
Extraits du livre "Quand la justice nous casse" par Philippe Auzenet
RESPONSABLES SPIRITUELS QUI CHUTENT : pourquoi ?
Ce qui suit n’est pas un plaidoyer destiné à minimiser les fautes des responsables spirituels… qui représentent bien souvent de périlleux contre-témoignages, et causent des dégâts certains dans la vie de ceux qui en sont les victimes. Mais il est nécessaire ici, pour une meilleure compréhension, et afin d’éviter de tomber dans un rejet simpliste et borné, d’examiner les racines des comportements de ces responsables.
On peut se le demander avec raison : mais pourquoi certains responsables spirituels tombent-ils dans des pièges graves, des fautes si inacceptables, et parfois si inexcusables ? Oui, pourquoi cela, tandis qu’ils sont destinés à être les « modèles du troupeau » ?
1.1 DIEU A CHOISI LES CHOSES FAIBLES DU MONDE
Une première réponse est qu’ils sont des hommes comme nous. Ils ont été choisis par Dieu pour une responsabilité spirituelle, absolument par pure grâce... et souvent après un parcours de vie pas toujours reluisant. L’apôtre Paul le confirme dans ses écrits :
« Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. »
Comme toutes les autres catégories de personnes qui se mettent au service des autres, et qui doivent être toujours disponibles en restant « sur le pont », les responsables spirituels - qui ne sont pas assez nombreux pour répondre aux besoins immenses de leurs contemporains -, sont exposés continuellement au stress, au surmenage, à une forte surcharge de travail, et à de nombreuses tentations dans leurs responsabilités. L’une des conséquences, qui représente un véritable piège pour eux s’ils ne sont pas assez armés intérieurement, c’est de chercher à compenser par le plaisir facile. A la longue, et malgré leur résistance, ils peuvent fauter brutalement et sans qu’ils s’y attendent toujours, par accident, par découragement, par révolte ou par choix personnel, dans un domaine où ils conservent une fragilité. Et puis, il faut bien le dire, il y a « une usure » avec les années, dans un travail souvent peu gratifiant, où l’on demeure très seul affectivement.
Un article du journal IDEA, traduit de l’anglais, analyse les facteurs qui nourrissent la crise d’un responsable spirituel, crise qui conduira à une situation d’échec, soit d’ordre moral, physique ou mental : « surcharge de travail - solitude et isolement - sens exagéré de la confiance en soi - attentes irréalistes - stress. La crainte d’être rejetés rend les pasteurs réticents à se confier, même à leurs amis très proches ». Cet article propose aussi plusieurs suggestions et solutions : « Le pasteur doit cesser de rester solitaire, et devenir celui qui peut et doit se confier à des amis et collègues de confiance ; le pasteur doit pouvoir se montrer sincère et vulnérable dans ses liens d’amitié. »
Certaines personnes sont convaincues que les responsables spirituels, suite à leurs erreurs et à leurs fautes, se mettent définitivement hors circuit du ministère, et se disqualifient. En quelque sorte, ils les frappent d’incapacité à exercer quelque responsabilité par la suite. Nous ne pensons pas ainsi. Ce comportement serait la négation de l’Evangile annoncé par Jésus-Christ, et qui par essence même, s’adresse à tous ceux qui sont en difficulté avec eux-mêmes. L’Evangile est toujours une « bonne nouvelle » !
1.2 PREMIER RESPONSABLE SPIRITUEL DE LA TERRE
Le premier responsable spirituel de la terre, le premier serviteur de Dieu, nous le connaissons, car nous en sommes les fils et les filles : il s’agit d’Adam. Il vivait équilibré, en paix et heureux, dans le jardin d’Eden, en compagnie d’Eve, son épouse, et avait deux missions : garder et cultiver le jardin de Dieu. Il y avait une interdiction, celle de goûter du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et ils l’ont transgressée ; Adam et Eve ont chuté, et en désobéissant, ont provoqué une séparation terrible entre Dieu et eux-mêmes, puis avec le restant de l’humanité.
Cette chute entraîna de nombreuses conséquences très graves. Cela voulait-il dire pour autant que Dieu avait rejeté Adam et Eve ? Pas du tout : nous voyons au contraire Dieu accomplir tous ses efforts pour les entourer et les attirer à nouveau à Lui :
Il leur interdit l’accès au jardin d’Eden, les empêchant par là même de manger du fruit de l’arbre de la vie éternelle - ce qui les aurait rendus pécheurs éternellement... quelle prévoyance, quelle protection de la part de Dieu !
