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I. Résumé
1. Hugo Chavez brigue sa réélection à la présidence vénézuélienne
Hugo Chavez est donné largement favori pour l'élection présidentielle de dimanche au Venezuela et un nouveau mandat lui permettrait d'accentuer sa "révolution bolivarienne" qui, de la Bolivie à l'Equateur, fait des émules en Amérique latine.
2. Editorial : Vénézuela.
A la différence de Fidel Castro, Hugo Chávez retourne devant les électeurs pour obtenir un nouveau bail à la tête de son pays. Et il semble assuré de gagner, au point de revendiquer la victoire par avance vendredi et d'appeler le pays à l'accepter...
Chávez, en quelque sorte, c'est Castro plus le pétrole.
Libération - 2 décembre 2006
II. Le Système Chavez
3. Chávez à l'aise pour un troisième mandat
La révolution bolivarienne reste idéologiquement floue.
«Chávez est le peuple», dit-il de lui-même, qui, de son côté, travaille à rendre «le pouvoir au peuple bolivarien» - le peuple n'englobant ici que ses seuls partisans. Puisque les deux se confondent, il n'y a plus besoin d'intermédiaire - de démocratie représentative - ni de contre-pouvoirs. Ses plus fervents supporteurs voient en lui le «leader d'une révolution mondiale» antiaméricaine, où le dictateur cubain Fidel Castro est son «père», le satrape biélorusse Loukachenko et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ses plus récents «amis».
Chávez veut un «socialisme du XXIe siècle», mais peut-être n'est-il finalement que l'ultime incarnation en Amérique latine d'un militarisme ultranationaliste «de gauche» du XXe siècle.
Libération - REUTERS - 2 décembre 2006
4. Le verrouillage des institutions comme moyen de contrôler l'Etat
En plaçant les monopoles d'Etat, l'armée ou le Tribunal suprême sous contrôle, le gouvernement Chávez se substitue au pouvoir.
Persécution au Venezuela ?
Libération - 2 décembre 2006
5. A Caracas, dans un temple de la doctrine chaviste
A la fois atelier, coopérative, dispensaire et cellule politique, le «nude» doit apporter la prospérité à tous.
Libération - 2 décembre 2006
6. VENEZUELA - Populisme : Une poupée pour gagner la présidence
Hugo Chávez, le président du Venezuela, semble vouloir détrôner Barbie et Ken, avec une poupée à son effigie, le Chavecito.
Courrier international - 30 nov. 2006 ___
III. Un Système fondé sur le pétrole
7. Vénézuela : A savoir
Libération - 2 décembre 2006
8. Un bilan économique dopé au pétrole brut
Le gouvernement peut afficher une croissance record grâce au prix élevé du baril. Mais a oublié d'investir.
Libération - 2 décembre 2006
9. Le Venezuela va proposer une nouvelle réduction de la production de l'OPEP
10. AFFINITÉS - Pourquoi les Arabes aiment le Venezuela
La popularité du président vénézuélien dans le monde arabe est telle qu'il n'est pas rare de voir son portrait affiché dans les Territoires occupés et des drapeaux vénézuéliens flotter lors de manifestations à Beyrouth. Hugo Chávez détrône même certains héros islamistes, rapporte la spécialiste de l'Amérique latine de la chaine qatarienne Al-Jazira.
Courrier international - 30 nov. 2006
11. Ambassadeur du Venezuela: la victoire de la "résistance" au Liban en palestine et en iraq est aussi une victoire pour le Venezuela
SANA-Syrian news agency - 23/11/2006 - en anglais __
IV. Diplomatie
12. Une diplomatie très mégalo
Le président vénézuélien n'a plus le vent en poupe sur la scène internationale. Il n'est pas facile de mettre précisément le doigt sur le moment où Chávez a passé la ligne rouge. Mais le résultat est là : le Venezuela n'a pas obtenu le siège de membre non permanent du groupe Amérique latine/Caraïbes (Grulac) au Conseil de sécurité.
Courrier international - n° 839 - 30 nov. 2006
13. ONU: les pays d'Amérique latine et des Caraïbes d'accord pour la candidature du Panama au Conseil de sécurité
V. Commentaires
14. Teodoro Petkoff, chef de file de la gauche modérée, soutient le candidat de l'opposition à la présidentielle au Venezuela :
«Le gouvernement Chávez est inefficace»
Libération - 23 novembre 2006
15. Venezuela-présidentielle: Chavez veut mettre "KO les larbins" de Bush
Bilan de 8 ans de chavisme
LatinReporters.com - 2 décembre 2006
16. Chávez, la rupture qui dure
Pour qu'une vraie opposition émerge, il faut une figure non compromise avec le régime.
Libération - 17 novembre 2006
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Hugo Chavez brigue sa réélection à la présidence vénézuélienne
vendredi 1 décembre 2006, 9h32
MARACAIBO, Venezuela (Reuters) - Hugo Chavez est donné largement favori pour l'élection présidentielle de dimanche au Venezuela et un nouveau mandat lui permettrait d'accentuer sa "révolution bolivarienne" qui, de la Bolivie à l'Equateur, fait des émules en Amérique latine.
Son adversaire Manuel Rosales, gouverneur d'un Etat pétrolifère situé dans l'ouest de ce pays membre de l'Opep, était devancé de très loin dans la plupart des sondages, faute d'avoir pu entamer l'énorme popularité de Chavez auprès des couches pauvres qui prédominent dans la société vénézuélienne.
Si les sondages donnant près de 60% d'opinions favorables à Chavez se concrétisent, l'ancien parachutiste entend tirer parti d'une réélection nette pour supprimer les limitations de mandat et gouverner longtemps à la tête du parti unique qu'il veut créer à partir des groupes hétérogènes qu'il dirige aujourd'hui.
Rosales, 53 ans, a unifié une opposition habituellement fractionnée au cours d'une campagne à la fois populiste, disciplinée et axée sur les points faibles de Chavez - un taux de criminalité qui fait de Caracas la capitale la moins sûre de la région, et le mécontentement qu'inspirent les livraisons de pétrole en forme de cadeaux à Cuba.
Rosales est un homme politique chevronné qui a battu des candidats soutenus par Chavez aux élections pour le poste de gouverneur dans la province de Zulia, la plus peuplée du pays.
Mercredi, il a déclaré à des dizaines de milliers de partisans rassemblés dans son Etat que Chavez chercherait à imposer le communisme s'il obtenait un autre mandat de six ans.
Chavez, qui se bombarde "El Comandante", donne du "père" au président cubain Fidel Castro et qualifie de "diable" leur homologue américain George Bush. Nombre de Vénézuéliens démunis vouent une reconnaissance éperdue à leur président marxisant parce qu'il consacre une bonne part de la manne pétrolière aux écoles, aux cliniques et à la distribution de nourriture.
Mais pour les classes moyennes et supérieures dont il est la bête noire, Chavez est un bouffon autoritaire qui ne cesse de resserrer son emprise sur des institutions comme la compagnie pétrolière nationale et l'armée.
ODEUR DE SOUFRE
"Il est évident que ce type veut nous entraîner vers le communisme, exactement comme Castro", déclare l'avocat Carlos Vera dans un quartier prospère de la capitale.
Chavez, 52 ans, porte souvent un béret rouge, comme au temps de son putsch manqué de 1992 alors qu'il était parachutiste. Son slogan est "rouge, vraiment rouge".
Dans le centre pétrolier de Maracaibo, Rosales a pris la main d'un bébé en portant les yeux de la tribune vers une avenue remplie de partisans et a parodié ce slogan d'une voix grave. Le gouvernement est "mauvais, vraiment mauvais", a-t-il dit.
Chavez, qui était surnommé "le Dingo" dans l'armée, a fait une entrée clownesque lors du meeting, imitant le son du clairon devant une foule de partisans vêtus de rouge.
Le dirigeant vénézuélien se voit sous les traits d'un Bolivar - héros du 19e siècle qui évinça l'Espagne de l'Amérique du Sud - voué à libérer la région de "l'impérialisme américain".
Pour ses adversaires, à commencer par Washington, il menace la démocratie et la stabilité en Amérique latine par ses achats d'armes et l'influence qu'il exerce à la tête de l'un des principaux pays exportateurs de pétrole brut de la planète.
Encouragé par ses alliés de Cuba et de Bolivie, il a renforcé ses liens avec des dirigeants de gauche plus modérés au Brésil, en Argentine, en Equateur et au Nicaragua, pour former un front qui est censé limiter les ingérences américaines dans la région.
