 1) la forte proportion de jumeaux (34,7 %), 2) les taux élevés de prématurité (23,6 %) et de grande prématurité (4,7 %), de poids de naissance < 1,5 kg, (4,2 %), de mortalité périnatale (1,3 %) et au cours des deux premières années de vie (0,9 %), 3) leur moins bonne santé périnatale, d’après différents indicateurs de gravité, 4) le désavantage des jumeaux-FIV par rapport aux « singletons-FIV », en période néonatale, 5) l’excès d’hospitalisations et de certaines pathologies, telles que les paralysies cérébrales 3,8 % ; OR=2,92 (1,63-5,26) et les troubles du comportement 6,6 % ; OR=1,63 (1,11-2,53).

Les résultats obtenus après stratification sur les singletons et les jumeaux sont plus originaux et méritent commentaires. Les « singletons-FIV » ont une morbidité et une mortalité périnatales plus élevées que les singletons-témoins, mais, ensuite, ils ne s’en distinguent plus que par des hospitalisations plus nombreuses et plus longues, notamment en raison de malformations congénitales et d’infections. Ainsi, leur excès de mortalité au cours des deux premières années est surtout à mettre sur le compte de l’augmentation de la mortalité au cours de la première semaine de vie et ils n’ont pas plus de paralysies cérébrales ni de troubles du comportement que les témoins. Les jumeaux-FIV, eux, ne présentent pas de différence significative avec les jumeaux-témoins au cours des quatre premières années de vie, si l’on en croit les intervalles de confiance à 95 % des OR.

Bien qu’elle soit rétrospective et limitée à 4 ans, cette étude montre que les enfants-FIV ont davantage de problèmes de santé que les autres enfants et précise la part occupée par les jumeaux dans ces problèmes. Statistiquement, le devenir des jumeaux-FIV n’est donc pas différent de celui des jumeaux-témoins. En réalité, comme le disent les auteurs, les résultats devraient être analysés en tenant compte de la zygotie, parce que les jumeaux dizygotes ont, en principe un meilleur pronostic que les jumeaux monozygotes, et qu’ils constituent la quasi totalité des jumeaux FIV. De par leur proportion élevée –plus d’un tiers des enfants-FIV- et leur grand nombre de problèmes de santé, les jumeaux-FIV sont responsables d’une partie de l’excès de morbidité et de mortalité des enfants-FIV après une semaine de vie.

La réduction du nombre d’embryons transférés pourrait améliorer la santé des enfants-FIV. D’autres études sont nécessaires pour expliquer la moins bonne santé des « singletons »-FIV, ainsi que des suivis au delà de 4 ans pour apprécier le devenir à plus long terme des enfants-FIV.

Dr Jean-Marc Retbi

Klemetti R et coll. : « Health of children born as a result of in vitro fertilization. » Pediatrics 2006 ; 118 : 1819-27