"L'un des plus grands ouvrages chrétiens de tous les temps", déclare assez pompeusement la couverture de cette réédition du livre de Jeanne Guyon "Connaître les profondeurs de Jésus-Christ".

Si cette traduction de l'anglais au français, initiative heureuse du pasteur d'origine britannique David Thabot, n'est pas un monument de littérature, ce livre est quant à lui, un véritable monument. Songez plutôt: c'est cet ouvrage fondamental de la foi chrétienne, aussi célèbre que L'imitation de Jésus-Christ, qui façonna le mouvement piétiste et, par conséquent, la foi évangélique que nous avons reçue en héritage.

Les premiers disciples de George Fox (surnommés "Quakers"), comme les premiers disciples de John Wesley (surnommés "Méthodistes"), Fénelon, le Comte Zinzendorf et le réveil des frères Moraves ou encore le père des missions modernes, Hudson Taylor ont témoigné unanimement avoir été bouleversés dans leur intimité avec Dieu par la lecture de ce livre.

Plus proche de nous au début du 20e siècle, le mouvement pentecôtiste, s'il impacta fortement le christianisme par ses démonstrations de puissance et sonna la fin du mouvement de sainteté, fut surtout marqué par une incroyable superficialité. Il fallu attendre Mme Penn-Lewis et le mouvement de Keswick pour que le Pentecôtisme redécouvre les bienfaits du piétisme puritain d'autrefois... grâce à l'ouvrage de Mme Guyon.

Légèrement en marge du mouvement de Pentecôte, Watchman Nee supervisa lui-même la traduction de ce livre en chinois et s'assura que chaque nouveau croyant puisse y avoir accès.

Il faut dire que l'ouvrage, rédigé à la fin du 17e siècle a connu un destin exceptionnel. Placé entre les mains du roi Louis XIV, il attira rapidement sur lui les foudres de l'église romaine, qui le jugea hérétique. Un simple exemple: un groupe de prêtres ratissa en porte à porte la ville de Dijon et en récupéra 300 copies, qui furent brûlées en place publique. 300 copies d'un même ouvrage dans une seule ville, à la fin du 17e siècle, c'était déjà un véritable phénomène qu'on qualifierait aujourd'hui de best seller... qui valut à Mme Guyon d'être emprisonnée dans la célèbre prison de La Bastille, d'où elle écrivit la lettre que nous vous publions ci-après.

Si l'on peut trouver aujourd'hui quelques rares ouvrages de Mme Guyon dans les librairies spécialisées, on peut en télécharger d'autres "en l'état" (il s'agit de fac simile de documents d'époque, malgré tout assez lisibles) sur Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France:
- 12 discours spirituels (éd.1903, 96p, pdf, 4.5mo)
- Cantique des cantiques (éd.1688, latin/français, 241p, pdf, 7.9mo)
- Moyen court et très facile de faire oraison (éd.1686, 197p, pdf, 2.5mo)

Ce n'est pas notre habitude ici de faire la publicité de quelque article religieux que ce soit, mais nous tenons à saluer ici l'initiative admirable de David Thabot, et nous encourageons chacun de vous à lire et à faire lire cet ouvrage de 170 pages qui sera une réelle bénédiction pour les lecteurs. David, qui débute dans l'édition, vous propose de lui commander le livre pour 15 euros, plus 2.20 euros de frais de port. Faites vos commandes par téléphone au 0033 1 48 59 90 60 ou par e-mail en cliquant ici:

thabot(point)publications(at)gmail(point)com

Extrait de la préface

Ce petit livre, conçu dans une grande simplicité, n’a pas été ecrit pour être publié. Je l’ai écrit pour un petit nombre d'individus qui désiraient aimer Dieu de tout leur coeur. Et leur accueil de ce livre, dont ils ont reconnu avoir tant reçu, m'a conduite à confier à un éditeur cet ouvrage modeste. dont plusieurs souhaitaient avoir un exemplaire personnel. J’ai laissé à ce livre sa simplicité première. De plus, il ne contient aucune critique sur les enseignements d'autres personnes ayant écrit sur des sujets spirituels. Au contraire, il ajoute des précisions à ces enseignements.

Avant de commencer, je place ce livre tout entier sous le regard d'hommes instruits et expérimentés avec seulement ce souhait: veuillez ne pas vous arréter à la surface, mais pénétrez dans le désir profond qui m’anime en écrivant, ce désir étant essentiellement d’amener le monde entier à aimer Dieu et à le servir d’une manière bien plus simple et bien plus facile que l’on ne pourrait l’imaginer. J‘ai écrit ce livre tout particulièrement à l'intention de ces croyants tout simples qui suivent Jésus—Christ sans être qualifiés pour faire des recherches compliquées, mais qui, malgré tout, désirent se donner complètement à Dieu.

Jeanne Guyon Grenoble, 1685


Écrit de Prison

Pendant le premier emprisonnement de Jeanne Guyon dans la prison de Saint Antoine (France), quelques lettres qui lui furent envoyées arrivèrent à destination. Elle fut autorisée à répondre à certaines d'entre elles, qui nous sont alors parvenues. Une de ces lettres répondait au courrier d’une femme ayant lu le livre, et qui posait un certain nombre de questions pratiques. Le fait que la réponse de Jeanne Guyon ait été conservée me paraît être une conclusion magnifique à ce livre, car c’est une lettre remarquable. On y lit en effet ce qui suit:

J'apprends avec un grand plaisir les manifestations de la Grâce de Dieu envers vous, et je vois avec joie les progrès de votre âme dans l'expérience spirituelle. Que Dieu amène à son accomplissement ce qu'Il a commencé en vous, et je ne doute pas qu'Il le fera si vous continuez à être fidèle.

