Ranhja Masih (à droite) avec son avocat

Après plus de 8 années d’enfermement et d’attente, Ranjha Masih va enfin pouvoir retrouver sa femme et ses six enfants. La procédure judiciaire a été longue pour ce chrétien pakistanais qui a toujours clamé son innocence : arrêté en 1998, il a été jugé en 2003 seulement et le procès en appel s’est déroulé le 10 novembre dernier.

Lors du procès en appel de la semaine passée, le président du tribunal de Lahore a reconnu que les preuves n’étaient pas suffisantes pour le garder en prison. Pourtant en 2003, Ranjha Masih avait été condamné à la prison à vie par un tribunal local pour avoir cassé une enseigne sur laquelle étaient inscrits des versets du Coran (*).

Agé maintenant de 58 ans, malade, la barbe et les cheveux blanchis, Ranjah Masih est enfin libre, mais sera transféré dans un endroit tenu secret. En effet, si la justice pakistanaise n'a encore exécuté aucun condamné pour blasphème, d’autres s’en chargent lorsque les prisonniers sont libérés. On estime à 23 le nombre de personnes (chrétiennes ou non) impliquées dans une affaire de blasphème et qui ont été assassinées depuis 1986.

(*La loi pakistanaise sur le blasphème est en vigueur depuis 1986. Elle prévoit l’emprisonnement à vie pour toute personne qui diffame le Coran et la mort pour celui ou celle qui insulte Mahomet.)

Rappel des faits (d'après Christian Solidarity International) Le 8 mai 1998, Ranjha Masih assiste à l’ensevelissement de John Joseph, l’évêque catholique de Faisalabad, qui s’est suicidé, par désespoir, pour protester contre l’emprisonnement arbitraire, depuis des années, du chrétien Ayub Masih. Une bagarre éclate dans le cortège funèbre et Ranjha Masih est arrêté. Des musulmans l’accusent d’avoir profané le Coran en jetant des pierres contre une affiche contenant des versets coraniques. Le 26 avril 2003, il est condamné à la prison à vie et à une amende équivalant à 1000 francs, pour «profanation du Coran», conformément à l’article 295 B de la «Loi sur le blasphème». Des amis du condamné pensent que la sévérité de la peine s’explique plutôt par le fait que Masih s’est mobilisé pendant des années en faveur de l’abrogation de cette même «Loi sur le blasphème». Il sera maltraité en prison, humilité, son avocat menacé de mort...

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