"Homme de Dieu, la mort est dans la marmite !" Faut-il réinventer l’Eglise que Christ bâtit ? Brian Mclaren est-il un « évangélique » ? Vers Babylone la grande, par Pierre Oddon

Jésus a dit : Je viens bientôt, tiens ferme ce que tu as afin que personne ne prenne ta couronne (Ap 3.11)

1. Introduction En Janvier 2006, l’Alliance Evangélique Française a invité officiellement le Pasteur américain Brian McLaren à l’occasion de l’édition de son premier livre traduit en français : « Réinventer l’Eglise ». Cette venue et cette édition ont suscité de vives réactions. De nombreuses voix se sont élevées pour mettre en garde contre l’enseignement de ce Pasteur aussi célèbre que controversé. Qu’en est-il au juste ?

2. Qui est Brian Mc Laren ? Né en 1956 il a fait ses études à l’Université de Maryland où il a obtenu une maîtrise en lettres en 1981. Il est docteur en théologie (honoris causa) du Carey Theological Séminary de Vancouver (Canada). Passionné de contacts humains il quitte l’enseignement pour fonder une Eglise non dénominationnelle, Cedar Ridge Community Church, dont il est le pasteur principal. Cette église connaît rapidement un essor remarquable. Le magazine Time l’a classé parmi les 25 américains les plus influents parmi les évangéliques. Il est l’invité fréquent des chaînes de télévision. Brian McLaren a accepté pour lui et pour son église une orientation que l’on appelle « postmoderne ».

3. Qu’est ce que la postmodernité? Bien qu’étant une suite logique à la modernité , la postmodernité se présente plutôt comme une réaction aux affirmations de la modernité. Des spécialistes pensent qu’une distinction absolue entre modernité et post-modernité telle que la préconise BML (le « monde ancien » et le « monde nouveau ») est artificielle voire simpliste. Prenons un exemple pour mieux définir les deux courants: • Avec la modernité, et en particulier avec l’enseignement de Descartes (1596-1650), l’homme disait : « JE peux tout connaître ». Mais les siècles qui ont suivi ont amené un désenchantement dans tous les domaines. Les progrès techniques sont, certes, extraordinaires mais ils n’ont amené ni l’âge d’or, ni l’amélioration morale de l’homme, ni même la réduction de la pauvreté mondiale ; le siècle passé a été le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité… Quant à la connaissance, elle a augmenté de façon spectaculaire mais, paradoxalement, l’ignorance grandit plus vite que la connaissance ! • Dans la postmodernité l’homme est désabusé, il a perdu ses illusions et devient moins prétentieux et plus réaliste. Il confesse : « JE ne peux rien connaître », la Vérité – à supposer qu’il y en ait une - est inaccessible, insaisissable par l’homme. Il ne peut y avoir que des approches de la vérité et il faut accepter que chacun puisse avoir SA perspective de la vérité, une perspective différente de la mienne mais tout aussi pertinente. D’une façon quelque peu caricaturale on pourrait dire que dans la modernité la vérité est absolue et connaissable alors que dans la postmodernité la vérité est relative, indéfinissable et finalement non saisissable.

4. Qu’est-ce que l’Eglise Emergeante ? L’Eglise émergeante est l’application des principes postmodernes à l’Eglise. On peut situer son début vers 1993, en Amérique. Brian McLaren est un des leaders de ce mouvement. Il ne s’agit pas d’un tout homogène mais d’un mouvement très large qui peut aller de « l’intéressant » à l’inacceptable. Nous avons là une des causes du « dialogue de sourds » entre les partisans de l’Eglise émergeante et les opposants, les premiers ne voulant voir que « l’intéressant » et les second se contentant de mettre en garde contre « l’inacceptable ». Globalement je dirai que l’Eglise émergeante est attrayante par une recherche d’authenticité, une absence de prétention, une ouverture d’esprit, des « recettes » de vie chrétienne « toutes prêtes » pour des gens simples et de bonne volonté. Mais chaque médaille a son revers : Le fait de ne pas vouloir juger les autres amène facilement à l’acceptation du mal. La tolérance généralisée amène au rejet de tout absolu . L’ouverture, sans esprit critique, amène au pluralisme et au syncrétisme. Dans ma conviction l’Eglise émergente, dans sa forme la plus radicale, n’a plus pour vocation d’être un témoin de la vérité biblique dans un monde pécheur et sous le jugement de Dieu, mais d’offrir un espace chrétien sympathique où les pécheurs sont acceptés « tels qu’ils sont » ; c’est une sorte de « groupe humaniste généreusement inspiré de la morale chrétienne » La confession des péchés, la repentance et la nouvelle naissance sont remplacés par un cheminement spirituel dans la direction d’une vérité de toute manière inaccessible.