Il leur confectionne des vêtements de peau, et les en revêt, car Il voit qu’ils sont nus... quelle bienveillance.
Tout au long de l’Ancien Testament, nous lisons que Dieu multiplie les signes de Sa présence aimante auprès des hommes, en leur envoyant les prophètes, les juges, ainsi que de nombreux leaders. Nous découvrons avec joie que Dieu appelle de nombreux hommes et femmes pécheurs à Le servir dans un ministère hautement spirituel..., et qu’Il continue à les appeler malgré leurs découragements et leurs chutes.
Par la suite, au travers des siècles, Dieu multiplie les signes d’amour et de miséricorde à l’égard de l’être humain, en allant jusqu’à sacrifier Son Fils unique Jésus, comme prix du rachat définitif de l’homme endurci et vraiment irrécupérable... IL PREND SUR LUI LE CHATIMENT DES PERSONNES QUI CHUTENT, Y COMPRIS CELUI DES RESPONSABLES SPIRITUELS QUI TRAHISSENT LEUR MISSION MAIS SE REPENTENT... Puissions-nous méditer l’importance de ce sacrifice qui représente le plus haut témoignage d’amour de Dieu envers l’homme et l’inverse d’un rejet !
L’Amour de Dieu, c’est Dieu qui se sacrifie à la place de l’homme, et prend sur Lui ses égarements. Ce même amour, vécu au travers des pensées des hommes... et de certains responsables spirituels, est malheureusement souvent faussement retransmis par le comportement opposé, c’est-à -dire l’indifférence, la lâcheté, l’esprit de critique et d’amertume, et parfois - ce qui est plus grave - le rejet, la soif de vengeance et la haine...
C’est exactement le comportement inverse de celui qui a suscité la rédemption opérée par notre Seigneur Jésus-Christ : la miséricorde !
1.3 TROIS PERSONNAGES BIBLIQUES
La Bible raconte l’histoire de trois personnages qui ont chuté d’une manière extrême, mais il y en a tant d’autres....
Il y a l’exemple de Moïse, qui avait tué un homme : il est tout de même devenu le grand libérateur d’Israël… Au moment où Dieu l’appelle, quarante années après le meurtre, il a toujours honte, vit dans la culpabilité, et invoque toutes sortes d’excuses pour ne pas obéir : Dieu ne lui cédera pas, et décidera de l’envoyer coûte que coûte en mission...
Il y a aussi le Roi David, qui commet adultère avec l’épouse d’un de ses soldats, Urie, puis le fait tuer pour mieux ravir cette épouse, et en faire sa propre femme. Quoi de plus lâche et criminel, comme comportement ? Et pourtant, c’est cet homme que Dieu va rétablir dans le temps et continuer à encourager, après sa repentance profonde, et de nombreuses conséquences difficiles à supporter, dont la perte de son premier-né. De leur union naquit Salomon, qui fut remis entre les mains du prophète Nathan, celui même qui avait dévoilé le péché de David son père. Salomon fut « aimé de l’Eternel ».
Examinons aussi la vie de Saul de Tarse… en tant que croyant il persécute gravement les chrétiens, et pense rendre un culte à Dieu en les mettant à mort : il a été choisi par Dieu pour devenir « le grand Apôtre Paul »... Je lui laisse la parole :
« Pour moi, j'avais cru devoir agir vigoureusement contre le nom de Jésus de Nazareth. C'est ce que j'ai fait à Jérusalem. J'ai jeté en prison plusieurs des saints, ayant reçu ce pouvoir des principaux sacrificateurs, et, quand on les mettait à mort, je joignais mon suffrage à celui des autres. Je les ai souvent châtiés dans toutes les synagogues, et je les forçais à blasphémer. Dans mes excès de fureur contre eux, je les persécutais même jusque dans les villes étrangères. C'est dans ce but que je me rendis à Damas, avec l'autorisation et la permission des principaux sacrificateurs. »
« Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, à Jésus-Christ notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé fidèle, en m'établissant dans le ministère, moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent. Mais j'ai obtenu miséricorde, parce que j'agissais par ignorance, dans l'incrédulité; et la grâce de notre Seigneur a surabondé, avec la foi et la charité qui est en Jésus-Christ. C'est une parole certaine et entièrement digne d'être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Mais j'ai obtenu miséricorde, afin que Jésus-Christ fît voir en moi le premier toute sa longanimité, pour que je servisse d'exemple à ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. »
Que ceux qui trouvent injuste le rétablissement de David dans son ministère arrachent le Livre des Psaumes de leur Bible, car 73 psaumes - dont certains sont postérieurs à son péché d’adultère et de meurtre - ont été écrits par lui !