Bien que les Etats-Unis soient le premier client du pétrole vénézuélien, Chavez provoque la superpuissance sur tous les sujets - du commerce à l'Opep en passant par le programme nucléaire de l'Iran - depuis son arrivée au pouvoir en 1999.
En septembre, il a traité Bush de Satan à l'Assemblée générale de l'Onu en déclarant que le podium où il intervenait sentait le soufre après le passage du président américain.
Chavez affirme que le scrutin de dimanche se joue entre Bush et lui. Selon lui, l'opposition sait qu'elle en sortira vaincue par "K.O." mais qu'elle dénoncera des fraudes et lancera des appels à des manifestations de rue en incitant l'armée à se mutiner. Accusations que rejette Rosales.
En vertu de la constitution de 1999, le mandat présidentiel a été porté de cinq à six ans et le Sénat a été supprimé au profit d'une Assemblée nationale à chambre unique.
Membre fondateur de l'Opep (1960), le Venezuela a nationalisé son industrie pétrolière en 1976. Selon la Columbia Encyclopedia, les richesses du pays restent entre les mains d'une petite minorité en dépit des programmes de réformes gouvernementaux. __
Monde
Vénézuela. Editorial
Bail
Par Pierre HASKI
Libération
samedi 2 décembre 2006
Dans la semaine où Fidel Castro, affaibli, est absent des festivités de son 80e anniversaire, Hugo Chávez se fait réélire président du Venezuela. Il y a comme un passage de témoin dans cette coïncidence, accentué par le fait que, tout au long de la maladie du LÃder Máximo cubain, c'est le président vénézuélien qu'on a le plus souvent vu à son chevet, l'occasion de montrer au monde que le «camarade Fidel» était toujours en vie. Signe des temps qui changent, à la différence de Fidel Castro qui a passé plus de quatre décennies au pouvoir sans en passer par le suffrage universel, Hugo Chávez retourne devant les électeurs pour obtenir un nouveau bail à la tête de son pays. Et il semble assuré de gagner, au point de revendiquer la victoire par avance vendredi et d'appeler le pays à l'accepter... Le style personnel de cet ancien militaire, passé du putschisme à une démocratie populiste et musclée, hérisse une partie de l'opinion vénézuélienne et internationale. Mais Chávez a su garder la confiance des couches populaires, largement bénéficiaires d'un programme social rendu possible par la rente pétrolière en forte hausse depuis sa venue au pouvoir. De quoi l'encourager dans la poursuite d'une révolution bolivarienne aux contours encore flous et trop dépendante de l'argent du pétrole pour représenter réellement un «modèle» exportable. Suffisamment, en tout cas, pour espérer obtenir, lors d'un référendum prévu en 2010, de pouvoir continuer à se présenter aux futures élections présidentielles. Si le cours du baril reste élevé, tous les espoirs lui sont permis : Chávez, en quelque sorte, c'est Castro plus le pétrole.
© Libération __
Monde
Vénézuela
Chávez à l'aise pour un troisième mandat
REUTERS
L'élection présidentielle de dimanche devrait voir la victoire sans surprise du chef de l'Etat sortant. Il pourra ainsi poursuivre son grand projet de «révolution bolivarienne», censée aboutir en 2030.
Par Jean-Hébert ARMENGAUD
libération
samedi 2 décembre 2006
Caracas envoyé spécial
Hugo Chávez vers un troisième mandat ? Selon les sondages, le président vénézuélien, élu pour la première fois en 1998, pourrait remporter le nouveau scrutin de dimanche, avec une marge confortable de popularité - jusqu'à 30 points d'avance selon des sondages, peu fiables au Venezuela-Â, devant Manuel Rosales, 53 ans, le candidat social-démocrate qui unit des partis et formations politiques de droite comme de gauche. Huit ans, voire quatorze (le mandat présidentiel est désormais de six ans), c'est trop court, pense Hugo Chávez, 52 ans. Jeudi, il a confirmé que son premier projet, une fois réélu, était de réformer la Constitution pour lui permettre des réélections illimitées. L'actuelle Constitution bolivarienne, qu'il a lui-même rédigée en 1999, n'autorise pour l'instant qu'un seul second mandat consécutif. Hugo Chávez a lui-même fixé l'âge de sa retraite politique : «Il faut continuer jusqu'en 2030.» Parce que, dit-il, sa «révolution bolivarienne» n'en est encore qu'à une «phase de transition».
Dérive. La révolution bolivarienne reste idéologiquement floue. La référence à Simón BolÃvar, le «Libertador», héros de la guerre d'indépendance contre l'Espagne dans les années 1810 - une espèce de père de la patrie intégral, quelque chose qui rassemblerait dans la même personne Vercingétorix, Jeanne d'Arc et Napoléon-Â, permet à Hugo Chávez de jouer sur un nationalisme anti-impérialiste, où «l'Empire» n'est plus l'Espagne mais les Etats-Unis. «Mais notre tâche va bien au-delà de celle de BolÃvar, notre tâche est de sauver le monde.» Ses plus fervents supporteurs voient en lui le «leader d'une révolution mondiale» antiaméricaine, où le dictateur cubain Fidel Castro est son «père», le satrape biélorusse Loukachenko et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ses plus récents «amis».
D'ici à 2030, le «projet national Simón BolÃvar» est qualifié aussi de «bond en avant» de la révolution. Hugo Chávez n'en a encore présenté que quelques «lignes stratégiques» : «félicité sociale suprême» ; «nouvelle éthique bolivarienne socialiste» ; «démocratie révolutionnaire où le pouvoir du peuple sera le pouvoir suprême» ; «modèle de production socialiste»... Le détail est promis pour dans «quelques semaines», mais l'opposition dénonce déjà une dérive «castro-communiste».
Discours. Populaire, notamment grâce son charisme hallucinant qui dépasse même celui d'un Castro, Hugo Chávez est aussi un populiste au sens premier du terme, et non au sens affaibli de démagogue. «Chávez est le peuple», dit-il de lui-même, qui, de son côté, travaille à rendre «le pouvoir au peuple bolivarien» - le peuple n'englobant ici que ses seuls partisans. Puisque les deux se confondent, il n'y a plus besoin d'intermédiaire - de démocratie représentative - ni de contre-pouvoirs. C'est notamment dans ses interminables discours télévisés du dimanche (jusqu'à sept heures !) qu'il communie avec le «peuple» et annonce des plus petites aux plus grandes décisions. Certains ministres ont ainsi appris leur renvoi en direct par le petit écran. Quant aux contre-pouvoirs institutionnels, il les a peu à peu phagocytés, comme la Cour suprême ou le Conseil national électoral.
Toute la puissance économique du pays est également sous son contrôle, sous contrôle «du peuple» : l'entreprise pétrolière publique, PDVSA, où il puise quand il veut dans les caisses ; la Banque centrale, où il tape dans les réserves en devises. Et quand, du coup, l'ONG Transparency International classe le Venezuela dans les pays les plus corrompus du monde (138e sur 168), c'est le vice-président José Vicente Rangel qui transmet l'opinion de son supérieur sur le rapport : «De la merde, rien que de la merde.»
Tanks. Hugo Chávez reste avant toute chose un militaire, avec une conception militaire de la vie politique. Un ancien lieutenant-colonel qui, avant d'arriver au pouvoir par les urnes, tenta un coup d'Etat en 1992. Ses projets sont des «fronts de bataille». Parmi les gradés, ses fidèles contrôlent les postes clés de la haute administration et des principaux organismes d'Etat. «Quand je parle d'une révolution armée, ce n'est pas une métaphore, dit-il. Armée avec des fusils, des tanks, des avions et des milliers d'hommes pour la défendre.» Chávez veut un «socialisme du XXIe siècle», mais peut-être n'est-il finalement que l'ultime incarnation en Amérique latine d'un militarisme ultranationaliste «de gauche» du XXe siècle, comme l'indiquent les deux principales références sur le continent dont il se revendique (outre Castro) : les généraux-dictateurs Omar Torrijos au Panamá (1968-1981) et Juan Velasco Alvarado au Pérou (1968-1975).
Des tristes figures que l'on croyait pourtant oubliées.
© Libération __
Monde
Vénézuela
Le verrouillage des institutions comme moyen de contrôler l'Etat
En plaçant les monopoles d'Etat, l'armée ou le Tribunal suprême sous contrôle, le gouvernement Chávez se substitue au pouvoir.