Oh, la joie inexprimable d'appartenir à Jésus-Christ ! Lui appartenir, c'est le baume unique qui apaise toutes les peines et tous les chagrins qui sont inséparables de cette vie terrestre.

Permettez-moi quelques remarques cependant : quand vous lisez, arrêtez-vous parfois pendant quelques instants, et abandonnez-tout dans une attente de Dieu, en une prière silencieuse. Faites ceci, en particulier quand vous avez lu un passage qui vous a touchée, afin que votre lecture ait un effet particulier. Soyez sensible à ce que vous avez ressenti en vous, tandis que vous lisiez ce passage et que Dieu vous touchait.

Lire de cette manière vous édifiera et nourrira votre âme. Cependant, ce qui est au fond de vous (votre âme et votre esprit) a besoin de nourriture, tout autant que votre corps. A moins que votre âme ne soit nourrie de quelque chose qui la fortifie, son état spirituel se flétrira et se délabrera.

Pour ce qui est de votre corps, je vous conseille de ne pas lui infliger vous-même de mortifications, car votre santé fragile ne vous le permet pas. Je vous donnerais des conseils différents dans ce domaine, si votre corps était fort.

Je vous recommande vivement de mortifier tout ce qui peut rester de vos affectiom corrompues et de vos désirs contraires à Dieu. Mortifiez votre volonté propre. Mortifiez vos goûts, vos tendances, ce vers quoi vous êtes naturellement attirée. Mortifiez vos habitudes. Par exemple, apprenez à supporter avec patience ce que Dieu enverra dans votre vie comme souffrances, même si cela est fréquent et sans doute très douloureux, sachez que c'est Lui qui les a choisies, dans la connaissance qu'Il a de vous; acceptez simplement.

Apprenez à supporter tout ce qui vous arrive, même ce qui met votre vie sens dessus dessous, mais, supportez-le avec ce seul motif: votre amour pour Dieu. Acceptez tout, que ce soient les mauvais traitements, l'abandon, quoi que ce soit qui vous assaille. Vous pouvez aussi mortifier votre être en supportant ainsi toute chose, en tout temps, avec sérénité. Faites mourir les sentiments désagréables qui vous envahissent quand des choses douloureuses pénètrent dans votre vie. En faisant de la sorte, vous vous placez en union avec les souffrances de Christ.

Apprenez donc la leçon qui consiste à devenir « un de ces petits », à devenir rien ! Quelqu'un qui jeûne, en refusant toutes les choses que son appétit aspire à savourer avec excès, fait une bonne chose. Mais le chrétien qui jeûne de sa volonté propre, et qui décide de ne se nourrir que de la Volonté de Dieu Seul, vit un jeûne beaucoup plus profond: c'est ce que Paul appelle la circoncision du coeur.

Enfin, il m'apparaît que vous n‘êtes pas assez avancée encore dans cette expérience intérieure pour pratiquer la prière silencieuse pendant une longue période de temps. Il me semble qu’il vaudrait mieux que vous pratiquiez à la fois la prière exprimée et la prière silencieuse. Dites par exemple à votre Seigneur: "Ô mon Dieu, que je sois totalement à Toi, je désire T'aimer pour Toi même, dans la pureté d’un coeur soumis, car Tu es entièrement digne de cet amour. Ô mon Dieu, sois mon tout, que rien d'autre ne compte pour moi."

Que des paroles semblables montent de votre être, comme une offrande à votre Dieu. Mais laissez un temps de silence entre chacune de ces prières. Et c'est ainsi que vous laisserez se former progressivement en vous l'importante habitude de la prière silencieuse. De plus, prenez le Repas du Seigneur aussi souvent que vous le pouvez. Jésus qui est au centre de tout cela, est le Pain de Vie. De cette façon, Il nourrit et stimnule votre âme. Je me souviendrai de vous dans ma prière. Qu'Il installe son Royaume dans votre coeur et règne en vous en Maître.

Jeanne Guyon,
de la prison Saint Antoine,
France.


Sommaire du livre

Préface.
1. De la superficialité à la profondeur
2. Lançons-nous
3. Les Profondeurs, même pour ceux qui n’ont pas d’instruction
4. Le second Niveau
5. Périodes de sécheresse
6. L'Abandon
7. L'Abandon et la Souffrance
8. Abandon et Révélation
9. Abandon et Vie Sainte
10. Vivre en dedans
11. Nous approchons du Centre
12. La Prière Continuelle
13. Où l’on trouve l’Abondance
14. Le Silence
15. Un regard neuf sur la confession des péchés
16. L'Ecriture
17. La Prière de Demande
18. Les Distractions
19. La Tentation
20. Consumé
21. Le Silence, dans les Profondeurs de Notre Être
22. Un Équilibre Spirituel Stable
23. Aux Ouvriers Chrétiens
24. L’Acquisition Ultime de la Vie Chrétienne
25. Écrit de Prison
Épilogue.
Histoire de ce livre