NDLR : puisque récemment avait lieu le fameux téléthon, il faut savoir qu'existe une "charte de déontologie des organisations sociales et humanitaires faisant appel à la générosité du public" et que l'AFM refuse d'y adhérer. Cela se comprend quand on sait que son fonctionnement est en porte-à-faux avec les règles de cette charte puisque l'AFM rémunère des bénévoles et surtout finance des activités sans lien direct avec l'objet pour lequel elle touche des subventions.
X: En affirmant que la loi de 1901 est subvertie, vous vous attaquez à un tabou ?
PPK : C’est d’autant plus un tabou que la « Génération Morale » aux affaires depuis 1980 l’a constitué en canonnière idéologique. A entendre ses thuriféraires, l’Association c’est le désintéressement, la générosité, le bénévolat, la démocratie, la société civile, la Culture, le Sport, la Nature, l’Etranger, le Tiers monde, le commerce équitable, le développement durable, l’économie sociale et solidaire, le halo sociétal, la lutte contre l’exclusion et les discriminations, dominés contre dominants etc… C’est le Camp du Bien et en plus ça crée des emplois.
X Vous parlez même de « structure moralement auto nettoyante ».
PPK : Oui, la « question morale » est déterminante en matière associative car elle est au cœur du problème de la légitimité des aides publiques. Les « assoc’ » sont devenues moralement intouchables par justification.
Première justification: elles n’appartiennent ni au public, ni au privé. Présenté comme une pure émanation de la société civile, le monde associatif se trouverait ainsi purifié de tous les vices affectant tant le libéralisme sauvage que le socialisme bureaucratique. C’est la justification par le statut .
En second lieu, une association œuvre forcément, par nature et vocation pour le Beau, le Vrai et le Bien, le Juste, la femme battue et le sans papiers, le tiers-monde, les ours et les loups. C’est la justification par la nature et la noblesse des activités et des intentions. Du coup 10.000 euros par mois dans l’épicerie de luxe, c’est de l’exploitation du prolétariat mais dans l’action associative, c’est de l’apostolat. Ce type de justifications est le propre de tout clergé avec pour mot d’ordre le vieux cri clérical: « Laissez venir à moi les petits bénéfices ecclésiastiques sans contrôle des laïcs ». C’est par ce détour moral hardi que s‘est constituée une profession étrange celle des «Antigones subventionnées», électorat militant par excellence du «Tartuffe aux affaires » depuis 1980.
Troisième justification, la justification par l’emploi qui a conduit au paroxysme des nouveaux emplois nouveaux, métiers, emplois jeunes, services à la personne et autres formes du Colbertisme Ancillaire développé par Martine Aubry. Jadis le roi de France subventionnait la Compagnie des Indes et la marine. Désormais il subventionne votre femme de ménage, Bécassine si vous voulez .
Née sous l’impulsion de la génération 68, « l’assoc’ » comme acteur social majeur quoiqu’indéfinissable prend une telle dimension morale surtout dans les médias qu’il est devenu une composante incontournable du discours collectif et de la vie publique, une sorte de partenaire social officiel implicite et par décret. Vous pouvez bien voter pour qui vous voulez, si « les associations » pensent le contraire… vous perdrez la partie dans l’esprit de vos élus terrifiés.
X Et nœud Gordien ?
PPK : Je dis « nœud gordien » tout d’abord parce qu’il n’y a plus Un Monde ni Un Peuple associatif mais de multiples tribus divisées, Gauche et Droite, réactionnaires et progressistes, libertaires, Jacobins et Girondins, Parisiens et ruraux, patronat et syndicats, églises et loges, confessionnels et laîcards, modèles de civisme, de générosité et semi fraudeurs comme vrais délinquants etc. Cette tour de Babel est d’accord sur un seul point : « Pour protéger le statu quo, préservons l’opacité et la confusion en imposant la plus stricte des censures. »
Malheur à l’imprudent qui fait mine de regarder sous le couvercle ! Il sera dénoncé, harcelé, marginalisé, dégradé, placardisé, liquidé. Il sera vite interdit de tout média « établi ». On connaît le plus célèbre déni français de justice et de vérité : « La question ne sera pas posée » ( Affaire Dreyfus). Et si d’aventure tel ou tel media non conformiste l’accueille, la vieille technique éculée reservira : « On vous l’avait bien dit » ! Conséquence heureuse et habituelle de la censure : être publié dans pareille situation devient gage de caractère et de talent.