Par François MEURISSE
Libération
samedi 2 décembre 2006
Caracas de notre correspondant
C'était il y a quelques semaines. «Le nouveau PDVSA l'entreprise nationale pétrolière, ndlr est rouge, tout rouge, de haut en bas. Et que celui qui n'est pas à l'aise avec cette orientation cède sa place à un bolivarien.» Ces propos du président du holding public, et par ailleurs ministre de l'Energie, Rafael RamÃrez, ont fait sensation. Mais que son président l'assume pleinement, c'est mettre au grand jour la mainmise du gouvernement sur des institutions censées dépendre de l'Etat.
En soutien à son ministre, le président Chávez avait enfoncé le clou : «L'armée aussi est rouge, toute rouge.» Sur le fronton de l'Académie militaire, à Caracas, où Chávez a fait ses études, on peut désormais lire qu'elle est le «Berceau de la révolution bolivarienne».
Rouge, presque tout rouge aussi, le Conseil national électoral, arbitre du scrutin de dimanche, dont 4 des 5 membres sont proches du gouvernement. Luis Tascón, député chaviste, a aussi publié sur l'Internet les noms des opposants qui avaient demandé la convocation d'un référendum «révocatoire» contre le Président en 2004. Les privant de toute possibilité d'embauche dans la fonction publique.
De là à parler de persécution au Venezuela ? L'opposition ne s'en prive pas. Le candidat Rosales évoque même «les prisonniers politiques» du chavisme. Des «politiques, en prison» pour avoir participé, qui au coup d'Etat, qui à la grève pétrolière, serait plus juste. Leur procès est sans cesse ajourné, et le Tribunal suprême de justice qui doit les juger, tenu à 11 voix contre 9 par l'opposition, a été renforcé de 12 nouveaux juges, le rendant favorable au gouvernement.
Autre objet de polémique : à l'automne 2004,la loi de «responsabilité sociale de radio et de télévision» avait pour but de mettre fin à la «dictature médiatique» dans un pays où les médias privés avaient remplacé une opposition exsangue.Les injures envers lesfonctionnaires et les élus Â- une constante dans la presse d'opposition - sont désormais passibles de 20 mois de prison, de 40 si elles touchent au président. Ce qui avait fait réagir l'ONG Human Rights Watch : «Les lourdes sanctions ... constituent un mécanisme d'autocensure contre la presse et renforcent l'arbitraire de la part des autorités.» Mais le gouvernement s'est gardé d'appliquer la loi et les télés ont à peine baissé d'un ton dans leur campagne anti-Chávez.
Loin d'un quelconque Etat policier ou d'un goulag tropical, le Venezuela fait en réalité face à son vieux démon : l'effacement de la ligne entre gouvernement et Etat. Le contrôle du premier sur le second était total du temps de la toute-puissance des partis Action démocratique et Copei, au pouvoir de 1958 à 1994. Deux formations conspuées à longueur de discours par Chávez lui-même.
© Libération __
Monde
Vénézuela
A Caracas, dans un temple de la doctrine chaviste
A la fois atelier, coopérative, dispensaire et cellule politique, le «nude» doit apporter la prospérité à tous.
Par Jean-Hébert ARMENGAUD, François MEURISSE
Libération
samedi 2 décembre 2006
Caracas envoyés spéciaux
«Avec Chávez, continuons à construire un monde meilleur, proclame un mur, sous une fresque, près du grand portail. Le changement de mode de pensée en faveur de la collectivité est le début de la révolution.» C'est l'entrée du nude Fabricio Ojeda, «nude» pour «noyau de développement endogène». S'étendant sur 13 hectares, le nude Fabricio Ojeda est en plein coeur de la paroisse de Sucre, dans le quartier de Catia, dans l'ouest de Caracas.
Un million d'habitants vivent à Catia, un immense barrio, un quartier pauvre aux allures de bidonville parfois, aux maisons bricolées et rafistolées, dont certaines semblent sur le point de s'effondrer en bas des monts qui entourent la capitale vénézuélienne. Le Fabricio Ojeda est un des pionniers et un des modèles de ces nude, promis à se multiplier après la probable réélection d'Hugo Chávez, dimanche.
Les nude semblent au coeur de ce «socialisme du XXIe siècle» promis par Chávez, de cette «révolution bolivarienne», doctrine un rien dispersée et dessinée pour «rendre le pouvoir au peuple», et qui n'en est encore, affirme le Président, qu'à un «stade de transition», huit ans après sa première élection. Les nude comme celui de Catia doivent apporter la prospérité jusqu'au plus profond des barrios. De fait, ils sont en partie responsables de la baisse du taux de pauvreté depuis deux ans.
Tee-shirts. Sur un même lieu, sous peu ou prou les mêmes slogans, ils rassemblent des «coopératives bolivariennes» et certaines des «missions bolivariennes», le nom officiel des multiples programmes sociaux du «gouvernement bolivarien» dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de la formation professionnelle, de l'alimentation : des programmes sociaux directement financés, tout comme les coopératives, par l'entreprise publique PDVSA (Petróleos de Venezuela), l'immense puits d'or noir, donc de dollars, du pays.
A l'opposé du grand portail, dans un bâtiment qui sent encore le neuf, des «associées» de la coopérative textile font tourner leurs machines à coudre, payées par PDVSA. «Il y a 164 associés, la grande majorité sont des femmes qui étaient sans emploi, explique Fredesmina, l'une des responsables de la coopérative. Ici, nous pouvons produire des casquettes, des tee-shirts, des chemises. Les grandes décisions se prennent en assemblée générale. Nous sommes tous égaux, pas comme dans une entreprise privée qui exploite ses salariés.» Chaque mois, les «associés» perçoivent 465 000 bolivares (165 euros), 90 % du salaire minimum. «Et, en plus, en fin d'année, nous répartissons les bénéfices en fonction du travail de chacun, ce qui peut représenter une prime de 4 ou 5 millions de bolivares. C'est du jamais vu, Chávez est le meilleur président que nous avons jamais eu.»
Pour apprendre le métier, Fredesmina et la plupart des autres associés sont d'abord passés quelques mois par les programmes de la mission «Vuelvan Caras» consacrée à la formation professionnelle, aidés par des «bourses» mensuelles de 350 000 bolivares (125 euros). Dans l'éducation aussi, que ce soit le secondaire  pour reprendre et terminer son «bac»  ou à l'université, les adultes candidats aux missions sont rémunérés sur le même mode.
Légumes. A la coopérative, les associés ont aussi droit à des «cours d'idéologie politique», parce que, explique Fredesmina, «tu dois avoir une idéologie, pour savoir comment bien agir dans la coopérative et au sein de la collectivité». Dans le bâtiment, tous les rouleaux de tissu entreposés  payés par PDVSA  sont rouges, la couleur de la révolution bolivarienne. Sortis des machines à coudre, les tee-shirts rouges passent ensuite à l'impression des slogans blancs demandés par le client : «Désormais, PDVSA est au peuple», «Avec Chávez, c'est le peuple qui commande». Le client ? C'est PDVSA, qui distribue ensuite les tee-shirts à ses employés. «C'est pour les manifestations», explique Fredesmina. «Ici, tout est rouge et tout le monde est "chaviste"», sourit Lucy, penchée sur sa machine à coudre, ex-mère au foyer. Le nude compte aussi une coopérative de chaussures, en train de terminer une commande de 10 000 paires en similiplastique noir pour Cuba, et une coopérative agricole qui vend ses légumes à PDVSA.
Sentences. A droite du grand portail se tient le bâtiment blanc de la Clinique populaire de la mission Barrio Adentro. Avec ses petites unités de gynécologie, d'odontologie et de médecine générale, la clinique accueille 600 personnes par jour, soignées gratuitement. Au-dessous du niveau des cliniques modèles comme celle du Fabricio Ojeda, des petites unités de médecine générale, souvent tenues par des médecins cubains, sont disséminées dans les barrios.
Enfin, il y a le mercal, de la «mission» du même nom, de la taille d'une supérette, où l'on trouve quelques aliments de base à des prix deux fois moins élevés que sur les marchés. Les prix ne sont pas seulement subventionnés, explique Carlos, un des responsables, «nous essayons d'acheter directement au producteur». Les produits n'arrivent cependant pas en vrac, mais sous des emballages qui affichent parfois des articles de la Constitution bolivarienne, art. 326 pour le riz, art. 62 pour la farine. Et parfois quelques sentences. Haricots rouges : «Aujourd'hui, les revenus du pétrole arrivent enfin jusqu'au peuple.»