5. Deux clés de compréhension · La pensée émergeante Brian McLaren explique que la genèse du mouvement et son qualificatif, "émergent", prennent modèle sur l'arbre en train de croître: "Ici comme ailleurs, le sens du mot 'émergent' est un aspect essentiel de cet écosystème appelé "orthodoxie généreuse". Un schéma simple fera ressortir ce que nous entendons par 'pensée émergente'… Aucun des cercles concentriques dans la coupe transversale d'un tronc d'arbre ne remplace ni ne rejette les cercles précédents, mais il entoure ces derniers pour les englober dans une réalité plus large… De même il existe une pensée qui cherche à inclure celle qui l'a précédée dans une réalité qui la dépasse, comme le fait le dernier cercle dans un arbre en train de croître. Voilà comment fonctionne la pensée émergente (qu'on pourrait aussi appeler intégrale ou intégrante). Tous mes ouvrages précédents donc « Réinventer l’Eglise » sont fondés, quoique de façon non explicite, sur cette 'pensée émergente'…" · Une succession d’ouvrages Quand on a bien compris le principe de la « pensée émergeante » on sait qu’à défaut de pouvoir cerner la pensée évolutive de Brian McLaren, on peut suivre son développement en lisant chronologiquement ses ouvrages. Ainsi « Réinventer l’Eglise » n’est que le premier livre d’une série de dix . On ne peut pas dire qu’il soit le meilleur, mais on peut dire qu’il est le moins mauvais parce que BML était alors moins loin de la formation qu’il avait reçue parmi les « braves gens » que l’on trouve dans les « Assemblées de frères ». Les titres sont d’ailleurs significatifs : Après « Réinventer l’Eglise » on trouve « Un nouveau genre de chrétien » où les fondements bibliques sont attaqués … « Une orthodoxie généreuse » où le pluralisme est enseigné (Ce qui a amené une critique acerbe et justifiée ) et, en dernier : « Le message secret de Jésus ». Ce titre malsain fait penser aux ouvrages gnostiques tels que l’Evangile de Thomas, de Judas ou de Philippe. Dans ce type d’écrits le salut n’est plus dans la réception d’un message divin révélé dans la Bible mais dans la connaissance d’un doctrine ésotérique qui fait progresser l’homme dans son cheminement mystique . Ainsi le Brian McLaren que L’AEF et la LLB ont invité en France, en Janvier 2006, n’est plus celui du livre « Réinventer l’Eglise » mais celui qui a évolué par niveaux successifs jusqu’en arriver au « Message secret de Jésus ». Je partage le souhait de David Brown « j’espère que les éditeurs chrétiens réfléchiront bien avant d'éditer d'autres livres de BML, et mon espoir est qu'ils n'en éditeront pas d'autres ».

6. Deux arguments falacieux · Nous ne voulons rien savoir en dehors du livre édité Comme je l’ai montré ci-dessus c’est volontairement ignorer la « technique de l’auteur ». C’est faire confiance à quelqu’un qui n’en est pas digne. Ne confesse-t-il pas lui-même: “Il vous faut savoir que je me montre horriblement injuste dans ce livre qui est totalement dépourvu d'objectivité intellectuelle et d'impartialité.” “Je suis beaucoup plus dur envers les chrétiens protestants conservateurs détenteurs de ce même héritage, qu'envers qui que ce soit d'autre. Désolé. Constamment je me montre mieux disposé envers les Catholiques romains, envers les Orthodoxes, et même envers ces terribles Libéraux, alors que sans cesse j'envoie des coups à mes frères conservateurs, d'une manière particulièrement agaçante, on pourrait même dire dépourvue de générosité. Je ne peux nullement prétendre à l'équité ni à l'objectivité. » XXXXX chercher numéro de page XXXX Alain Nisus a mis le doigt sur un des vrais problèmes en posant la question : « ne faudrait-il pas lire « réinventer l’Eglise » à la lumière des autres livres plus récents de BML » ? · Il y a du bon dans le livre « réinventer l’Eglise » Cette pensée sert de justification constante à la parution du livre. Est-ce une réponse convaincante et responsable? Je peux dire de la même façon : « il y a du bon dans le Coran » ou « il y a du bon dans le Manifeste du parti communiste » ou « il y a du bon dans le petit livre rouge de Mao Tsö Tong » … Quand est-ce qu’on voudra enfin comprendre qu’il n’est pas bienséant d’insister sur « la bonne farine utilisée pour faire le gâteau » s’il contient une « dose de strychnine » qui le rend mortel ? Si l’objectivité nous permet de dire que Brian McLaren pose, dans son livre, de bonnes questions, nous devons aussi dire qu’il apporte de mauvaises réponses pour l’Eglise. Mais quand je dis « mauvaises réponses » il ne faudrait pas comprendre que tout ce qui est dit est obligatoirement mauvais, loin s’en faut, mais qu’il s’agit souvent de réponses « techniques » post-modernes et non de réponses spirituelles ayant un fondement biblique.