Le prophète Nathan - qui avait dévoilé le péché du roi David -, donne une belle leçon d’humilité et de tolérance en continuant à fréquenter David après son crime et son adultère, et en bénissant son enfant Salomon... Combien de milieux chrétiens actuels auraient interdit la poursuite de la fréquentation entre David et Bath-Schéba, refusé de bénir leur enfant, et auraient même exigé leur séparation définitive, en proférant des malédictions sur eux ! Combien auraient aussi refusé et persécuté le ministère de Salomon, car ce dernier provenait d’une union illicite inaugurée par un meurtre !
Quelle est notre attitude de cœur lorsqu’un responsable spirituel fait une chute ? Serons-nous prompts à lui jeter la première pierre, ou prierons-nous pour lui avec amour et compassion, en lui rendant visite, pour l’aider à « refaire surface » ? Allons-nous le calomnier ou l’encourager ? L’achever ou le reconstruire ?
Quel élément nous permet de penser qu’il faut être cruel et intolérant avec un responsable spirituel qui vient de faire une chute ? S’il est tombé sur le front, c’est sa responsabilité, mais n’est-ce pas parce qu’il était plus exposé que nous ? Le Christ n’est-il pas mort pour expier ses fautes ?
1.4 L’AMOUR COUVRE TOUTES LES FAUTES
La Bible affirme clairement la suprématie de l’amour, et désavoue tout comportement qui n’en serait pas issu. J’aime relire les versets suivants :
« La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les fautes. »
« Celui qui couvre une faute cherche l’amour, et celui qui la rappelle dans ses discours divise les amis. »
« Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car la charité couvre une multitude de péchés. »
« Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène pas à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère, il la donnera à ceux qui commettent un péché qui ne mènent pas à la mort. »
« Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté. »
« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. »
« Alors Pierre, s'avançant, lui dit: "Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu'à sept fois?" Jésus lui dit: "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix-sept fois. »
« L’ami aime en tout temps, et dans le malheur il se montre un frère. »
« Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant. »
« Ne témoigne pas à la légère contre ton prochain. Voudrais-tu tromper par tes dires ? Ne dis pas : Je lui ferai comme il m’a fait, je rendrai à chacun selon ses œuvres. »
J’aime aussi relire ces deux proverbes arabes qui affirment :
« Votre ami avale vos fautes, votre ennemi vous les ressert. »
« Quand tu lances la flèche de la vérité, trempe la pointe dans du miel. » mais aussi ce proverbe suisse-allemand qui dit : « Casser va plus vite que raccommoder ».
1.5 DEUX ECOLES DE PENSEE
Dans les milieux chrétiens, ce qui inclut le milieu de leurs responsables, il y a deux écoles de pensée différentes :
l’école de ceux qui achèvent leurs blessés et « tirent sur les ambulances ». Hélas cela arrive beaucoup plus souvent qu’on ne croit... Ces comportements sont souvent liés à la crainte, la peur du « qu’en dira t-on », et à l’incompréhension de la profondeur de la miséricorde divine. On rencontre d’ailleurs beaucoup cet état d’esprit en prison, entre les détenus.
l’école de ceux qui soignent leurs blessés avec compassion et les réhabilitent.
La parabole du bon samaritain nous éclaire à ce sujet : le prêtre et le Lévite, voyant l’homme blessé, passent outre, mais le Samaritain, animé de la compassion du cœur malgré son propre rejet de la part des juifs, soigne immédiatement le blessé et paie à l’hôtelier sa pension pour les jours proches. C’est aussi la vision de ceux qui ont à cœur le relèvement et la réhabilitation de la personne et du ministère des responsables spirituels.