Manuel Rosales, le candidat de l'opposition, a promis, s'il arrive dimanche au pouvoir, de conserver ces «missions», mais de les «dépolitiser» : «Le gouvernement joue avec la faim des gens.» Pour Hugo Chávez, «les missions sont en train de façonner une nouvelle réalité, d'ordre culturel, d'ordre psychologique, d'ordre idéologique et d'ordre philosophique».
© Libération __
VENEZUELA - Une poupée pour gagner la présidence
Courrier international - 30 nov. 2006
Hugo Chávez, le président du Venezuela, semble vouloir détrôner Barbie et Ken, avec une poupée à son effigie, le Chavecito. "Les figurines mesurent une soixantaine de centimètres. Elles sont habillées de la même manière que le président, avec un uniforme militaire, une chemise et un béret rouge. Leurs pieds et leurs bras sont articulés, et elles sont vendues pour le prix modique de 10 ou 20 euros", rapporte le quotidien espagnol El PaÃs.
"Les Chavecitos sont capables de prononcer des paragraphes entiers des discours de Chávez. 'J'appelle mon peuple, le peuple bolivarien, vous tous, à travailler sans relâche', répète la poupée. Elle peut même chanter l'hymne national : 'Gloire au peuple.'", relate le journal madrilène, qui s'amuse de la marchandisation de la campagne électorale vénézuélienne à quelques jours du scrutin présidentiel du 3 décembre.
Face au président, bien parti pour remporter une nouvelle victoire électorale, son opposant Manuel Rosales a inventé une carte de crédit pour les défavorisés. "La carte, baptisée Mi Negra, permet aux 2,5 millions de Vénézuéliens les plus pauvres de retirer de 230 à 400 euros par mois gratuitement", explique El PaÃs. L'opposition a déjà distribué un grand nombre de ces cartes, mais "elles ne seront effectives que si Rosales gagne", précise le journal.
"Beaucoup d'analystes affirment que, ce dimanche, les deux adversaires qui s'affrontent n'ont pas de vraie stratégie pour trouver une solution au problème structurel de la pauvreté qui affecte des millions de Vénézuéliens. Les statistiques sur la pauvreté varient : les chiffres officiels la donnent en baisse, l'opposition à la hausse. Le Venezuela est polarisé et apparemment irréconciliable", observe El PaÃs.
© Courrier international 2006 __ Monde
Vénézuela
A savoir
Libération
samedi 2 décembre 2006
Le pétrole
Seul membre latino-américain de l'Opep, le Venezuela est le 8e producteur mondial et le 5e exportateur. Il produit environ 3 millions de barils par jour. Son premier client est les Etats-Unis, qui achètent la moitié de la production. Le brut assure 50 % des recettes du pays (13,3 milliards de dollars).
«Moi, je vais respecter la décision du peuple vénézuélien quelle qu'elle soit ... : je suis un démocrate convaincu.» Hugo Chávez, jeudi soir, sur la chaîne de télévision Venevisión
Hugo Chávez
1971 Rentre dans l'armée à 17 ans.
1992 Lieutenant-colonel, il tente un coup d'Etat qui échoue. Deux ans de prison.
1998 Elu président avec 56 % des voix.
2000 Réélu avec 57 % des voix.
Avril 2002 Essuie une tentative de coup d'Etat. Décembre 2002 Grande grève des employés de PDVSA.
2004 Echec du référendum demandant la révocation de Chávez.
Manuel Rosales
Gouverneur de l'Etat pétrolifère de Zulia, le plus peuplé du pays, Manuel Rosales, 53 ans, est un homme politique chevronné qui a déjà battu des candidats de Chávez. Il dirige le parti social-démocrate, Un Nuevo Tiempo  une nouvelle ère Â, et a unifié pour cette présidentielle 44 formations d'une opposition habituellement fractionnée.
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Monde
Vénézuela
Un bilan économique dopé au pétrole brut
Le gouvernement peut afficher une croissance record grâce au prix élevé du baril. Mais a oublié d'investir.
Par Jean-Hébert ARMENGAUD
Libération
samedi 2 décembre 2006
Caracas envoyé spécial
Si Hugo Chávez est réélu ce dimanche, comme le laissent penser la plupart des sondages, il le devra en partie à son bilan économique, où tous les indicateurs sont au vert grâce à l'explosion ces dernières années du prix du pétrole. En 2002 et 2003, le Venezuela avait connu une grave récession, qui s'explique notamment par l'extrême instabilité politique de ces années-là : le coup d'Etat de 48 heures contre Chávez en avril 2002 et, surtout, la grande grève, en décembre 2002 et janvier 2003, des employés de PDVSA (Petróleos de Venezuela) qui dénonçaient la tentative de mainmise du président sur l'entreprise pétrolière publique et demandaient sa démission.
Résultat : une économie en crise, des taux de croissance négatifs de 9 et 7,5 %. Chávez avait fini par remporter le bras de fer contre les grévistes et virer la moitié des 36 000 employés de PDVSA. La fin de la crise a coïncidé avec le début des fortes hausses du pétrole. Depuis, le Venezuela de Chávez euphorise dans les effluves de brut : 18 % de croissance en 2004, 9,4 % en 2005 et sans doute un chiffre équivalent en 2006.
Dépendante. Première et essentielle conséquence : la forte baisse de la pauvreté, qui avait atteint des sommets. Selon l'INE (Institut national des statistiques), le taux de pauvreté est passé en trois ans de 62 % à 39,7 % de la population  ce qui représente encore une dizaine de millions de personnes. L'opposition tente de contester ces chiffres et dénonce de supposés changements de méthodes de calcul de l'INE. Cependant, pour MatÃas Riutort, du Centre de recherches économiques et sociales de l'université Andrés-Bello, «si les chiffres que nous trouvons sont effectivement un peu plus élevés que les chiffres officiels, ce qui compte, de toute façon, c'est la tendance, et elle est clairement à la baisse». Explications : la baisse du chômage, les hausses de salaires, les «bourses» distribuées à travers les «missions», ces programmes sociaux lancés en 2003 (lire page suivante).
Et pourtant la révolution bolivarienne n'a rien changé à l'économie vénézuélienne. Celle-ci est toujours, sinon plus, dépendante du cours du baril de brut. Si le taux de pauvreté baisse  pour ne faire finalement que se rapprocher de celui que le pays avait connu dans les années 70 Â, c'est beaucoup moins grâce à Chávez qu'à la multiplication par quatre ces dernières années du prix du pétrole.
Pompe. Fondateur de l'Opep, huitième producteur et cinquième exportateur mondial, des réserves sans doute les plus importantes sur la planète : le Venezuela est une manufacture pétrolière. «Venezuela saudita», Venezuela saoudite, l'avait-on surnommé après le premier choc pétrolier de 1973. Puis ce furent les années 80, la baisse des cours, un endettement monstrueux pour tenir le train de vie du pays et, un jour de 1989, un bain de sang lors de la répression d'une révolte sociale. Aujourd'hui, c'est le retour au «Venezuela saudita», version «bolivarienne». A la pompe vénézuélienne, le litre d'essence vaut... 3 centimes d'euro, cinquante fois moins que le litre d'eau minérale. Mais, grâce aux clients étrangers, le pétrole «pèse» 80 % des exportations du pays et, en impôts, 50 % des recettes du budget de l'Etat. Depuis qu'il a mis la main sur PDVSA, le gouvernement puise aussi directement, à volonté, dans les caisses de l'entreprise. «Au détriment des investissements nécessaires au maintien, à terme, de la production», assure Ramón Espinasa, un ancien haut dirigeant de l'entreprise, consultant pour la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement. Le PDVSA version bolivarienne  «rouge, tout rouge», a annoncé son président qui est aussi ministre de l'Energie  ne publie plus ni bilans ni comptes depuis 2004.
«Hamac». «La politique pétrolière, donc la politique économique, du gouvernement, se résume à penser que la manne de l'or noir doit favoriser la consommation, en oubliant d'en profiter pour aider aussi au développement d'autres secteurs industriels, ce qui permettrait de dépendre moins des cycles pétroliers», explique José Guerra, ex-administrateur de la Banque centrale vénézuélienne. Au contraire, 8 000 petites et moyennes industries ont fermé leurs portes depuis une dizaine d'années. «Nous sommes redevenus un pays de rentiers, comme des grands propriétaires terriens qui attendent dans leur hamac que la récolte pousse, estime Ramón Espinasa. Les cours du pétrole ont atteint 77 $ le baril cet été, aujourd'hui, ils sont redescendus à 59 $. Que se passera-t-il si la baisse continue dans les mois et les années qui viennent ?»
