NDLR : Merci à Virine pour cet avis.

Vous avez sans doute entendu des louanges de ce film d'animation sur le thème du partage, de la tolérance etc. Malgré de belles images, j'ai eu un regard différent. C'est l'histoire de 2 frères de lait élevés par la même femme dans un château médiéval. Quand le fils du châtelain, Azur, est assez grand, le père congédie brutalement la nourrice et son fils Asmar qui retournent chez eux avec rancune. Devenu adulte, Azur décide de partir vers l'autre côté de la mer poursuivre son rêve d'enfance : libérer la fée des djins. Tombé de son bateau, il gagne la rive en vagabond. Ses yeux bleus lui attirent des ennuis car c'est un signe de malédiction. Alors, il feint d'être aveugle et se fait guider par un mendiant, Crapoux. Celui-ci est une caricature du pauvre type: menteur, égoïste, raciste, au point de mépriser le peuple dont l'aumône le fait subsister. Mais Azur retrouvera sa nourrice devenue veuve d'un riche. Il va réaliser sa quête. Les préparatifs lui permettent de rencontrer 2 charmants personnages: une princesse arabe éclairée et un vieux sage juif.



Asmar est encore plein d’amertume. Il a du mal à pardonner – à qui ? Azur ne lui a rien fait. Mais il représente les mauvais souvenirs. C’est Azur qui se montre réconciliant. Un signe : Asmar ne s’exprime qu’en arabe, jusqu’à près de la fin du film. Ils débutent quand même leur chemin ensemble sous la supplication de la mère/nourrice. Dès qu'ils se quittent, toutefois, Asmar se fait attaquer par des brigands. Azur retourne l'aider. Plus tard, quand Azur est en danger, c'est Asmar qui le sauve, jusqu'à ce qu'ils parviennent ensemble à trouver la fameuse fée. Chacun déclare l'autre gagnant. Enfin, Azur aura la main de la Fée. Quant à Asmar, il épousera la Fée des Elfes. Et l'histoire se termine dans la célébration multiculturelle.

Je déplore le traitement totalement inéquitable entre L'Occident présenté sous les traits froids du châtelain sans coeur d'une part et d'autre part, l'Orient rayonnant du sourire maternel de la nourrice. Il n'y a pas un bon blanc, à part Azur qui, bien sûr, parle arabe, croit aux djins (est-ce une parabole de la conversion à l'islam?) et se ferme les yeux pour ne pas se faire lyncher par la "rue arabe". Asmar, du temps où il est en France, ne montre jamais l'intérêt qu'il porte envers le pays d'accueil. On aurait pu imaginer un personnage sympathique, une figure paternelle qui lui aurait insufflé l'amour des elfes.



Certes, le réalisateur fait l'effort de démontrer que tout peut ne pas être parfait en Orient. Il y a de la superstition, des querelles. Mais aussi tant d'amour. Cet amour manque cruellement dans le traitement de la France. Comme j'aurais aimé voir Asmar se souvenir avec tendresse d'une scène de son enfance, de même qu'Azur est littéralement habité par la berceuse arabe.



Ce que je ressens comme message subliminal de ce film, c'est la proclamation de la dhimmitude. Nous assistons à
- une culpabilisation perpétuelle de l'Occident,
- la glorification de l'Orient,
- l'exemple donné par le héros qui consiste à embrasser la culture de l'autre quitte à nier son identité propre à lui et ses racines,
- l'inversion de rôle dans le personnage de Crapoux. Excusez-moi, quelle population touche le RMI institué par la République et crache sur elle ?



Voilà pourquoi je n'ai pas aimé ce film. J'ai posté une version raccourcie de cette critique sur Allociné.com. Un autre spectateur semble la partager. Mais on n'est pas nombreux.