Durant les quatre années de mon épreuve, j’ai rencontré beaucoup de responsables spirituels, adeptes de ces deux écoles.
J’ai été tellement aidé et reconstruit par ceux qui manifestent une miséricorde active et pratique dans leur vie de tous les jours… mais pas par des discours ! Ce sont des personnes qui discernent avec équité et aiment vraiment d’un amour inconditionnel, ils le prouvent par leurs actes.
J’ai été vraiment peu édifié par ceux qui cultivent en eux un esprit de légalisme et de pharisianisme. Leur propre justice semble les aveugler… Ils ne sont malheureusement pas des instruments de l’Amour profond et inconditionnel de Dieu. Munis d’un peigne fin et d’une loupe, ils sont constamment à la recherche de vos fautes passées, en vous soupçonnant d’être encore sous une quelconque malédiction et ne pas vous être réellement repentis… Leur intolérance leur fait prononcer des paroles contraires à la vérité, qui représentent un véritable viol psychologique et spirituel des êtres humains à qui ils s’adressent.
« La lettre tue, mais l’esprit vivifie ».
Dieu pardonne, oublie nos fautes, encourage par des paroles ; Il inclut dans sa discipline le relèvement et la reconstruction. Satan ne pardonne pas, accuse et garde rancune, comptabilise nos fautes et les rappelle, décourage par la médisance et calomnie, abaisse et détruit.
Dieu relève toujours un blessé, Satan l’achève. Sachons discerner ceux et celles qui sont sous l’influence de ce dernier, tout en les aimant !
Dieu ne garde pas le souvenir de nos iniquités, Satan les garde éternellement en mémoire sur son « disque dur.... », et les hommes qui n’ont pas pardonné également.
Pour terminer, j’aimerais souligner ceci : tous les croyants qui fouillent dans le passé des autres pour en ressortir des fautes confessées et pardonnées ne sont en aucun cas investis d’une mission divine... ils se prennent pour des petits juges, violant ainsi, sous des vêtements religieux, cette parole de Jésus : « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés ».
J’aime relire ces paroles de Colin Urquhart :
« Certains chrétiens ont tendance à juger et critiquer en regardant de haut les fautes des autres croyants. Ils disent par leur attitude ; « C’est terrible ! Jamais je ne ferais une chose pareille ! » Nous estimons parfois que nous avons le droit de juger autrui si nous ne sommes pas coupables du même type de péché. « Je ne ferais jamais une chose pareille ! »
1.6 LE RELEVEMENT EST POSSIBLE
La Bible affirme clairement que le relèvement d’un homme de Dieu, d’une femme de Dieu, est dans la volonté divine. De nombreuses références Bibliques en sont la preuve :
« Dis-leur : Ainsi parle l’Eternel : Est-ce que l’on tombe sans se relever ? »
« Sept fois le juste tombe, et il se relève. »
« Le malheur atteint souvent le juste, mais l’Eternel l’en délivre toujours. »
« L’Eternel délivre l’âme de ses serviteurs, et ceux qui l’ont pour refuge échappent au châtiment. »
« Si l’homme tombe, il n’est pas terrassé, car l’Eternel lui prend la main. »
« L’Eternel soutient tous ceux qui tombent, et il redresse tous ceux qui sont courbés. »
« Si je suis tombée, je me relèverai. Si je suis assise dans les ténèbres, l’Eternel sera ma lumière. »
« Le méchant ne tombera pas par sa méchanceté le jour où il s’en détournera »
« Ne te réjouis pas à mon sujet, mon ennemie, car si je suis tombée, je me relèverai ! Si je suis assise dans les ténèbres, l’Eternel sera ma lumière. Je supporterai la colère de l’Eternel, puisque j’ai péché contre lui, jusqu'à ce qu’il défende ma cause et me fasse droit ; Il me conduira à la lumière, et je contemplerai sa justice.»
Ces versets de la Bible expriment très clairement que le relèvement de « l’homme de Dieu » est possible, et ardemment souhaité par Dieu.
Le deuxième verset que j’ai nommé nous parle du juste - donc de celui qui est couvert de la justice de Dieu, c’est à dire quelqu’un de spirituel -, il tombe sept fois ! Mais il se relève à chaque fois ! Le troisième verset nous affirme que le malheur l’atteint souvent... Les autres versets nous parlent de son relèvement.