X. Et sous le couvercle ? Quelle poudrière ?
PPK : La poudrière ? Ce sont d’abord les masses humaines et financières en jeu
Considérons d’abord les effectifs humains. Ce sont 10 à 12 millions de donateurs et bénévoles, ce sont 1.600.000 salariés associatifs, dont 80% sont gérés par 30.000 à 40.000 « faux » employeurs. Je dis « faux » parce que ce ne sont pas eux qui financent les salaires mais le contribuable. Pour autant, depuis 2002, ils se présentant aux élections prud hommales sous la casquette « Economie Sociale ». Faut-il rappeler que 1,6 million de salariés, c’est l’équivalent de la fonction publique territoriale ou encore deux fois la fonction publique hospitalière ! Cette imposante force de travail s’emploie par prédilection dans les secteurs idéologiquement les plus sensibles de la dépense publique et de l’Etat Providence. En souvenir du Front Populaire, le bloc « laïc » préempte plutôt l’école, l’éducation populaire, la culture, la jeunesse et les sports tandis que, par héritage de l’église, le bloc « confessionnel » cogère la santé, le sanitaire, le handicap ou la vieillesse Qui sait par exemple que le 1% logement, les retraites complémentaires, le handicap, les intermittents, relèvent d’organismes 1901 ? Qui sait que la première association de France n’est autre que l’AFPA, l’Association Française pour la Formation Professionnelle des Adultes ? Celle-ci ne compte pas moins de 12..000 salariés et le ministère du Travail lui octroie six cents millions € de crédits. Dans un cas de ce genre que reste-t-il de la vocation et des principes associatifs ? Ici, on est en présence d’un outil public, à la différence près que les dits salariés ne sont pas comptabilisés comme fonctionnaires. D’ailleurs ils n’ont point le statut protecteur des agents publics.
Considérons ensuite les masses financières en cause.
Sont en cause des sommes publiques et privées considérables que j’évalue sans la moindre garantie comptable à 10 ou 12% du PIB soit 125 milliards € ! dont plus de 80% issus des prélèvements obligatoires. En l’état actuel de la censure consensuelle, personne , Elysée , Parlement, Cour des Comptes, media, partis politiques, syndicats, ministères concernés, recherche publique, université, sociologues, MEDEF, etc .. personne ne veut compter avec un tant soit peu de rigueur le nombre d’associations, d’employeurs, de salariés ou de bénévoles, l’origine, la nature, le montant des ressources publiques concernées bref de prendre l’exacte mesure quantitative du phénomène et de sa mutation qualitative depuis trente ans. Car selon le jargon marxiste, force est de constater que le saut quantitatif a entraîné un saut qualitatif. Un nouveau monde associatif est né qui n’a strictement plus rien à voir avec les principes fondateurs de la grande loi républicaine de 1901. Les seules données solides concernant le secteur associatif en tant que structure ont été publiées par le statisticien INSEE Philippe Kaminski en février 2006. Avec d’infinies réserves, l’auteur indique une masse salariale de 25 milliards d’euros, une valeur ajoutée supérieure à 45 milliards, un budget de 60 milliards, le secteur sanitaire et social représentant à lui seul 60% de cet ensemble. Pour donner une idée des approximations avouées par l’auteur, les salaires des enseignants du secteur privé ne sont pas comptabilisés car payés par l’Etat !
X Comment cet ensemble serait-il tout d’un coup devenu explosif ?