© Libération __
Le Venezuela va proposer une nouvelle réduction de la production de l'OPEP
mercredi 1 novembre 2006, 23h47
CARACAS (AP) - Le ministre vénézuélien du Pétrole a annoncé mercredi que son pays proposerait une nouvelle réduction de la production mondiale lors de la réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en décembre.
"Nous allons proposer une nouvelle réduction de la production", a déclaré Rafael Ramirez devant la commission des finances du Parlement vénézuélien.
La semaine dernière, il avait indiqué que le Venezuela souhaitait une réduction de 300.000 nouveaux barils par jour d'ici à la fin de l'année.
Les membres de l'OPEP ont convenu il y a deux semaines de réduire leur production de pétrole brut de 1,2 million de barils quotidiens pour contrer la récente baisse des prix du pétrole.
Le Venezuela, l'un des cinq premiers producteurs mondiaux de pétrole, est l'un des membres fondateurs de l'OPEP. AP __
AFFINITÉS - Pourquoi les Arabes aiment le Venezuela
Courrier international - 30 nov. 2006
La popularité du président vénézuélien dans le monde arabe est telle qu'il n'est pas rare de voir son portrait affiché dans les Territoires occupés et des drapeaux vénézuéliens flotter lors de manifestations à Beyrouth. Hugo Chávez détrône même certains héros islamistes, rapporte la spécialiste de l'Amérique latine de la chaine qatarienne Al-Jazira.
On trouve sur beaucoup de sites Internet arabes des commentaires tels que : "Je suis palestinien, mais mon président est Chávez, pas Abou Mazen." Ou encore : "Je n'ai pas envie d'être arabe. Désormais, je serai vénézuélien." Et je me suis laissé dire qu'à Gaza et à Ramallah, dans les territoires palestiniens, le portrait de Hugo Chávez est désormais placardé à côté des affiches d'Arafat et de Che Guevara.
On a même vu sur les chaînes de télévision mondiales des drapeaux vénézuéliens flotter, lors de manifestations à Beyrouth, à côté des couleurs libanaises et palestiniennes, et dans de nombreux grands titres de la presse arabe, les journalistes s'interrogeaient : comment se fait-il que les dirigeants arabes soient incapables de faire ce qu'un dirigeant latino-américain non arabe et non musulman a osé faire ?
Naturellement, certains Vénézuéliens anti-Chávez s'empresseraient de mettre en garde les admirateurs arabes de leur président en leur expliquant qui est selon eux le véritable Chávez : un despote autoritaire qui mène leur pays à la ruine.
Il est toutefois indéniable que les affinités de Chávez pour le monde arabe n'ont rien de nouveau. Il en parle souvent dans ses discours et raconte des anecdotes à propos de ses aventures avec les dirigeants arabes dans leurs pays éloignés. Il admire le désert. Il se proclame résolument nassérien (en référence à l'ancien président nationaliste d'Egypte, Gamal Abdel Nasser). Il parle davantage de l'Irak que ne le font les dirigeants arabes et ne manque jamais une occasion de "saluer la résistance irakienne contre les forces impérialistes".
Cette solidarité avec la cause arabe est largement partagée par la plupart des Vénézuéliens et aussi par la plupart des Latino-Américains, surtout ceux des classes les plus défavorisées. Beaucoup ont défilé dans les rues de Caracas et d'autres villes vénézuéliennes - ainsi qu'au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Colombie et ailleurs - pour afficher leur solidarité avec les Libanais et les Palestiniens lors des heures noires qu'ont connues ces peuples.
La position intransigeante de Chávez envers Israël a de toute évidence mis dans l'embarras les dirigeants arabes, car aucun d'entre eux n'a rompu ni même limité ses relations avec Israël, malgré les massacres que Tsahal a commis au Liban et en Palestine. Ces dirigeants qu'il a toujours considérés comme ses "frères" risquent de ne plus l'apprécier autant qu'à l'époque où il les avait convoqués à Caracas, en 2000, pour que l'OPEP augmente le prix du pétrole. Et n'apprécieront sans doute pas non plus ses liens étroits avec l'Iran, pays que beaucoup soupçonnent de vouloir étendre son influence au Moyen-Orient. Ils auront probablement l'impression que ses déclarations anti-Bush, aussi récurrentes que provocantes, sont trop compromettantes.
C'est précisément là que le talent de Chávez pour communiquer avec l'homme de la rue prend le relais, et fait de lui un personnage plus populaire que les dirigeants arabes dans leurs propres pays. Une chose est certaine : dans l'esprit de millions d'Arabes, Chávez joue maintenant dans la même cour que Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, et que d'autres "héros" arabes.
Mais à l'heure où, dans le monde arabe, le nationalisme s'exprime à travers des mouvements islamistes tels que le Hamas en Palestine et le Hezbollah au Liban, tous deux qualifiés de mouvements terroristes par Washington, Chávez représente un courant très différent. Il n'appartient à aucun mouvement religieux ni n'en dirige ; il n'est pas - encore - inscrit sur la liste noire des terroristes établie par Washington ; et, contrairement aux dirigeants arabes, c'est un président démocratiquement élu et un socialiste anti-impérialiste qui n'a pour l'instant pas son équivalent dans le monde arabe.
Rien d'étonnant à ce que les internautes arabes proposent de le cloner afin d'en avoir une copie conforme sous la main pour remplacer leurs dirigeants. Y aura-t-il un "Chávez d'Arabie", comme le légendaire Lawrence d'Arabie, l'Anglais qui avait gagné la confiance et la sympathie des Arabes du désert à l'époque où ils étaient sous mandat britannique ?
Dima Khatib, AlJazeera.net (Doha)
© Courrier international 2006 __
Venezuelan Ambassador: victory of resistance in Lebanon, Palestine and Iraq is victory for Venezuela
Thursday, November 23, 2006
Damascus, (SANA-Syrian news agency) - Responsible of International Relations in Hizbullah Party Nawaf al-Mosawi has stressed that the Lebanese national resistance will not allow America's tools in the region to end the resistance.
" We are proud of our relations with Syria that is standing by the resistance and Lebanese people during the latest Israeli hostile aggression, " Mosawi said yesterday in an address word at Basel Al-Assad University City in Victory Festival.
For his part, Venezuelan Ambassador in Damascus, Mrs. Deya'a al-Andari underlined that victory of the resistance in Lebanon, Palestine and Iraq is a victory for Venezuela and for all liberal men in the world, pointing out to Syria's leadership and people role in achieving this victory.
For his part, Iranian First Chargé d'affairs in Damascus Mr. Rokn Abadi highly evaluated Syria's leadership and people for their efforts during the Israeli aggression on Lebanon by offering all support and aid to Lebanon.
The festival attended by Regional Leadership member, Head of Regional People's Organizations Office Mrs. Shahnaz Fakhoush and several of Syrian students and Hizbollah students studying in Syria.
Nawal / Idelbi __
Une diplomatie très mégalo
Le président vénézuélien n'a plus le vent en poupe sur la scène internationale.
Courrier international - n° 839 - 30 nov. 2006
Dès son arrivée au pouvoir, Chávez savait que l'orientation idéologique qu'il espérait imprimer au Venezuela passerait par un affrontement très dur avec les Etats-Unis. Il savait aussi que George W. Bush ne pourrait se permettre d'engager une action militaire contre son régime et que la vulnérabilité énergétique des Etats-Unis obligerait Washington à maintenir des relations diplomatiques et commerciales avec le Venezuela. Chávez s'est donc employé à renforcer ses alliances tactiques avec une bonne partie de l'Amérique latine, la Russie, la Chine, le Moyen-Orient et l'Europe. L'argument pétrolier et les programmes de coopération dominaient alors sa stratégie. Ses références de parfait démocrate, délivrées par l'OEA et par le Centre Carter, et ses liens étroits avec Lula da Silva, Kirchner, RodrÃguez Zapatero - et même avec Chirac, voire avec Berlusconi en son temps - donnaient l'impression qu'il y avait un décalage entre ses déclarations les plus incendiaires et ses actes.
Il n'est pas facile de mettre précisément le doigt sur le moment où Chávez a rompu cet équilibre précaire. Peut-être s'est-il laissé abuser par la ferveur chaleureuse de dirigeants hétérodoxes, par les conseils de Fidel Castro, par sa popularité auprès des secteurs les plus extrémistes du continent et par le pouvoir qu'il continuait d'accumuler à mesure que les prix du pétrole atteignaient des cotes imprévues.
