NDLR : Du temps de la Bible, on fustigeait seulement "2 poids, 2 mesures". La corruption à l'époque de Luther avait atteint des sommets. Mais comme chacun le sait, les choses ont bien changé depuis... Un petit texte à rappeler à ceux qui nous vantent les bienfaits de la Tradition, souvent ajoutée à la Bible. Et quelques réflexions en langage fleuri du réformateur Luther, à replacer bien sûr dans leur contexte.

Extraits du livre "Histoire de la réformation française" par F. PUAUX Tome 1 (1859).

Rome .. combattait .. avec des bâillons et des bûchers. Grâce à ces moyens violents; elle fit faire silence autour d'elle et pu lancer dans le monde son trop célèbre livre des Taxes de la chancellerie romaine. La papauté répudie aujourd'hui ce livre qu'elle ne pourrait plus faire, mais elle l'a fait. II est sorti de ses presses, et n'est au reste que la conséquence de sa vie, et l'acte par lequel elle a maximé ses oeuvres. Voici quelques extraits de cet ouvrage. Nous ne citerons que les peccadilles, laissant de côté les gros péchés; nos oreilles n'en supporteraient pas facilement la lecture.

Tarif des indulgences d'après le livre des Taxes de la chancellerie romaine (publié par le Vatican)

- L'absolution pour celui qui révèle la confession de quelque pénitent est taxée à sept carlins.
- L'absolution pour celui qui abuse d'une jeune fille est taxée à six carlins.
- L'absolution pour un prêtre concubinaire est taxée à sept carlins.
- L'absolution pour un laïque coupable du même fait est taxée à huit carlins.
- L'absolution pour celui qui a tué son père, sa mère, son frère, sa sœur, sa femme, ou quelque autre parent ou allié, laïque néanmoins, est taxée à cinq carlins.
- L'absolution pour un laïque présent qui a tué un abbé ou un autre ecclésiastique inférieur à l'évêque, est taxée à sept, à huit ou à neuf carlins.
- L'absolution pour un mari qui frappe sa femme de manière qu'il en survienne un avortement ou une couche avant terme, est taxée à huit carlins.
- L'absolution pour une femme qui prend quelque remède pour se procurer l'avortement, ou qui fait quelque autre chose dans ce dessein et qui fait périr le fœtus, est taxée à cinq carlins.
- Le père, la mère, ou quelque autre parent qui aura étouffé un enfant, paiera pour chaque meurtre quatre tournois, un ducat, huit carlins.
- Celui qui a commis quelqu'un de ces crimes (sacrilèges, vols, incendies, parjures ou autres semblables) est pleinement absous, et son honneur rétabli dans toutes les formes et avec la clause inhibitoire, moyennant trente-six tournois et neuf ducats.
- L'absolution pour tout acte d'impureté, de quelque nature qu'il soit, commis par un clerc, fût-ce avec une religieuse, dans le cloître ou ailleurs, ou avec ses parents ou alliées, ou avec sa fille spirituelle, ou avec une autre femme, quelle que ce soit; soit aussi que cette absolution soit demandée ou non du clerc simplement, ou de lui ou de ses concubines, avec dispense de pouvoir prendre les ordres et tenir des bénéfices. et avec la clause inhibitoire, ne coûte que trente-six tournois et neuf ducats.
- L'absolution d'un laïque pour crime d'adultère donné au for de la conscience, coûte quatre tournois.
- Une religieuse qui sera tombée plusieurs fois dans le péché de luxure aura son absolution et sera rétablie dans son ordre, quand même elle serait abbesse, moyennant trente-six tournois, neuf ducats.
- L'absolution pour un prêtre qui tient une concubine, avec dispense de pouvoir prendre les ordres et tenir des bénéfices, coûte vingt et un tournois, cinq ducats, six carlins.
- S'il y a adultère et inceste de la part de laïques, il faut payer par tête six tournois.
- La permission de manger des laitages dans les temps défendus coûte, pour une seule personne, six tournois.


