C'est une tendance inquiétante pour les républicains: à l'approche des élections de mi-mandat du 7 novembre, le soutien des protestants évangéliques à leur camp est en net recul. Or, si les élus du parti de George W. Bush peuvent encore compter largement sur ces chrétiens conservateurs, ils peuvent aussi redouter que certains ne boudent les urnes.

La proportion des évangéliques ayant une bonne opinion du Parti républicain (Grand Old Party, GOP) a dégringolé de 74% en 2004 à 54% cette année, selon le Centre de recherche Pew. Les analystes soulignent cependant qu'il est trop tôt pour annoncer la mort de l'alliance avec les chrétiens conservateurs qui avait aidé les républicains à dominer les élections parlementaires et présidentielle de 2004.

Les chrétiens conservateurs sont beaucoup plus nombreux que les autres Américains à soutenir le président Bush et son parti. Ils ont déjà été déçus par leur formation de prédilection par le passé, mais sont toujours retournés vers le GOP.

Toutefois, une partie des électeurs évangéliques, déçus par l'action des plus conservateurs, pourraient décider de s'abstenir lors du scrutin du 7 novembre. Une perspective de mauvais augure pour des républicains qui, selon les sondages, pourraient perdre le contrôle du Congrès au profit des démocrates.

"Il y a beaucoup de mécontentement" parmi les électeurs évangéliques, souligne Marvin Olasky, un rédacteur de l'hebdomadaire chrétien "World". "Mais pour la plupart, il n'y a pas d'alternative (aux républicains)." La frustration des évangéliques, qui représentent plus d'un tiers des électeurs républicains, est manifeste. James Dobson, de l'organisation "Focus on the Family" (Gros plan sur la famille), a regretté en septembre que les élus du GOP n'aient pas avancé sur des questions chères aux chrétiens qui avaient voté pour eux. Malgré des victoires électorales républicaines ces dernières décennies, l'avortement reste légal, la cause des couples homosexuels a progressé et la prière est toujours exclue des écoles publiques, au grand dam des évangéliques.

En 1999, Cal Thomas et Ed Dobson, deux figures du milieu évangélique,ont étudié la question dans un livre et conclu que la politique était trop corrompue pour diffuser la moralité chrétienne aux Etats-Unis. Reste qu'entre 1999 et 2004, la proportion des Blancs évangéliques se considérant comme républicains est passée de 39% à 49%.

Comme beaucoup d'autres Américains, les évangéliques sont mécontents de la stratégie de M. Bush en Irak, de la corruption au Congrès et de l'affaire qui éclabousse l'ancien député républicain Mark Foley, accusé d'avoir envoyé des courriels à caractère sexuel à de jeunes gens employés au Congrès. Mais les griefs des chrétiens conservateurs vont plus loin. Dobson et d'autres reprochent ainsi au Congrès de n'avoir rien fait sur l'avortement.

Selon David Kuo, un ancien collaborateur de la Maison Blanche, qui se présente comme un chrétien "né à nouveau" ("Born again"), les républicains n'ont pas tenu leurs promesses de campagne aux évangéliques mais ont gardé leur soutien en présentant le président Bush comme le "pasteur en chef". "Une grande partie du soutien à sa présidence est uniquement fondée sur sa foi chrétienne", affirme-t-il. Et d'écrire dans un livre récemment publié que d'aucuns à la Maison Blanche trouvaient les chrétiens évangéliques "débiles" et "ridicules" -ce que Washington a démenti.

Jonathan Gregory, 38 ans, diacre à l'église baptiste Grace de Bethpage (Tennessee), déclare qu'il pourrait ne pas voter pour les républicains le 7 novembre, même s'il se décrit comme un républicain qui a voté pour le président Bush. "Je voterai conservateur systématiquement en fonction de la position des candidats sur l'avortement, le mariage homosexuel et leur soutien à l'armée", explique-t-il.

Les électeurs comme M. Gregory étaient auparavant considérés comme les partisans les plus fervents de M. Bush. Selon des sondages sortie des urnes, 78% des blancs évangéliques ont voté pour sa réélection en 2004.

Mais selon une enquête AP-Ipsos menée en septembre, 42% désapprouvent aujourd'hui son action à la Maison Blanche.