Quoi qu'il en soit, la victoire qu'a remportée Evo Morales en Bolivie grâce à son appui ostensible et le fait d'avoir par la suite obligé Lula da Silva et Kirchner à accepter à Puerto Iguazú la nationalisation et les nouveaux prix du gaz bolivien lui ont probablement brouillé la vue. Il a abandonné la Communauté andine sous de faux prétextes, donné une nouvelle impulsion à une inquiétante course aux armements, dynamité les négociations de Vienne avec le Mercosur, soutenu le programme iranien d'enrichissement de l'uranium, resserré les liens avec le Hamas et le Hezbollah, et s'est absurdement rapproché de la Corée du Nord. Il s'est d'ailleurs senti si grand et si puissant que, quelques jours plus tard, il a joué à la tribune des Nations unies la scène extraordinaire et définitive du diable et du soufre. Et il a fini par perdre aux Nations unies toutes les voix qu'il avait conquises en n'obtenant pas de siège pour le Venezuela au Conseil de sécurité.
Armando Durán El Nacional
© Courrier international 2006 __
ONU: les pays d'Amérique latine et des Caraïbes d'accord pour la candidature du Panama au Conseil de sécurité
samedi 4 novembre 2006, 0h19
NATIONS UNIES (AP) - Les pays d'Amérique latine et des Caraïbes se sont mis d'accord par consensus vendredi pour approuver la candidature du Panama à un siège non-permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, après le retrait du Venezuela et du Guatemala, incapables de se départager au terme de 47 tours de vote.
L'Assemblée générale de l'ONU, qui regroupe 192 pays, se prononcera mardi par vote sur la candidature du Panama, qui, selon des diplomates, devrait être approuvée par consensus.
A l'issue d'une réunion du groupe des pays d'Amérique latine et des Caraïbes (34 pays) vendredi, l'ambassadeur de l'Argentine aux Nations unies, Cesar Mayoral, a annoncé que le Panama avait été officiellement désigné par consensus, soit sans vote.
L'attribution du siège du groupe des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, l'un des dix non-permanents à pourvoir pour deux ans, avait revêtu une valeur hautement politique en raison notamment de l'opposition des Etats-Unis à la candidature du Venezuela.
Le Venezuela et la Guatemala, les deux candidats initiaux, avaient accepté mercredi de se retirer pour sortir de l'impasse, les deux pays ayant été incapables de se départager après 47 tours de scrutin en deux semaines. AP __
Monde
Teodoro Petkoff, chef de file de la gauche modérée, soutient le candidat de l'opposition à la présidentielle au Venezuela :
«Le gouvernement Chávez est inefficace»
Par François MEURISSE
Libération
jeudi 23 novembre 2006
Caracas de notre correspondant
Teodoro Petkoff, 73 ans, est un vieux routier de la vie politique et intellectuelle vénézuélienne. Guérillero dans les années 60, il rompt ensuite avec le communisme et fonde, en 1971, le MAS (Mouvement vers le socialisme). Entre 1993 et 1998, il est ministre du chrétien-démocrate Rafael Caldera. Chef de file de l'opposition de la gauche modérée au président Hugo Chávez, directeur du quotidien Tal Cual, il soutient la candidature du social-démocrate Manuel Rosales qui veut fédérer toutes les oppositions à Chávez à l'élection du 3 décembre.
Hugo Chávez prône «le socialisme du XXIe siècle». De quoi s'agit-il ?
Ce gouvernement ne possède pas de corpus théorique : les valeurs, la doctrine du «socialisme du XXIe siècle» restent un mystère. Jusqu'à présent, les seules caractéristiques que l'on a pu en percevoir sont celles du socialisme du XXe siècle, c'est-à -dire de l'expérience communiste qui a échoué en URSS et dans le bloc soviétique, dont Cuba. Dans la version du XXIe siècle, on perçoit une accentuation de l'autoritarisme, du militarisme et de l'autocratisme.
La grande différence, selon Chávez, serait surtout la participation effective du peuple au destin du pays...
Théoriquement, cela existait aussi dans le socialisme du XXe siècle ! Il faut reconnaître que durant ses premières années de pouvoir, Chávez a délogé la vieille classe politique corrompue du pays. Mais pour mettre en place une nouvelle élite : la sienne ! La vraie différence, c'est qu'au Venezuela nous ne sommes pas dans un Etat policier comme à Cuba et que la liberté d'expression existe.
Quels sont les domaines où le gouvernement a échoué ?
Chávez lui-même l'admet : son gouvernement est inefficace. Les précédents fournissaient 70 000 à 80 000 logements par an, le sien 14 000 tout au plus. De plus, 6 millions de Vénézuéliens, soit près de la moitié de la population active, végètent dans l'économie informelle, ce sont les statistiques officielles. La grande réussite de Chávez, les «missions» sociales d'alphabétisation, de santé  dont le concept est bon  sont malheureusement contaminées par la corruption.
Quels sont les atouts du candidat Manuel Rosales ?
Rosales est un social-démocrate et un excellent gouverneur du grand Etat pétrolier de Zulia (dans l'ouest du pays). C'est un homme sensé et modéré. Pour la première fois en huit ans depuis la première élection de Hugo Chávez, en 1998, ndlr, cette candidature ne surgit pas des vieux partis traditionnels discrédités. Elle s'inscrit dans une stratégie démocratique et s'oppose à la stratégie putschiste qu'avait imposée pendant huit ans une partie de l'opposition et qui, au lieu d'affaiblir Chávez, l'a renforcé. Le terrain électoral est le seul sur lequel la victoire est possible, en gagnant le 3 décembre, ou en laissant en place une force capable d'affronter Chávez pendant un second mandat s'il est réélu.
Mais Rosales n'avait-il pas approuvé le coup d'Etat de 48 heures contre Chávez, en avril 2002, du «patron des patrons» vénézuéliens, Pedro Carmona ?
Incontestablement ce fut une erreur, qu'il reconnaît d'ailleurs. Mais il n'a pas participé à la conspiration de Carmona. Et après tout, le plus grand des putschistes de l'histoire récente du Venezuela est à la tête de l'Etat le lieutenant-colonel Chávez avait mené sans succès un coup d'Etat le 4 février 1992 contre le président Carlos Andres Pérez, destitué l'année suivante pour malversations, ndlr.
Et derrière Manuel Rosales, on retrouve aussi une partie de la droite...
Face à un gouvernement qui présente des traits d'autoritarisme, de militarisme, de néototalitarisme «light», il fallait un contrepoids. Le Chili aussi connaît une alliance de circonstance entre les socialistes et les chrétiens-démocrates unis au sein de la Concertation.
Le programme de l'opposition n'est-il pas encore très flou ?
Concurrencer quelqu'un au pouvoir n'est jamais facile. Les propositions de Manuel Rosales ne sont évidemment que rhétoriques. Il n'a annoncé que ses propositions sociales, il manque ce qui a trait à la création d'emplois, à la lutte contre la pauvreté. Car les programmes sociaux sont seulement palliatifs, la vraie lutte contre la pauvreté passe par la création d'emplois.
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Venezuela-présidentielle: Chavez veut mettre "KO les larbins" de Bush / Bilan de 8 ans de chavisme
samedi 2 décembre 2006, 11h50
CARACAS (LatinReporters.com) - Pétrole, populisme, crainte de manoeuvres déstabilisatrices et consolidation de la gauche latino- américaine contre "l'impérialisme yankee" sont au centre de l'élection présidentielle du 3 décembre au Venezuela. Le président Hugo Chavez prédit sa victoire "par KO". Son principal adversaire, Manuel Rosales, gouverne l'Etat de Zulia, le plus riche et le plus peuplé du pays.
"Nous allons les gifler souverainement. Nous allons les battre par KO" s'exclamait Hugo Chavez, lors de son dernier meeting électoral à Caracas, le 26 novembre, à propos de ses 14 adversaires de l'élection présidentielle. Il exhortait la foule vêtue de rouge à ne pas oublier "que nous affrontons le diable lui-même, le gouvernement impérialiste des Etats-Unis. Notre principal adversaire, c'est l'empire le plus puissant de la terre, non les larbins qu'il a ici".
Seize des 27 millions de Vénézuéliens sont appelés aux urnes. Le scrutin est à tour unique et le candidat obtenant le plus de voix sera, quel que soit son pourcentage, président de la République bolivarienne du Venezuela pendant six ans.