PPK : Par dislocation matérielle, intellectuelle et morale. Considérons d’abord la différence entre « grandes surfaces » et « gagnent petit ». Quoi de commun entre les 793.000 associations sans salariés avec un budget moyen inférieur à 7300 euros et les 25.000 associations de gestionnaires au budget moyen 7.900.000 Euros qui mobilisent 80% du salariat associatif ?( CF Le supplément « Association » Le Monde du 7 décembre 2006 ) Au plan sociologique et idéologique, quoi de commun entre les 12 millions de bénévoles et les 1.600.000 salariés ? Le peuple des bénévoles est plutôt provincial, familial, secteur privé, « catho », professions indépendantes et libérales, classes moyennes supérieures, militant. On les trouve surtout en Bretagne, dans le Nord, en Alsace et Franche Conté. Face à ce peuple, un autre monde, le monde du salariat associatif est celui des classes moyennes inférieures en déficit d’avenir. Conséquence de la préférence pour l’emploi qui caractérise l’évolution associative a produit cette exception française : Le salariat fait fuir le bénévolat. Pire il le combat. C’est ainsi que des collectifs informels de services publics et d’associatifs sociaux tentent en Alsace comme en Provence-Côte d’Azur de faire interdire toute action sociale et familiale aux églises évangéliques abusivement qualifiées de sectes dangereuses via une Commission parlementaire ad hoc associant la Gauche et la Droite. .(1). Début 2006, les services sociaux du Conseil Général du Haut Rhin refusent le statut de famille d’accueil au président de l’Association Familiale Protestante au motif qu’il est pasteur. En automne 2006, le directeur de l'agence régionale d'hospitalisation de Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse diffuse auprès des directeurs d'hôpitaux un questionnaire les invitant à recenser les "dérives", "refus de transfusion", "troubles à l'ordre public", "refus de scolarisation" imputables aux "Témoins de Jéhovah", au "monde protestant" et "monde musulman", Qui pis est, le marché du travail associatif se révèle l’un des plus durs aux travailleurs. Le salariat y est fragile, mal payé, souvent à temps partiel, féminisé à plus de 60%, fortement monoparental. Il se déploie surtout dans les zones fragiles du pays Midi, Est, Centre, banlieues, zones rurales isolées, partout où l’économie normale s’avère défaillante. C’est une sorte de sous prolétariat, de supplétifs des grandes administrations nationales et locales. Bourdieu y a décelé une « gauche d’en bas » exploitée par une « gauche d’en haut » privilégiée dans son statut de « classes moyennes protégées de l'emploi à vie ». C’est tout le sens du dernier rapport de Jacques Delors sur la précarité du statut comme du livre de Louis Chauvel « Les classes moyennes à la dérive » Seuil Octobre 2006 .
X Mais qui pourrait oser, qui pourrait et comment mettre le feu aux poudres ?
PPK : Vous et moi. Des gens comme tout le monde qui manquaient jusqu’à présents de détonateurs.
Premier détonateur ? L’opacité n’est plus tenable car il y a trop de gens et trop d‘argent ; c’est la porte ouverte à toutes les jalousies. Face à ce « mammouth tout à la fois explosif et mou », devant l’impossibilité évidente de toute réforme venant d’en haut comme de l’intérieur des appareils, des professionnels des Pouvoirs, j’ai enfanté le concept – technocratique à dessein – de Dépense Nationale Associative. Il s’agit de forcer les intéressés à définir ce que c‘est « L’Association » et de faire compter tout l’argent, public ou privé, quelle qu’en soit l’origine, qui circule sous ce statut de la loi de 1901 ». Sous le camouflage irrécusable de la Comptabilité Nationale, l’idée de manœuvre est de forcer tous les responsables publics et privés, toutes les parties prenantes, à définir et compter ce qui est associatif, de la plus modeste commune jusqu’à l’Elysée, en sorte de le distinguer de ce qui ne l’est pas.
