"On te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, et l'on te donnera comme aux boeufs de l'herbe à manger; tu seras trempé de la rosée du ciel, et sept temps passeront sur toi, jusqu'à ce que tu saches que le Très Haut domine sur le règne des hommes et qu'Il le donne à qui il lui plaît." Le prophète Daniel traduisant le songe du roi perse Nabuchodonosor, la Bible, Daniel 4 (photo: arrestation de Saddam Hussein le 24/07/2004)
Par Masri Feki © Metula News Agency
Le Haut tribunal pénal irakien a siégé le dimanche 5 novembre à Bagdad, où était attendu le verdict du premier procès de Saddam Hussein, reconnu coupable de crimes contre l’humanité, essentiellement pour le massacre de 148 chiites dans le village de Doujaïl en 1982. Un massacre en représailles à un attentat contre son convoi. Le président irakien déchu et ses sept co-accusés ont été jugés pour assassinats, emprisonnement et privation de liberté de mouvement, exil forcé et torture.
Agé de 69 ans, l’ancien homme fort du régime a été condamné à mort par pendaison en dépit de son souhait de faire face à un peloton d’exécution plutôt qu’à la corde. Son demi-frère Barzan Ibrahim, chef des services de renseignements (moukhabarat) irakiens à l’époque du massacre de Doujaïl, et Awad Hamed al-Bandar, ancien chef du tribunal révolutionnaire irakien, ont eux aussi été condamnés à la peine capitale.
L’ancien vice-président irakien Taha Yassin Ramadan, un dur parmi les durs de l’ancien régime baasiste, a été condamné à la prison à perpétuité pour meurtre avec préméditation, tandis que Muhammad Azawi Ali, responsable du parti Baas dans la région de Doujaïl, a été acquitté par manque de preuves. Trois autres co-accusés ont été reconnus coupables de meurtres et de tortures et ont écopé chacun d’une peine de 15 ans d’emprisonnement : il s’agit d’Abdullah Kazim Ruwayyid, Mizhar Abdullah Ruwayyid et Ali Dayih Ali, tous trois anciens responsables locaux du défunt parti Baas.
A Sadr City, bastion des milices chiites, des milliers de personnes sont descendues dans les rues, n’hésitant pas à enfreindre le couvre-feu imposé par les autorités. Brandissant des drapeaux irakiens dans une ambiance de fête, la foule a salué le verdict et réclamé « que le tribunal livre Saddam au peuple pour qu’il l’exécute lui-même ».
Au Kurdistan irakien, les avis semblent plus partagés entre la nécessité d’exécuter Saddam dès que possible et celle d’attendre l’issue du deuxième procès, dans lequel l’ancien président est poursuivi pour « génocide » contre les populations kurdes dans le cadre des opérations militaires Anfal, qui ont fait quelques 182 000 morts en 1988 dans des déplacements massifs de populations kurdes du nord au sud de l’Irak, des exécutions sommaires et des tueries dans des villages kurdes.
Le plus spectaculaire des massacres dont ont été victimes les populations kurdes du nord de l’Irak (région du Kurdistan, devenue autonome,) est celui du village de Halabja, sur lequel l’aviation irakienne a largué divers agents chimiques, en 1988, tuant en quelques minutes près de 5’000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, et faisant 10’000 blessés, parmi lesquels un grand nombre d’handicapés à vie. « Cela (l’exécution de Saddam) servira de leçon à tous les régimes de la région qui croient pouvoir exterminer impunément leurs citoyens », a affirmé Qader Nader, responsable du mémorial de Halabja, qui porte le nom du village kurde réduit en cendres.
Le président irakien Jalal Talabani (kurde), en visite à Paris, a estimé que le procès de Saddam Hussein avait été juste mais a refusé de commenter la sentence de mort, craignant d’accentuer les tensions en Irak. Le gouvernement, dominé par la majorité chiite, s’est quant à lui ouvertement félicité de ce jugement. « Saddam méritait au moins cela, parce que le crime était grand. Aucune autre peine n'était possible », a déclaré le porte-parole du gouvernement irakien Ali al Dabbagh à Reuters.
Le Premier ministre Nouri al-Maliki a estimé que cette condamnation marquait la fin d’ « une période noire ». « Saddam reçoit le châtiment qu’il mérite, (…) le verdict d'aujourd'hui rend justice aux familles de Doujaïl et à toutes celles qui ont subi l'injustice du dictateur », a-t-il déclaré à la télévision officielle Iraqia, deux heures après l’annonce du verdict.
« La Cour a fait preuve de professionnalisme et de justesse. Saddam a subi la justice dont il a privé le peuple irakien pendant 35 ans », a renchéri le vice-Premier ministre Barham Saleh, tandis que l’ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, d’origine afghane, a salué une « étape importante » dans la construction d’une société libre et d’un Etat de droit.
A Amman, où siège le comité de défense de l’ancien dictateur irakien, le principal avocat de Saddam, Khalil al-Dulaimi, parle de « mascarade » sur la chaîne qatarie arabophone Al-Jazeera. Selon al-Dulaimi, Saddam lui aurait dit en parlant de lui-même : « Saddam Hussein ne sera jamais battu. » Fidèle à son obsession iranophobe, l’ancien maître de Bagdad aurait ajouté : « Ce sont les hommes de Perse qui seront battus ». Une autre membre du comité, l’avocate libanaise Bouchra al Khalil, a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « déni de justice » prononcé par « un tribunal illégal, établi par l'occupant américain qui ne pouvait pas tenir un procès équitable ». « Ce verdict est illégal et toute la procédure également », a-t-elle insisté.
Londres a été la première capitale occidentale à réagir au verdict. La ministre des Affaires Etrangères britannique, Margaret Beckett, s’est réjouie de voir l'ancien dictateur irakien et les responsables de son régime condamnés à « rendre compte de leurs crimes ». La position britannique fait cependant contraste avec celle du Quai d’Orsay. En effet, à Paris, le ministre français des Affaires Etrangères, Philippe Douste-Blazy, a fait savoir immédiatement que la France était défavorable à la peine capitale et a appelé les Irakiens « à faire preuve de retenue : La France a une position constante en faveur de l’abolition de la peine de mort », a-t-il déclaré. Le chef de la diplomatie française cherche à « faire connaître cette position aux autorités de Bagdad ».
Aucune réaction officielle n’a pu être obtenue auprès des capitales arabes voisines ; et ce n’est certainement par l’indifférence qui suscite le silence total des autocrates arabes. Seuls les mouvements d’opposition se sont exprimés. Au Caire, le guide spirituel des Frères musulmans, Mehdi Akef, a estimé que Saddam Hussein a été « un tyran qui a porté de graves atteintes à l’Irak et à son peuple et a engendré la situation désastreuse dans laquelle se trouve l’Irak actuellement », avant d’appeler « les autres dictateurs du monde arabe » à tirer des leçons du procès et de la condamnation de Saddam Hussein. A Damas, l’opposition démocratique s’est contentée d’appeler le régime de Bashar el-Assad à relancer le processus de réformes politiques que le gouvernement syrien prétend avoir entamé depuis 2001.
En Irak, un couvre-feu est instauré dans la capitale et dans deux provinces voisines, l’aéroport international de Bagdad est fermé jusqu’à nouvel ordre et l’armée est en état d’alerte maximale. Par crainte d’une nouvelle flambée de violence, le gouvernement irakien multiplie les mesures de sécurité.













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