7. Deux graves dérives La plus grande dérive de BML est de rejeter la Bible comme L’unique livre inspiré par Dieu. Tout le reste de son enseignement n’est qu’une conséquence de cette position. La « théologie » de BML n’est pas une « théologie biblique » ; au mieux la Bible lui sert quelquefois à étayer ses pensées mais, selon le Professeur Don Carlson on ne trouve pas dans les écrits de BML une définition claire de l’Evangile qu’il veut communiquer, ni un développement de la doctrine du péché et de la perdition de l’homme, ni une explication de la doctrine du salut par l’œuvre rédemptrice de notre Seigneur Jésus Christ. Pourrait-on passer légèrement sur ces choses ? · Quant à la bible source d’autorité absolue Quelques citations suffiront : Le chrétien postmoderne « relativise son propre point de vue moderne » en comprenant que « tout ce qu’il croit à propos de la Bible et du christianisme est seulement relatif et incertain » "La Bible ne devrait pas constituer notre unique autorité mais seulement une parmi d’autres, comme la tradition, la raison, des personnes exemplaires, des institutions qui ont gagné notre confiance, et l’expérience spirituelle » " La Bible n’est pas l’infaillible Parole de Dieu et aucune doctrine ou théologie n’est absolue, aussi devons-nous aborder la Bible de façon moins rigoureuse » · Quant au salut par l’œuvre de Jésus accomplie sur la croix « Le rejet de la doctrine fondamentale de la substitution pénale est chose très courante dans l'église émergente. Ainsi, Steve Chalke, leader le l'Eglise émergente en Grande-Bretagne, qui est très souvent cité par BML a écrit que la doctrine de la croix est un abus cosmique ou divin envers un enfant. Il a été convoqué par l'Alliance Evangélique Britannique qui s'est séparée de lui. » BML a les mêmes idées, non seulement le thème de la substitution et de la propitiation est absent dans « Réinventer l'église » mais il est absent dans la théologie de BML. Il va même beaucoup plus loin puisqu’il recommande, et donc cautionne, un livre qui fait autant frémir d’horreur un enfant de Dieu qu’il « stimule et encourage profondément » Brian McLaren. Nous aimerions bien que McLaren explique clairement aux chrétiens évangéliques de France ce qu’il trouve d’encourageant et de stimulant dans des phrases du genre : "La croix n'est pas une exigence arbitraire de Dieu imposée à une victime malchanceuse... mais un marqueur où les humains se trouvent eux-mêmes à l'intersection de la justice et de la grâce, du temps et de l'éternité, de la mort et la vie. Tout cela bien sûr est le langage du mythe, mais le mythe est la "monnaie" de la religion, qui donne du sens à notre monde en racontant de telles histoires." "L'autre ligne de critique justifiée ... concerne la suggestion implicite dans la croix que le sacrifice de Jésus avait pour but d'apaiser un Dieu en colère. La substitution pénale la croix était le nom de cette doctrine vile (ou abominable)

8. En conclusion L’enseignement de Brian McLaren est un cheminement indiscutable vers le catholicisme , l’oecuménisme et le syncrétisme religieux, c’est la porte ouverte au relativisme et au mysticisme, en un mot à la « religion mondiale » du Nouvel-Age. Lors de son passage en France Brian McLaren a bien expliqué son objectif: L’« orthodoxie généreuse » qu’il prêche a pour but actuel de réunir « la voie conservatrice » et « la voie libérale » de la chrétienté… Une question se pose : Est-ce possible sans abandonner la Parole de Dieu ? Je ne le crois pas. Les milieux évangéliques sont donc actuellement confrontés à un choix : Accepter la déroutante conclusion des responsables de l’AEF et de la LLB: « les fondements ne sont pas en cause » Accepter celle des responsables de l’association Vigi-Sectes: « les fondements de la foi chrétienne sont en cause » La première est une affirmation gratuite puisque, à ce jour, aucune des dérives signalées n’a pu être réfutée ; la seconde est largement étayée par des documents que vous pouvez consulter sur le site de l’association Je terminerai en citant encore une fois un des plus grands spécialistes de l’Eglise Emergente, le Professeur Don Carson :

«Soit BML comprend ce qu’il dit et il est méchant, soit il ne comprend pas ce qu’il dit et il est fou, dans les deux cas vous ne devez pas le suivre… »

Que cette parole de sagesse soit entendue !

Pierre Oddon 21 Novembre 2006