Des violences sont redoutées. Le président Chavez affirmait jeudi soir que les services de sécurité venaient de neutraliser une tentative d'assassinat de l'opposant Manuel Rosales par des "groupes fascistes radicaux", assassinat que ces groupes avaient l'intention d'imputer au gouvernement pour le déstabiliser. Un projet d'attentat contre des trains vénézuéliens aurait aussi été désactivé. Hugo Chavez prétend que ses instigateurs, qu'il n'a pas identifiés, visaient à créer un "effet Madrid", en référence aux attentats islamistes qui ont fait 191 morts et près de 2.000 blessés le 11 mars 2004 dans quatre trains desservant la banlieue madrilène, contribuant trois jours plus tard à la défaite du parti gouvernemental espagnol aux élections législatives.
Le 6 novembre dernier, c'est "l'effet ukrainien" que prônait publiquement Rafael Poleo, directeur d'un journal d'opposition. Il exhortait les Vénézuéliens, en cas de victoire d'Hugo Chavez, à dénoncer "la fraude électorale" massivement dans la rue, comme les Ukrainiens en novembre 2004, pour que l'armée intervienne et dépose le président.
La plupart des sondages n'en annoncent pas moins la probable réélection d'Hugo Chavez avec au moins 60% des suffrages. Elu pour la première fois à la présidence en décembre 1998 avec 56,2% des voix (et une abstention de 36,54%), reconduit en juillet 2000 sur le score de 59,76% (avec une abstention de 43,69%) sur la base du mandat de six ans instauré par la nouvelle Constitution bolivarienne (elle-même plébiscitée par 71,78% des électeurs en décembre 1999), Hugo Chavez devrait donc remporter à 52 ans sa 12e victoire électorale consécutive, tous types de scrutins confondus. Le chavisme a succédé à des décennies de monopole démocrate-chrétien et social-démocrate du pouvoir.
Considérant sa victoire acquise, Chavez a confirmé jeudi devant la presse convoquée au Palais présidentiel de Miraflores son intention de réviser prochainement la Constitution à la lumière "de la nouvelle réalité mondiale, continentale et nationale" et d'y inscrire la "réélection indéfinie" à la présidence. La Constitution bolivarienne de 1999 n'autorise que deux mandats présidentiels consécutifs. Sans révision, Hugo Chavez ne pourrait pas se représenter en 2012. Or, il a l'ambition de durer, mais en s'appuyant toujours sur des urnes ouvertes au pluralisme, ce qui le différencie de son ami et allié cubain Fidel Castro.
Projection internationale et popularité nationale d'Hugo Chavez
Rescapé de la tentative de coup d'Etat d'avril 2002 et du référendum "révocatoire" d'août 2004 (59% des électeurs se prononçant alors contre sa destitution), Hugo Chavez en a retiré une plus grande projection internationale, entretenue et élargie par sa truculente hostilité envers le président américain George W. Bush et par la contagion bolivarienne de l'Amérique latine.
Des gauches diverses gouvernent 11 des 19 pays latino-américains (ceux dont la langue officielle est l'espagnol, plus le Brésil). Sans nécessairement souscrire au "socialisme du 21e siècle" dont se réclame Hugo Chavez sans l'avoir défini et malgré des dissensions parfois vives (notamment entre Lima et Caracas), toutes ces gauches acceptent ou tolèrent la réactivation du symbole d'unité qu'est encore le libertador historique Simon Bolivar, fossoyeur au 19e siècle de la domination espagnole.
Venezuela, Cuba, Bolivie et Equateur forment aujourd'hui le front bolivarien radicalement antiaméricain. Le Nicaragua les rejoindra peut-être si le sandiniste Daniel Ortega, élu président le 5 novembre dernier, retrouvait ses vieux accents révolutionnaires, émoussés au point de s'accommoder d'un accord de libre-échange avec les Etats- Unis.
Par ailleurs, membre depuis cette année du Mercosur (marché commun sud-américain qui regroupe aussi le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay), le Venezuela d'Hugo Chavez y devient le promoteur de grandes infrastructures régionales, tel le futur gazoduc sud- américain, destiné à l'approvisionnement énergétique du sous- continent sur un parcours de 8.000 km. Les revenus pétroliers du Venezuela, 5e exportateur mondial de brut, crédibilisent ses ambitions régionales.
Dans son pays, Hugo Chavez a maintenu et même peut-être accru sa popularité grâce à deux facteurs conjugués: d'une part, la hausse du prix du pétrole, qui a relancé la croissance vénézuélienne de 17% en 2004 et de 9% en 2005, et, d'autre part, les "missions" sociales, financées par la manne pétrolière, menées avec une nuée de professionnels cubains, dont plus de dix mille médecins.
Dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'habitat, de l'agriculture (des terres ont été redistribuées à de petits paysans) et de l'alimentation, ces "missions" épaulent les populations défavorisées. Mais elles ne rebutent pas la classe moyenne. Dans les "Mercal", la vente directe d'aliments à prix "solidaire" est accessible à tous, comme les analyses et médicaments gratuits dans les dispensaires de quartier. Hugo Chavez ratisserait donc large.
Ses adversaires qualifient cette politique de populiste, car dépendant d'un seul homme cherchant à se lier au peuple par une gigantesque aumône qui créerait une clientèle électorale d'assistés sans garantir l'avenir et sans s'embarrasser de mécanismes intermédiaires propres aux démocraties traditionnelles.
Malgré le pétrole et les "missions", la pauvreté reste élevée au Venezuela après huit ans de chavisme. Plusieurs grèves générales lancées par l'opposition y ont contribué. Entre décembre 2002 et février 2003, une grève insurrectionnelle paralysa pour la première fois le secteur pétrolier, qui assure 50% du PIB, 50% des rentrées fiscales et 80% des exportations.
Selon des chiffres publiés par le Ministère français des Affaires étrangères, plus de 70% de la population vénézuélienne vit en état de pauvreté, dont 50% dans une extrême pauvreté. La même source ajoute que si le chômage a été ramené de 20% à 16% en 2004, il se conjugue à un sous-emploi élevé et à une grande importance du secteur informel.
Le directeur de Data Analisis, Luis Vicente Leon, estime néanmoins que les Vénézuéliens sont en majorité satisfaits de l'action gouvernementale en matière d'éducation, de santé et d'alimentation. Par contre, ils s'inquiètent de la criminalité (10.000 homicides par an), du chômage et de la corruption.
La "carte noire", arme de choc de l'opposant Manuel Rosales
Parmi les 14 adversaires d'Hugo Chavez dans la course à la présidence, seul Manuel Rosales, 53 ans, a la stature d'un challenger. Plusieurs de ses meetings ont réuni chacun plus de cent mille personnes. Renonçant provisoirement, pour briguer la présidence, à son poste de gouverneur de l'Etat de Zulia, le plus peuplé (3,5 millions d'habitants) et le plus riche du pays (on y extrait 80% du pétrole vénézuélien), Manuel Rosales est parvenu à maintenir son fief en marge de l'impressionnante série de victoires électorales d'Hugo Chavez. Il a réuni sous son nom une quarantaine de partis et d'associations dont l'éparpillement ôtait toute force à l'opposition.
Prônant une "démocratie sociale", Manuel Rosales a pour principale arme électorale une "carte noire" aussi populiste que les "missions" qu'elle prétend concurrencer en puisant, comme elles, dans la manne pétrolière. Il s'agit d'une carte de crédit effectivement de couleur noire, que le candidat de l'opposition exhibe dans les meetings. Elle serait distribuée aux 2,5 millions de Vénézuéliens les plus nécessiteux et leur permettrait, en cas de victoire de Manuel Rosales, de retirer chaque mois de distributeurs automatiques l'équivalent de 230 à 400 euros. Selon Manuel Rosales, les 35 milliards de dollars de largesses que Chavez aurait faites à divers pays auraient pu couvrir pendant trois ans le fonctionnement de la "carte noire".
Crédité parfois de 40% des intentions de vote, mais prétendant que ses propres sondages prédisent sa victoire, Manuel Rosales présente l'élection présidentielle comme "un choix entre la démocratie et un système communiste à la Castro, qui prive le peuple de liberté". Selon lui, le risque de "cubanisation du Venezuela" se refléterait notamment dans la prétention d'Hugo Chavez de s'éterniser au pouvoir, dans la manipulation des listes d'électeurs et dans la création d'un corps de milliers de réservistes militaires dépendant directement de la présidence.
