NDLR : après Norman Mailer qui ne niant pas l'existence de Dieu, réfute son omniscience, Harris pourrait cogner sur la fêlure pour créer une brèche dans laquelle s'engouffreraient les jeunes intellectuels américains soucieux de rompre avec le conformisme. Ceci malgré les éventuelles incohérences de son propos. N'a-t-on pas vu Onfray être loué pour sa clairvoyance alors qu'il affirme que la femme enceinte n'est plus une femme ? Pour une idée du Français ; pour une critique du cousin ricain. Enfin, pour être exhaustif au possible, une attaque intelligente de l'Islam de la part du samy.
Voilà un essai où l'on défouraille dès la première page sans prendre le temps de se signer : «Beaucoup, parmi ceux qui s'affirment transformés par l'amour du Christ, sont en réalité profondément, criminellement même, intolérants face à la critique.» Ainsi commence « Letter to a Christian Nation », un pamphlet de 96 pages écrit par un athée américain, Sam Harris. Athée ? C'est un mot qui ne sent plus le soufre dans un pays comme la France. Mais dans une Amérique où 87% de la population affirme «ne jamais douter de l'existence de Dieu» et pense (à 44%) que Jésus fera son come-back dans le demi-siècle à venir, l'athéisme est - ou était-tabou ! L'essai de Sam Harris fait un malheur en librairie. Sixième meilleure vente chez Amazon.com, il a dépassé les 110 000 exemplaires vendus et en est à sa cinquième réimpression. Dans les Sodome et Gomorrhe que sont New York ou San Francisco, passe encore, mais le livre figure aussi parmi les best-sellers à ... Kansas City. Le pamphlet tombe à pic : les Américains commencent à sérieusement se lasser de leur président-évangélique borné, et ils sont de plus en plus nombreux à mettre dans le même sac toutes les intolérances religieuses, qu'elles se commettent au nom de l'islam ou du Christ. Bref, l'anti-God est à la mode. La traduction anglaise du « Traité d'athéologie » de Michel Onfray paraîtra en janvier ; un autre petit livre corrosif, le « Guide du pécheur dans la droite évangélique », est sorti début septembre. A la télévision, l'animatrice Rosie O'Donnell affirme tranquillement : «La chrétienté radicale est tout aussi menaçante que l'islam radical.»On a même vu un athée facétieux mettre son âme aux enchères sur eBay. Sam Harris et son éditeur avaient anticipé le succès de leur « Lettre », investissant 200 000 dollars dans une campagne de publicité menée tambour battant, y compris en direction des chrétiens fondamentalistes, qui essaient d'ignorer autant que faire se peut le petit livre infernal. «La récompense, pour dépenser 16,95dollars et perdre une heure et demie de son temps à lire ce livre, est la même que celle qu'on aurait en se tapant la tête avec une poêle en fonte : ça fait du bien quand ça s'arrête», a tout juste commenté le « Fort Worth Star-Telegram », au Texas. Mais comme beaucoup de succès, celui-ci est avant tout dû au bouche-à -oreille. L'argumentaire de Harris, qui prolonge son best-seller écrit après le 11-Septembre (« The End of Faith »), est en effet serré, impitoyable contre les créationnistes, souvent brillant et convaincant. Il n'est en rien modéré, s'attaquant aussi bien à ceux qui suivent littéralement la Bible qu'aux chrétiens modérés. Non seulement sur le fond, mais aussi parce que les chrétiens « soft » ne réalisent pas à quel point les conservateurs prennent leur foi au sérieux et tentent d'imposer leur dogme au reste du monde. Harris, lui, n'a aucune intention de prendre ces fanatiques à la légère : l'endroit où il vit, celui où il a grandi, la profession de ses parents ou encore le nom de l'université où il termine un doctorat en neuro-sciences restent un secret.
«Letter to a Christian Nation», par Sam Harris, Ed. Knopf, 2006.
Philippe Boulet-Gercourt













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