NDLR : Trois mois après que le Professeur Robert George, membre du conseil bioéthique du Président des Etats-Unis, a affirmé que les chercheurs avaient désagrégé seize embryons, le Monde -et seulement lui- revient sur ce mensonge que la presse française avait relayé sans procéder à une enquête.

Quel crédit faut-il accorder au sérieux des travaux publiés dans les revues scientifiques de réputation internationale et à leurs capacités d'expertise ? Une totale confiance dans la majorité des cas. Reste que les recherches sur le clonage et les cellules souches ont été entachées de trop de fraudes et d'erreurs. Après l'affaire du biologiste sud-coréen Hwang Woo-suk, c'est l'Américain Robert Lanza qui doit faire amende honorable, moins pour fraude scientifique que pour mensonge et inexactitudes.

Le procès Hwang : le professeur Hwang Woo-suk (Université de Séoul, Corée du Sud) est actuellement jugé pour avoir falsifié les résultats de deux expériences sur une technique nouvelle permettant la création d'embryons humains par clonage et l'obtention de lignées de cellules souches. Les articles relatant ces travaux dans la revue américaine Science ont été retirés en janvier 2006.

La polémique Dolly : le Britannique Ian Wilmut, considéré depuis des années comme le père de Dolly, premier mammifère cloné en 1997, a reconnu devant un tribunal, en mars 2006, qu'il n'était pas le principal créateur de la brebis. Il était pourtant le premier signataire de l'article publié alors par Nature.

Il y a trois mois la revue britannique Nature publiait un article signé d'un groupe de biologistes de la société américaine Advanced Cell Technology (ACT), dirigé par Robert Lanza. Cette équipe annonçait qu'elle avait mis au point une technique permettant d'obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir d'une seule cellule prélevée dans un embryon de dix cellules fécondé in vitro. Et ce, sans détruire l'embryon utilisé, ce qui n'est habituellement pas le cas.

Cette publication eut, alors, un très large écho, car elle ruinait le principal argument des opposants à l'utilisation des cellules souches embryonnaires pour qui la destruction de l'embryon ne peut être acceptée, fût-ce à des fins thérapeutiques. Or, l'équipe de Robert Lanza reconnaît, mercredi 22 novembre, dans Nature ne pas avoir exactement réussi cette première. La revue publie donc une version corrigée de l'étude publiée le 23 août.

Le docteur Lanza et ses collaborateurs expliquent, aujourd'hui, qu'ils ont prélevé non pas une, mais bien plusieurs cellules sur chacun des seize embryons qui leur avaient été offerts par des centres de lutte contre la stérilité. A partir de ce matériau, ils ont bien produit des lignées de cellules souches, mais les embryons ont été détruits du fait de ces manipulations. En d'autres termes, cette équipe n'est en rien parvenue à réaliser le progrès dont elle se targuait il y a trois mois.

CE N'EST PAS LA PREMIÈRE FOIS

Dans l'addenda publié par Nature, les chercheurs d'ACT reconnaissent avoir seulement cherché à prouver qu'il était en principe possible de créer des lignées à partir d'une seule cellule prélevée sur un embryon qui en contenait entre huit et dix. Mais, "pour réduire le nombre d'embryons utilisés", ils ont renoncé à leur objectif initial tout en laissant entendre qu'ils l'avaient atteint.

Pour quelles raisons ? La revue française La Recherche rappelle, dans son numéro de novembre, les "énormes enjeux économiques" de ce secteur et souligne que celui qui réussira à produire des cellules souches labélisées éthiques "gagnera le jackpot". En appui à ses dires, le mensuel relève que quelques heures avant la publication, le 23 août, de l'article des chercheurs d'ACT "la valeur des actions de la société avait quadruplé."

Ce n'est pas la première fois que le docteur Lanza et ACT annoncent un progrès qui ne se confirme pas. Fin 2001, les mêmes ont affirmé avoir créé - grâce au clonage thérapeutique - trois embryons humains qui se seraient développés jusqu'à être formés de six cellules. Cinq ans plus tard, cette "première" n'a jamais pu être reproduite. Jean-Yves Nau