La France a besoin d’un audit associatif national, un peu comme jadis les « cahiers de doléances », paroisse par paroisse. C’est donc une démarche politique à finalité intellectuelle et morale fondée sur l’un des principes constitutionnels les plus sacrés : la séparation des pouvoirs. Je vous rappelle l’article XVI de notre Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen de 1791 : « Une société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ( Pensons à Outreau !) et la séparation des pouvoirs n’est pas organisée, n’a pas de constitution ». ( Traduire : n’est pas civilisée ! ) ».
Pour susciter pareil réveil civique il suffit d’une demande telle que toutes les actuelles parties prenantes au statu quo éprouvent le besoin croissant de redorer leur image dans l’opinion.Et c’est le cas. Cette demande monte depuis peu. Le monde associatif affronte depuis moins de cinq ans un retournement de l’opinion qui résulte de nombreux facteurs Les améliorations fiscales considérables du régime des dons ont multiplié les effectifs des donateurs. Au sein des grandes entreprises, les fondations se multiplient en même temps que s’aiguise la vigilance d’administrateurs soucieux d’image éthique. Enfin, avec la décentralisation, les collectivités locales ont pris la tête des financements associatifs avec pour conséquence de rapprocher les financements du regard de contribuables ( Communes 14%, départements 10%, régions 4%, Etat 12%, Europe 1%, Sécurité Sociale 10%.). Conséquence des changements le regard des français sur les associations est en pleine mutation. Selon le dernier sondage IFOP pour Deloitte en novembre 2006, un nombre croissant de français pensent que les associations ne sont pas dignes de confiance (35%) et enfreignent les règles de fonctionnement démocratiques (30%). La réalité est autrement grave que ne disent ces chiffres car le sondage ne distingue pas entre grandes et petites associations. Il y a donc désormais des gens en quête de rigueur et de vérité. Or l’Accord AFNOR du 15 novembre 2006 offre à toutes les parties prenantes, et d’abord aux grandes associations les plus vertueuses, l’outil de transparence qui manquait.C’est un second détonateur : le meilleur car offert à tous.
X : Donc vous ne vous en prenez pas à la loi de 1901 en tant que telle ?
PPK
Mais pas le moins du monde ! C’est un faux procès qui prenait hier encore la forme d’une chasse aux sorcières auprés de mes supérieurs hiérarchiques. Au contraire. J’en suis le plus ardent défenseur. Celle-ci repose sur la liberté, le désintéressement, la responsabilité, l’esprit d’entreprise, la séparation des pouvoirs et des intérêts, la démocratie. Certains m’accusent de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, alors qu’ils sont en train de noyer le bébé dans l’eau sale. Il faut bien voir que le monde associatif a complètement changé de visage et de nature.
X : La dérive est selon vous particulièrement patente en ce qui touche à l’immigration.