L'opposition reproche aussi à Hugo Chavez d'intimider les médias et de faire des Cercles bolivariens une police idéologique de quartier à l'image des Comités de défense de la révolution cubaine. Un reproche particulièrement grave adressé au président est la publication, par le député chaviste Luis Tascon, de la liste des plus de 2,5 millions de Vénézuéliens qui avaient sollicité et obtenu la convocation, en août 2004 contre Chavez, du référendum "révocatoire" prévu par la Constitution bolivarienne. La "liste Tascon" servirait à écarter des emplois publics tous les signataires, transformant ainsi en fiction la "démocratie participative" dont se réclame Hugo Chavez.
La crédibilité de leçons de démocratie dépend-t-elle de celui qui les donne? Manuel Rosales avait avalisé la tentative de coup d'Etat d'avril 2002, signant le décret putschiste qui porta à la présidence du Venezuela pendant à peine 48 heures le dirigeant de la principale organisation patronale, Pedro Carmona. Manuel Rosales réplique que le lieutenant-colonel Hugo Chavez mena lui-même, en février 1992 contre le président social-démocrate Carlos Andres Perez, une tentative de coup d'Etat qui fit des dizaines de morts et de blessés.
LatinReporters.com est un collectif de journalistes qui analysent l'actualité latino-américaine et espagnole. Le texte de cet article peut être reproduit aux conditions explicitées sur le site www.latinreporters.com __
Rebonds
Pour qu'une vraie opposition émerge,il faut une figure non compromise avec le régime.
Chávez, la rupture qui dure
Par Olivier COMPAGNON, Sandrine REVET
Libération
vendredi 17 novembre 2006
Olivier Compagnon et Sandrine Revet enseignants d'histoire à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (Paris-III Sorbonne nouvelle).
A l'approche de l'élection présidentielle au Venezuela le 3 décembre, resurgissent en France et ailleurs de bien stériles polémiques. D'un côté, les partisans de Hugo Chávez FrÃas estiment que celui-ci incarne la vraie démocratie, plus participative que représentative ; la juste lutte contre l'empire du mal, les Etats-Unis ; le rejet légitime du credo néolibéral dominant, auquel le président oppose «le socialisme du XXIe siècle» ; la restauration de la dignité des pauvres grâce à des politiques sociales ciblées et efficaces. De l'autre, les antichavistes dénoncent la militarisation de la société vénézuélienne, l'autoritarisme et les pratiques clientélistes du gouvernement, la manipulation des médias, la restriction des libertés publiques, les liaisons dangereuses avec Cuba ou l'Iran. A force de mauvaise foi et de statistiques infondées, chacun des deux camps s'épuise dans un affrontement rhétorique qui ne contribue en rien à la compréhension du Venezuela contemporain.
Les huit premières années de pouvoir chaviste ne permettent assurément pas d'ériger la république bolivarienne du Venezuela en modèle pour l'Amérique latine et le reste du monde, n'en déplaise à quelques hérauts de l'antilibéralisme européen qui ont cru voir en Caracas une nouvelle Havane. Ainsi, s'il est trop tôt pour juger de l'efficacité des politiques sanitaires qui constituent le coeur du programme social, force est de constater que les équipes au pouvoir depuis 1999 n'ont pas répondu à quelques questions cruciales parcourant la société vénézuélienne, comme celles du logement ou de l'insécurité. Si Chávez a bénéficié d'une conjoncture pétrolière extraordinaire, il a davantage investi les revenus de l'or noir à l'extérieur (rachat partiel de la dette de l'Argentine et de l'Equateur, financement des campagnes de Correa en Equateur et d'Ortega au Nicaragua) que dans des projets de développement à long terme qui auraient permis de rompre avec une économie structurellement rentière et dépendante des Etats-Unis. Et si le référendum révocatoire de 2004 a pu apparaître comme la mise en oeuvre effective d'une démocratie participative, le fait que le nom des quelque 2,7 millions d'électeurs signataires de la pétition révocatoire ait été diffusé par monts et par vaux et puisse être utilisé par l'administration à l'encontre des opposants constitue un outrage flagrant à la liberté d'opinion.
L'ensemble de ces éléments ne justifie cependant pas la posture adop-tée par les antichavistes. En dénonçant la «dictature» chaviste, ceux-ci oublient les six scrutins (présidentiels, législatifs, municipaux ou référendaires) qui, depuis 1999, ont confirmé Chávez et ses parti-sans dans leur pouvoir Â- en présence d'observateurs internationaux qui jugèrent qu'il n'y avait pas davantage de fraude au Venezuela qu'il y en eut parfois à Paris ou en Floride; ils omettent également que, si Chávez dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée nationale, c'est parce que les candidats d'opposition se sont retirés en bloc avant les législatives de décembre 2005 et, ce faisant, ont refusé d'assumer au sein même des institutions leur rôle de contre-pouvoir. En stigmatisant violemment l'inacceptable «populisme» de Chávez, ils couvrent de mépris les 55 à 60 % de Vénézuéliens qui ont soutenu et continuent de soutenir le président en exercice  citoyens implicitement jugés inaptes à comprendre les dangers que porterait en lui le chavisme.
Quand bien même on admettrait que Chávez Â- ancien putschiste Â- représente une forme d'aventurisme politique, cela n'empêche pas de prendre au sérieux les raisons pour lesquelles il bénéficie d'un réel soutien populaire. Il convient pour cela de souligner avec force le grand paradoxe vénézuélien : comment expliquer qu'un pays jouissant  contrairement à la plupart de ses voisins latino-américains  d'une réelle stabilité démocratique depuis 1958, membre fondateur de l'Opep en 1960 et faisant partie des tout premiers exportateurs de pétrole au monde depuis les années 30, se situe au 75e rang du classement établi par l'ONU pour le développement humain, derrière Cuba et au milieu du peloton latino-américain ? Comment expliquer que 48,6 % de la population vive actuellement sous le seuil de pauvreté et 22,2 % sous le seuil d'extrême pauvreté ? On invoquera évidemment la corruption, chroniquement liée à l'exploitation des richesses pétrolières depuis les années 1910 et qui fut une cause essentielle de la crise de la représentation politique au début des années 90  notamment lorsque le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez fut destitué après avoir été jugé coupable de détournement de fonds publics. Plus généralement, ce sont toutes les élites (politiques, économiques, intellectuelles) vénézuéliennes qui se sont montrées incapables, durant ce dernier demi-siècle, de promouvoir un système de redistribution des richesses comparable à ce que put être l'Etat-providence dans l'Europe des Trente Glorieuses.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'ait émergé sur la scène politique des années 90 une figure telle que Chávez, incarnant une rupture radicale avec le passé. Contrairement au gros des élites traditionnelles, celui-ci n'est pas blanc, mais métis ; il n'est pas né à Caracas, mais dans l'Etat rural de Barinas, à 500 kilomètres au sud-ouest de la capitale ; il n'a pas suivi le cursus honorum classique (études supérieures, formation en Europe ou aux Etats-Unis), mais a gravi les échelons de la hiérarchie militaire. Il venait d'ailleurs, en quelque sorte. Ce fut Chávez comme cela aurait d'ailleurs pu être Irene Sáez, Miss Univers 1981, qui fut également candidate à l'élection présidentielle de 1998 et dont l'éphémère popularité représenta à sa manière la volonté de changement des Vénézuéliens.
Outre le fait qu'elle constitue une nébuleuse dont le seul dénominateur commun est de rejeter le chavisme, l'une des raisons pour lesquelles l'opposition n'a pas réussi à exister autrement qu'en tentant un coup d'Etat en avril 2002 réside dans le fait qu'elle demeure incarnée par des personnalités politiques liées au système dont l'incurie est devenue patente dans les années 90. C'est le cas de Teodoro Petkoff, longtemps pressenti pour affronter Chávez lors des élections à venir, guérillero des années 60 devenu ministre en 1994 sous le mandat de Rafael Caldera. C'est également celui du candidat désigné, Manuel Rosales, ancien membre du parti Acción Democrática qui fut au coeur du scandale Carlos Andrés Pérez, et qui signa en 2002 le décret instituant Pedro Carmona président après l'éphémère coup d'Etat antichaviste. Tant que ne renaîtra pas un véritable projet d'Etat social et de redistribution des richesses, porté par une figure vierge de toute relation avec la démocratie d'avant 1998, Chávez et sa révolution, aussi «populistes», «démagogues» et «clientélistes» soient-ils, ont de beaux jours devant eux.
© Libération













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