1.7 LA MISERICORDE TRIOMPHE DU JUGEMENT
Dans la pratique, les responsables spirituels de certains mouvements d’églises qui chutent dans une faute grave sont parfois mis à l’index brutalement. On ne leur pardonne pas leur chute, car ils étaient choisis pour demeurer les « modèles du troupeau ». Ils deviennent interdits de fréquentation et de collaboration, on crée le vide autour d’eux, on fait circuler des dossiers à leur sujet, pour prévenir les collègues, on utilise aussi le téléphone, et l’on avertit quelquefois publiquement contre eux, du haut de la chaire, ou en plein milieu d’une pastorale….
Mais s’il y a des personnes qui ont bien droit à leur rétablissement personnel, après avoir participé au relèvement de tant de leurs semblables, ce sont bien les responsables spirituels ! La miséricorde doit triompher du jugement !
L’Ancien Testament prévoyait déjà le relèvement des animaux : à combien plus forte raison, dans l’époque néo-testamentaire, l’homme - quel qu’il soit - devrait-il être aidé à se relever ! « Si tu vois l’âne de ton frère, ou son bœuf tombé dans le chemin, tu ne t’en détourneras point, tu l’aideras à se relever. »
Certains comportements démontrent une incompréhension du ministère de la grâce et de la miséricorde de Jésus-Christ... inauguré prophétiquement dans le Livre du prophète Esaïe (61 : 1 à 9) :
« L'Esprit du Seigneur, l'Eternel, est sur moi, car l'Eternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté, et aux prisonniers la délivrance ; pour publier une année de grâce de l'Eternel, et un jour de vengeance de notre Dieu; pour consoler tous les affligés ; pour accorder aux affligés de Sion, pour leur donner un diadème au lieu de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, un vêtement de louange au lieu d'un esprit abattu, afin qu'on les appelle des térébinthes de la justice, une plantation de l'Eternel, pour servir à sa gloire. Ils rebâtiront sur d'anciennes ruines, ils relèveront d'antiques décombres, ils renouvelleront des villes ravagées, dévastées depuis longtemps. Des étrangers seront là et feront paître vos troupeaux, des fils de l'étranger seront vos laboureurs et vos vignerons. Mais vous, on vous appellera sacrificateurs de l'Eternel, on vous nommera serviteurs de notre Dieu ; vous mangerez les richesses des nations, et vous vous glorifierez de leur gloire. Au lieu de votre opprobre, vous aurez une portion double ; au lieu de l'ignominie, ils seront joyeux de leur part ; ils posséderont ainsi le double dans leur pays et leur joie sera éternelle. Car moi, l'Eternel, j'aime la justice, je hais la rapine avec l'iniquité ; je leur donnerai fidèlement leur récompense, et je traiterai avec eux une alliance éternelle. Leur race sera connue parmi les nations, et leur postérité parmi les peuples ; tous ceux qui les verront reconnaîtront qu'ils sont une race bénie de l'Eternel. »
Relisons aussi les versets suivants de la Bible :
« Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. »
« Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! »
1.8 IL FAUT UN ACCOMPAGNEMENT
Bien évidemment, il faut adapter ce rétablissement, et la reprise du ministère de celui qui a fauté, avec beaucoup de prudence, de sagesse, de patience et d’équité, par paliers aménagés dans le temps, en tenant compte des dégâts occasionnés par sa faute, et de la faculté de l’entourage à lui pardonner. Il faut aussi, autant que cela soit possible, mettre tout en œuvre pour que les victimes puissent se rétablir, guérir de leurs blessures, et pardonner. Dans certains cas, un changement de région, pour exercer à nouveau le ministère, est souhaitable.
Pour celui qui a chuté, après une période de repentance profonde et quelquefois de discipline, il existe toujours une solution de relèvement, qui ne constituera pas une occasion de trouble ni de scandale pour son entourage, ni un contre témoignage pour l’Eglise Corps de Christ, car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel.
Voici encore un court extrait d’un livre de Colin Urquhart :
« Imaginez qu’un membre de votre église s’en aille vivre avec une prostituée pendant quatre ans. Et un dimanche, il reparaît au culte. Il verse de vraies larmes de repentance et manifestement « rentre à la maison ». Votre pasteur dirait-il : « Je vous en prie, annulez tous les projets que vous avez faits pour le reste de la journée. Nous allons faire la fête ensemble puisque notre frère est revenu au Seigneur ! » Et si le pasteur ordonnait ce festin, y assisteriez-vous ?