Réponse de Luther à la Bulle du Pape

"On m'apprend qu'une bulle a été lancée contre moi : le monde, la connaît, elle n'est pas venue jusqu'ici. Peut-être que, fille de la nuit, elle aura eu peur de me regarder en face... Enfin, il m'a été donné de la voir, cette chouette et dans toute sa beauté. En vérité, je ne sais si les papistes se moquent de moi. Non, ce ne peut être que l'Å“uvre de Jean Eck, cet homme de mensonge et d'iniquité, ce damné fils d'hérétique...; Ce qui ajoute à mes soupçons, c'est que ce Eck vient de Rome. Bel apôtre, bien digne d'un tel apostolat !... Il y a quelques jours j'avais entendu dire qu'on préparait dans la ville une bulle, bien méchante à l'instigation de ce bourreau d'Eck, qui y a répandu son style et sa bave... Celui qui a écrit cette bulle, je le tiens pour l'Antéchrist; je la maudis comme une insulte et un blasphème contre le Fils de Dieu. Amen. Je reconnais, je proclame en mon âme et conscience comme vérités les articles qui y sont condamnés; je voue tout chrétien qui la recevrait, cette bulle infâme, aux tortures de l'enfer. Je le tiens pour païen, pour l'Antéchrist en personne. Amen. Voilà comme je me rétracte, moi. Bulle, fille d'une bulle de savon; mais dis-moi donc, ignorantissime Antéchrist, tu es donc bien bête pour croire que l'humanité va se laisser effrayer! S'il suffisait, pour condamner, de dire: ceci me déplait, non je ne veux pas; mais il n'y a pas de mulet, d'âne, de taupe, de souche, qui ne put faire le métier de juge. Quoi! ton front de prostituée n'a pas rougi d'oser ainsi avec des paroles de fumée se prendre aux foudres de la Parole divine!..."

"On dit souvent, continue Luther, que l'âne chante mal parce qu'il entonne trop haut. Cette bulle eût bien mieux chanté, si d'abord elle n'avait posé sa bouche de blasphème contre le ciel... Ah! bullistes, vous ne tremblez pas que la pierre et le bois ne suent du sang à l'ouïe des blasphèmes que vous vomissez! Où êtes-vous donc,empereurs? Où êtes-vous, rois et princes de la terre? Vous avez donné votre nom à Jésus dans le baptême, et vous souffrez cette voix tartaréenne de l'Antéchrist? Où êtes vous, évêques? Vous tous qui prêchez le christianisme, garderez-vous le silence devant un tel prodige d'impiété? Malheureuse Eglise, devenue le jouet et la proie de Satan! Misérables, qui vivez dans ce siècle! Voici la colère de Dieu sur tout ce qui a nom papiste. Léon X, et vous, nos seigneurs les cardinaux romains, écoutez, je vous le dis en face: si c'est vous qui avez enfanté cette bulle, si vous l'avouez comme votre œuvre, j'use, moi, de la puissance que Dieu m'a faite au baptême en m'instituant son fils et son héritier. Appuyé sur ce roc qui ne craint ni les portes de l'enfer, ni le ciel, ni la terre, je vous le répète, revenez à Dieu, renoncez à vos sataniques blasphèmes contre Jésus-Christ, et tout de suite. Autrement, sachez le bien le Christ vit et règne encore. Voici venir le Seigneur qui d'un souffle de sa bouche dissipera cet homme d'iniquité, ce fils de perdition. Si le pape a écrit cette bulle, je le proclame l'Antéchrist venu pour bouleverser le monde."

C'est ainsi qu'écrit et que parle Luther. Il va droit au but, et n'épargne à ses adversaires ni l'insulte ni l'outrage. Tout en déplorant ses écarts, il ne faut oublier ni son époque, ni les puissants adversaires qui l'attaquent. Le temps, qui verse l'oubli sur ce qui ne mérite pas de passer à la postérité; enregistre toujours ce qui en est digne. Le 10 décembre 1520 demeurera un grand jour et une date immortelle dans la vie du réformateur. Ce jour-là toute la ville de Wittemberg, comme au temps des grandes solennités, était en émoi: la vieille basilique regorgeait de fidèles; à l'une des portes de la cité un bûcher était dressé. A l'heure indiquée, au son du bourdon -lancé à toute volée, Luther descend de la chaire de la cathédrale, suivi des professeurs et des écoliers; il se dirige vers le bûcher, il l'allume, et le hardi docteur y jette la bulle de Léon X, la Somme de saint Thomas, les Décrétales des papes et les écrits d'Eck. Ce jour-là, comme Fernand Cortès, il brûla ses vaisseaux. Il fallait vaincre ou périr; Luther vainquit.

Extrait de "Histoire de la réformation française" par F. PUAUX Tome 1 (1859) page 40