PPK : Quantitativement non, mais politiquement ! oh combien ! Dans le dernier rapport auquel j’ai contribué à la Cour des Comptes en 2004, la juridiction observait que l’administration centrale ne disposait, pour traiter cette question cruciale, que de 71 fonctionnaires, alors que, sur le terrain 14.000 associations vibrillionnaient. Soit au bas mot 100.000 salariés . Les émeutes urbaines de novembre 2005 sont un indicateur parmi d’autres de leur innefficacité. Et il est très choquant que des voix se soient élevées pour réclamer un accroissement des moyens des assoc’. Pratiquement, l’Etat a abandonné l’enjeu de l’intégration, à une nébuleuse où se côtoyaient le FASILD, le SSAE, la CIMADE en passant par SOS Racisme, la CIMADE, France terre d’asile, le MRAP, la LICRA etc. ... L’an dernier, ayant été nommé à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), j’ai découvert une sorte de chambre des métiers où des officiels de l’antiracisme associatif font la loi. J’ai émis l’hypothèse que leurs associations fussent certifiées par un label. Pour refuser ils ont argué qu’ils avaient été désignés par le Premier ministre. L’argument ne vaut rien. Christian Nucci (impliqué dans l’affaire du Carrefour du développement au début des années Mitterrand, ndlr) ou encore Michel Gilibert (secrétaire d’Etat aux handicapés de 1988 à 1993, ndlr), devaient également leur poste au Premier ministre. En fait, chaque fois que j’évoque la transparence et la bonne gouvernance associatives, mes contempteurs se cabrent et m’accusent, ce qui est un comble, d’être lepénisé ou pire liberticide.! Pour reprendre la formule de P.A Taguieff : << La maladie de la gauche folle c’est la loi du délationnisme et la réduction ad Lepenum !>>
Je suis un protestant actuellement de droite et je doute que cela menace mon salut ou alors il faudrait que l’Eternel condamne l’alternance. Mais je n’agis pas dans une intention politique. De ma vie, je n’ai détenu le moindre mandat politique. A la différence de mes contempteurs les plus enragés, je n’ai jamais couru durant trente ans ni les congrès ni les urnes ni les grands fromages de la République. Mon action se fonde exclusivement sur l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces paroles sont fortes. Nos aïeux firent de ce principe la distinction même entre la civilisation et la barbarie. Moi je propose à la gauche et à la droite réunies une compétition loyale en 2007 avec arbitrage de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat réunis en matière de transparence, de gouvernance, de certification, de séparation des pouvoirs et des intérêts. Sur le terrain, en Isère, le seul homme politique qui soutienne notre démarche AFNOR , c’est Alain Carignon ( Cf son pod cast du 14 avril 2006 ). Cris d’orfraie des autres politiques locaux surtout à droite qui feraient mieux de s’imposer un peu de transparence dans ce département sinistré par la démesure associative. Et que le meilleur gagne qu’il s’appelle à Paris, Nicolas, Ségolène, Jean-Marie, Marie-George, François, Philippe, Jean-Pierre, Olivier ou Arlette. Il Paraît que la Conférence Permanente des Coordinations Associative (CPCA) , sorte d MEDEF de la subvention associative envisage une grande messe de justification le 20 janvier 2007. Qu’ils parlent donc Transparence, Gouvernance et Certification !
X A vous entendre, la confusion des pouvoir et des intérêts serait le facteur central de la crise de notre démocratie.
PPK : Tout à fait .Confusion rime avec contradiction, corruption et régression. Prenez l’exemple du cumul des mandats. D’un côté, le député est censé veiller au bon usage de la dépense publique. De l’autre, en tant qu’élu local, il est sans cesse appelé à quémander auprès de l’exécutif. Et les cursus politiques des fonctionnaires ? Ils composent 40% de l’hémicycle de l’Assemblée avec 241 députés (dont les deux tiers enseignants donc dix plus que les 21 ENA ! ) sans être obligés de démissionner comme chez les « anglo saxons ». Que voit-on ? La confusion la plus totale, entre le Parlement et l’exécutif, l’Elysée et Matignon. Et le cumul des mandats dans l’espace et dans le temps ! dans le monde médiatique comme dans le monde politique ! On a laissé croître un « machin » où tout se tient et où tout le monde se tient autour de la dépense publique. Voici pourquoi je dis : « Tabou, Poudrière et Nœud gordien ». Ce genre de confusions organisées est impensable dans les pays « anglo-saxons » objets de toute la condescendance Gauloise. Elles créent une situation délétère qui s’ajoute à d’autres compromissions incestueuses. Qui se plaint que les media appartiennent à des marchands de béton, de canon ou de distribution d’eau. ? Pas les 80% des journalistes qui ont « penché » à gauche en 2002 et pour le « oui » à la constitution européenne en 2005 ? Quant aux multiples cumuls de certaines vedettes de TV gros employeurs d’intermittents, qui ose en parler ?
X : Dans ce combat pour la séparation des pouvoirs, vous renvoyez droite et gauche dos-à-dos.
