Interview de Schröder Gerhard Ancien Chancelier allemand, il vient de publier Ma vie et la politique (éd. Odile Jacob).

De vos sept années passées à la tête de l'Allemagne, ce dont vous êtes le plus fier semble être le retour de l'Allemagne sur la scène internationale?

L'engagement de l'Allemagne au Kosovo en 1999 a marqué notre retour sur la scène internationale. Ce fut une étape importante, autant sur le plan international que sur le plan interne. Aujourd'hui, je crois que cela a constitué une première étape vers une plus grande indépendance. Cela nous a ensuite permis d¹intervenir en Afghanistan en 2002, puis de dire "non" à la guerre en Irak, en 2003.

Pourquoi décrivez-vous le Président George W. Bush comme « pieux » au point de se penser « en accord avec l'instance divine » ?

C'est ce que j'ai pu observer lors de nos rencontres. Mais c'est surtout le poids de l'alliance des néoconservateurs et des fondamentalistes chrétiens sur la politique que je juge inquiétante. En faisant valoir que les décisions politiques sont d¹inspiration divine, on coupe court à tout dialogue. Mais la récente victoire démocrate va sans doute renverser la tendance. Les Etats-Unis vont s'intéresser davantage au multilatéralisme et porter plus d¹intérêt aux actions des Nations Unies.

Vous semblez très attaché au maintien de bonnes relations à la fois entre l¹Allemagne et la Russie et plus largement entre l¹Europe et la Russie.

L'Allemagne est numéro un sur le marché russe. Il est au moins aussi important pour nous que le marché chinois. Sur le plan mondial, un partenariat renforcé entre l'Europe et la Russie est absolument nécessaire. L'occasion se présente en 2007, car l¹accord de partenariat et de coopération entre l'Union européenne et la Russie arrive à terme. Le nouveau contrat devra aboutir à un accord durable. Le coeur du message doit être que la Russie est la bienvenue en Europe.

Considérez-vous vraiment Vladimir Poutine comme un démocrate?

Absolument

Que répondez -vous à ceux qui lient le Kremlin à l¹assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, le 7 octobre dernier ?

Cet assassinat est évidemment condamnable. Mais c'est une grave erreur de dire que le Kremlin pourrait être lié à l'assassinat d¹Anna Politkovskaïa.

Vous vous dîtes très admiratif du Président français, Jacques Chirac...

Mes relations avec Jacques Chirac se sont développées progressivement. Au début, elles étaient empreintes de distance. Nous nous sommes beaucoup rapprochés avec la crise irakienne en 2003. Aujourd'hui, nous n'avons pas seulement une proximité politique mais aussi personnelle. Il est très stimulant de parler avec lui.

En 2005, après une série de défaites régionales, vous décidez d'organiser des élections législatives anticipées que vous perdrez, un exercice de démocratie dont aurait pu s'inspirer Jacques Chirac, notamment après le Non au Référendum sur la Constitution européenne ?

Je ne connais pas assez bien la France pour me prononcer et les conseils a posteriori se révèlent souvent mauvais. Cela dit, rien n¹est jamais sans échec et je crois malgré tout que les deux mandats de Jacques Chirac resteront dans l¹histoire. En ce qui me concerne en tout cas, je ne regrette pas du tout d¹avoir provoqué des élections anticipées.