Nous sommes beaucoup trop prompts à juger et trop méfiants ; nous craignons que ce repentir ne soit pas réel et qu’il retourne à ses péchés. C’est si merveilleux que Dieu n’ait pas ce genre de réaction à notre égard. Où serions-nous si Dieu adoptait la même attitude quand nous lui demandons pardon ? Au lieu de Sa miséricorde, nous trouverions le jugement. Au lieu d’être acceptés, nous serions soupçonnés ; au lieu d’être restaurés par amour, nous serions avertis qu’en cas de rechute, nous n’aurions plus aucun espoir d’être acceptés. »
On devrait toujours offrir à un responsable spirituel qui a fauté une occasion de relèvement, en l’aidant à passer au travers des étapes suivantes - et sans oublier que c’est Dieu Lui-même qui relève et rétablit - :
repentance personnelle sincère, et confession de ses fautes devant les victimes, puis réparation lorsque nécessaire
entretiens personnels suivis avec un autre ministère qualifié, et s’il le faut, avec un spécialiste. Le but est la délivrance, la guérison et la restauration intérieures : c’est le relèvement de la personne
période d’affermissement, qui aboutit à la stabilité
relèvement du ministère, grâce à l’aide, au discernement, et à la formation de plusieurs « anciens »
réintégration au sein d’une équipe de ministères
Ces différentes étapes - dont la durée et l’ordre sont conduits par Dieu - devraient pouvoir être vécues dans un rapport de confiance total avec un ou deux frères plus anciens qui auront une mission d’accompagnement.
Et souvenons nous de la parole très importante adressée par Dieu à David, au sujet de Salomon son fils :
« Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S’il fait le mal, je le châtierai avec la verge des hommes, et avec les coups des enfants des hommes ; mais ma grâce ne se retirera pas de lui. »
Appendice : JUSTICE DES HOMMES… JUSTICE DE DIEU
Il est intéressant d’étudier les différences fondamentales qui existent entre la justice des hommes et celle du Dieu de la Bible. L’une est horizontale et souvent injuste ; l’autre est verticale et parfaite.
La justice des hommes, c’est la décision des autorités judiciaires de punir un coupable -repenti ou non - en lui infligeant un châtiment à cause de ses fautes passées ou présentes. Le châtiment est proportionnel à la gravité des fautes commises, et inclut très souvent dans la pratique, une mise en incapacité partielle ou totale, et parfois définitive, de se réformer et de se réhabiliter. La justice des hommes, c’est aussi l’expiation de la faute, par la souffrance et la destruction lente du coupable, par son isolement, son rejet et son abandon, bien au delà de son incarcération. C’est le refus d’une vraie rédemption. C’est aussi le refus du pardon, et d’une réinsertion authentique, à cause du fichage au casier judiciaire, de la suspicion éternelle inscrite dans la mémoire de la société, et quelquefois dans certains pays, de la mise à mort par la chaise électrique ou l’injection mortelle. Jésus a subi les conséquences injustes de cette sorte de justice : après un procès rapide et un vote du peuple, il a été cloué sur la Croix de Golgotha. Le bandit Barrabas, coupable de nombreux crimes, sera relâché.
La justice de Dieu, elle est toute différente : c’est la justice dans toute sa perfection. Du point de vue de certains, elle semble injuste ! Mais elle produit souvent des saints. C’est la décision de Dieu de prendre sur Lui la punition, le châtiment du pécheur repentant... C’est la rédemption, le salut du coupable et l’expiation de ses fautes, par un châtiment unique : la mise à mort et la résurrection de Son Fils... C’est la miséricorde, la grâce et la confiance offertes au repenti, l’effacement et l’oubli définitif de ses fautes... C’est l’aide quotidienne qui lui est accordée, pour traverser les souffrances liées aux conséquences de son mauvais comportement passé. C’est le relèvement et la restauration du coupable pardonné, sa réhabilitation et son complet rétablissement au sein de la communauté.
Extrait du livre : "Quand la justice nous casse" © Éditions Fayard - Le Sarment













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