PPK : Oui, même si la gauche est plus portée à la dépense publique et a occupé le pouvoir plus longtemps et plus en profondeur que la droite depuis 30 ans. Mais le MEDEF et les organismes consulaires de tous poils ont aussi « leurs 1901 ». Et le pavillon associatif couvre d’innombrables faux artisans, faux commerçants et autres semi fraudeurs. Dans ce domaine, toute la sphère des décideurs est touchée, et ce à tous les étages.
Avec la décentralisation, les départements ont hérité d’attributions de plus en plus lourdes comme le RMI ou l’aide sociale à l’enfance, les personnes âgées. Or, la moitié des dépenses des collectivités locales concerne l’action sociale. Ce dossier des assoc’ se situe donc à la fois « autour et en bas » du système. Il entretient le clientélisme qui voit les élus sortants débloquer des subventions à la veille des scrutins . Ce problème est global, institutionnel : c’est le rapport des Français à la dépense publique, qu’il s’agisse de la décider, de la répartir ou d’en profiter à des fins électorales.
X : Mais pourquoi les administrations ont-elles besoin d’enfanter des associations pour mener à bien des missions qui relèvent de l’Etat ?
PPK : A entendre les intéressés, c’est à cause de la lourdeur du système. Et de fait quand il faut réunir dix commissions associant les enseignants et autres chercheurs, les syndicats et les élèves, les personnels administratifs et techniques pour acheter un trombone, vous comprenez pourquoi chaque professeur de médecine ou chaque chercheur au CNRS crée son association. Plus qu’un instrument souple et à taille humaine dont on aurait pu espérer un surcroît d’efficacité et un supplément d’âme au profit du tissu social, la loi de 1901 est vue comme une souplesse. Or les règles qui président à la gestion des fonds publics n’ont pas à être souples. Elles doivent être strictes voire gênantes par simple souci de l’intérêt des citoyens électeurs contribuables. Et ceux qui critiquent cette rigueur ont une solution toute trouvée : se passer des fonds publics. Quant à la vie associative, l’argument de souplesse n’est pas recevable. La loi de 1901 n’a pas été votée pour offrir des souplesses budgétaires, administratives ou fiscales aux français et d’abord aux fonctionnaires. Pire, il s’agit parfois d’un simple habillage pour abriter des activités vénales, hors fiscalité, hors URSSAF, hors contrôle, avec les abus qu’on imagine.
X Depuis le 17 juin, vous avez fondé et animé le mouvement Gouvernance et Certification (voir encadré) qui s’est donné pour mission d’en finir avec l’opacité du monde associatif en créant un label de qualité. S’il voit le jour, ce sera une révolution ?
PPK : Le mot n’est pas assez fort, ce sera La Réforme. Si le destin nous sourit avant la tourmente électorale, nous serons parvenus à séparer les associations des urnes, des caisses publiques et du marché ! C’est aussi nécessaire aujourd’hui que ce l’était hier de séparer l’Etat de l’Eglise. Et nous sommes en passe de réussir. L’accord avec l’AFNOR peut en effet contribuer à mettre le feux aux poudres puisqu’il s’adresse au Peuple volontaire.
X : Sans recourir à la contrainte ?
PPK : C’est en France toute l‘originalité d’une démarche fondée sur le libre choix. Nous faisons le pari logique du volontariat. Au nom de quoi l’Etat viendrait-il se mêler d’une loi qui repose sur la liberté, le civisme et la solidarité ?
Notre action vise à susciter la confiance par la transparence. Pas la docilité! La préférence pour la transparence repose sur l’adhésion volontaire, ce que nos amis allemands désignent sous le nom de « freiwillig ». En vérité, tout le monde a intérêt à voir apparaître un label AFNOR de qualité associative et pas seulement les associations. Même les élus locaux qui vivent sur les charbons ardents d’une pression fiscale en passe de devenir folle - plus 40% à Montpellier la première année du mandat régional de G. Frèche -. Ceux-ci verront dans la certification un gage d’efficacité et une caution morale pour leur action.. Même chose pour les donateurs personnes privées soit 10 millions minimum de personnes et les entreprises mécènes. Même chose pour les salariés et les bénévoles desdites associations qui pourront savoir à quoi s’en tenir quant à la viabilité de leur emploi. Sous l’exigence de la loi, 8000 associations recourent déjà à des commissaires aux comptes. Tout ce petit monde n’a-t-il pas intérêt à prouver qu’il est honnête ? Enfin j’allais oublier la population des usagers des services associatifs qui tôt ou tard va se doter de son « Que choisir » ? N’oubliez pas qu’après le scandale de l’ARC – qui inspire cette démarche – les nouveaux dirigeants étaient prêts à se mettre tout nu place de la Concorde pour montrer que la page Crozemarie était définitivement tournée. La demande est donc très forte. C’est elle qui fera sauter le couvercle, pas nos dirigeants.
X Jean-François Lamour, ministre de la Jeunesse et des Sports, s’est quand même mouillé.
PPK : Oui et il me plait de dire du bien de ce ministre. Je n’ai pas le compliment politique facile mais c’est le seul homme à avoir bougé sur cette question. En cette année 2006, Jean-François Lamour s’est distingué en faisant voter une loi sur le volontariat associatif suivie d’un décret et d’un arrêté. Désormais toute institution publique qui donnera de l’argent à des associations devra le mentionner sur un site que chaque citoyen pourra consulter à l’image d’Infogreffe ou d’Euridile. J’ajoute que sans l’appui de Jean-François Lamour, nous n’aurions pas obtenu l’accord avec l’AFNOR en moins de cinq mois. J’attends la personnalité de gauche qui soutiendra publiquement cette action : pourquoi pas Ségolène Royal ?
X : C’était le 15 novembre dernier, date mémorable sur l’agenda de la reconquête démocratique.
PPK : En effet, puisque notre mouvement « Gouvernance et Certification » à l’œuvre depuis 1995 a signé un accord avec l’AFNOR, l’Agence française de normalisation, un organisme public très réputé qui établit des normes et vérifie les dires et les pratiques. C’est un pas décisif sur la route du label associatif qui devrait voir le jour fin janvier.
X Mais qu’est ce qui pousser les associations à se labeliser ?
PPK : Deux choses : le Peuple alentour et leur intérêt bien compris.
Nos engagements sont susceptibles de conséquences financières non négligeables pour les professionnels du « Fund Rising » d’autant que l’environnement général ne cesse d’évoluer en notre faveur depuis dix ans. J’ai évoqué la fiscalité des dons et l’exaspération des grandes entreprises harcelées par des vendeurs de mots et des agitateurs de profession, Il y a plus : Bernard Monassier, ancien président de la chambre des notaires de Paris, membre de notre comité, a indiqué que le notariat s’orientait vers le refus de toute recommandation au bénéfice d’une association tant qu’il n’y aurait pas de label. Pour ceux qui observent la question de loin, il faut bien voir, que les dispositifs actuels sont très insuffisants. Souvenez-vous de l’ARC dont les comptes étaient vérifiés par le président de la compagnie des commissaires aux comptes et par le président de l’ordre des experts comptables !
X : La France va-t-elle se rapprocher de l’ Europe du Nord et de vos chers Anglo-Saxons ?
PPK : Condecendants, les responsables français donnent volontiers des leçons de principes à la planète entière mais ils feraient mieux de quitter leur bunker intellectuel. Par exemple, en Angleterre, il existe depuis 1853 la National Charity Commission. C’est à elle seule l’équivalent d’une Cour des Comptes associative avec autant de moyens que notre haute juridiction, mais qui se consacre exclusivement à la vie associative. soit 184.000 « Charities » Cette institution est elle-même placée sous le contrôle du National Audit Office, un peu comparable à notre Cour des Comptes, à la nuance près qu’il est présidé de droit par un parlementaire de l’opposition. Par contraste, le cas d’un Pierre Joxe, nommé en mars 1993 pour 8 ans la veille de la mort électorale de F. Mitterand, eût été là-bas jugée inconvenante. Enfin, le contenu de l’accord AFNOR peut servir à structurer une contribution française au futur statut d‘association européenne. En retour Bruxelles favoriserait la Réforme en France.
X Cette perspective rapproche notre pays d’une conception propre à l’Europe du Nord et autres pays anglo-saxons abhorrés !
PPK : Je ne suis pas en train de faire passer clandestinement l’idée que la séparation des pouvoirs serait l’apanage de l’Europe protestante. Récemment, j’étais au Maroc. Un interlocuteur berbère rencontré en pleine montagne me racontait qu’il avait perdu les élections à la Djema , l’assemblée de son village. « J’ai perdu, donc je serai le trésorier », me disait-il. Tu vois ! nous on divise ! » J’ai pensé qu’il devrait venir faire une conférence à la Cour des Comptes ou à l’Assemblée Nationale.
X : Pourquoi la réaction française arrive-t-elle si tardivement ?
PPK : J’attribue ce retard à un cocktail de causes : l‘effet retard de modernité du à l’Occupation, l’effet de génération cumulé avec l’effet « 68 » du baby boom, la « Me Generation : « Rien avant ! rien autour ! rien après ! Rien que moi » et « I Deserve It » « J’y ai droit ». L’effet rigidité de la tradition politico-administrative, l’effet conservateur d’idéologie lié au marxisme intellectuel,. la pesanteur et la concentration bureaucratique. Regardez le Mamouth !
Le tout associatif né en 1975 est le produit de ce chaos intellectuel et moral. En trente ans, le système s’est emballé. Les grands parents bobos qui ont un mas dans le Lubéron se retrouvent avec des petits enfants « alternatifs » galérant dans l’intermittence et les emplois bidon. La révolte de cette jeune « gauche d’en bas » offre un levier précieux pour déstabiliser le tabou, trancher le nœud gordien, lancer une allumette dans la poudrière.
X : Au-delà de ce label AFNOR, c’est l’enjeu de la représentativité et donc de la démocratie .
PPK : Tout à fait. Observez avec moi « l’exception française « Ces partis sans militants, ces syndicats sans syndiqués du privé, ces églises officielles sans fidèles, ces grandes associations sans bénévoles, ces quotidiens nationaux sans lecteurs ! » La loi de 1901 a été subvertie dans la mesure où l’argent public sollicité par trop d’associations « lucratives sans but » vise à maintenir l’illusion qu’elles incarnent la démocratie participative directe. En réalité, c’est tout le contraire. Dirigées par des « non élus », elles pensent, décident , dépensent et manipulent au nom du peuple, des élus, des électeurs, des usagers, des donateurs qui se sentent totalement exclus, ce qui creuse la fracture civique en détruisant le tissus social.
Nous ne cherchons à forcer personne avec notre label associatif, mais mesurer la représentativité nous semble indispensable. Tôt ou tard cela se fera. Ce sera volontaire, collectif pédagogique et démocratique. Vous savez, lorsque le pouvoir n’a pas assez de foi pour convaincre, ni de courage pour commander, il lui reste à dépenser sans compter pour durer sans réformer. Au bout du chemin vous avez la dette et la banqueroute publiques. Notre combat en matière financière a pour cible première la source même du déclin et de l’injustice : l’affaiblissement moral de ceux qui ont nos finances publiques en charge. Nous laïciserons la Politique.
•1996, éditions Denoël, préface de Philippe Séguin. • « Tartuffe aux affaires génération morale et horreur politique 1980-2000. » Presses de Paris avril 2001.
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Site des Associations Familiales Protestantes (AFP) www.ppkaltenbach.org
Observatoire Bénévole des Realités Associatives Locales http://obral.viabloga.com/













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