
J’aime vivre en Israël ! C’est toujours intéressant de pouvoir vivre dans un autre pays, surtout avec une autre langue, et une autre culture. Mais, ici, c’est un endroit tellement particulier, et pas seulement du point de vue religieux et historique.
Avec des personnes ayant fait leur aliyah de plus de 100 pays, ayant des tempéraments, des traditions, des musiques, des danses, des cuisines tellement diverses, et parlant tellement de langues différentes, la vie quotidienne est la fois enrichissante et surprenante.
Notamment, cela me semble toujours étrange que l’Hébreu –qui est, somme toute, une langue difficile pour nous- soit la seule langue que j’aie en commun, et mon seul moyen de communication, avec des personnes venues de Russie, de pays de l’Est, ou même avec des Allemands ou des Suisses allemands (pourtant nos voisins !) : même si, eux et moi, ne parlons pas encore très bien l’Hébreu, nous sommes obligés de nous débrouiller dans cette langue, pour communiquer ! Et je trouve toujours fascinant d’entendre des personnes de toutes origines et de tous continents, parler l’Hébreu ! Quant aux petits enfants, avec quelle rapidité ils parlent déjà cette langue que j’ai tant de mal à apprendre ! J’aime les regarder discuter, et les écouter parler !
Mais ce qui m’a frappée le plus, durant cette année et demi ici, c’est l’intensité de ce qui est toujours vécu, que ce soit dans la joie, ou dans la douleur et le deuil ; la solidarité de tous, dans l’un comme dans l’autre ; et aussi l’aptitude à passer, en un instant, de la douleur extrême, ou du deuil, à la fête et à la joie, tout aussi intenses que la souffrance des instants précédents.
En particulier, j’ai été extrêmement frappée par Yom Hazikaron et Yom Haatsmaout, d’abord en 2005, puis en 2006 :
En 2005, j’étais volontaire dans une base. Nous avons donc vécu toutes les commémorations de Yom Hazikaron avec les soldats, au plateau du Golan, et à Tibériade. Lors des cérémonies, c’était bouleversant d’entendre les jeunes soldats, garçons et filles, évoquer la mémoire de leurs frères, sœurs, parents, amis, tombés pour le pays ! Les sanglots dans la voix, ou essuyant leurs larmes ; et comment ne pas pleurer avec eux ? Dans les rues et partout, on sentait présents la douleur, le souvenir ; et la densité d’un grand respect qui m’a impressionnée. Puis, le lendemain-même, toute la ville communiait, cette fois dans l’allégresse et la joie ! Une fête était organisée sur la place, et tous dansaient ensemble.
En 2006, j’étais à la Maison de Retraite de Tel-Aviv. Pour Yom Hazikaron, une cérémonie a été organisée par la Maison de Retraite. Une flamme du souvenir a été allumée à l’extérieur, devant la porte d’entrée, et tous ont été invités à venir s’asseoir là . Je n’ai pas bien compris tout ce qu’ont dit la directrice, et les résidents ou membres du personnel qu’elle a appelés successivement à venir au micro. Mais j’ai compris que tous parlaient de leurs maris, pères, frères, enfants, qui avaient donné leur vie pour défendre Israël. Cela me bouleverse encore, rien que d’évoquer ces moments tellement denses d’émotion, et chargés de la douleur de toutes ces personnes avec lesquelles je vis sans cesse, au quotidien.
J’ai été bouleversée de voir tant de douleur cachée, dans la vie de tellement de personnes que je sers chaque jour, ou avec lesquelles je vis, travaille, mange tout le temps. J’étais impressionnée. Je me disais : la souffrance est-elle donc présente, ici, dans toutes les vies ? Et j’ai compris la solidarité de ce petit pays : c’est comme une grande famille, où tous ont souffert et peuvent communier à la souffrance des autres.
Et, après Yom Hazikaron tellement impressionnant, Yom Haatsmaout à Tel-Aviv fut vraiment une fête ! On m’a donné ce jour de congé, pour que je puisse aller voir ; et j’ai vu : des gens dansant dans les rues, et le long du bord de mer : quelqu’un joue d’un instrument, et des gens s’approchent et commencent à danser, puis d’autres passants s’arrêtent aussi, pour venir danser avec eux. J’ai été frappée que le visage de certains soit aussi rayonnant de joie ; d’autres me regardaient et lorsque nos yeux se croisaient, ils me souriaient et tout leur visage s’illuminait, comme s’il y avait eu entre nous une connivence, par cette même communion à la joie et à la fête de l’existence d’Israël.
J’ai aussi aimé la fête de Simhat Tora, que j’ai trouvée magnifique : les hommes dansant avec les Livres de la Torah ; et toute cette joie et cette reconnaissance que Dieu ait donné Sa Torah !
Même Yom Kippour, pourtant jour impressionnant entre tous, devient ici une fête ! Dans tout le pays, personne ne circule en voiture et, tout le long de la plage et dans les rues, c’est la fête…d’une foule d’enfants sur leurs vélos !
Vous l’avez compris, j’aime les fêtes en Israël. Et j’aime la solidarité de tous, dans tout ce qui est vécu.
Cette solidarité m’a beaucoup touchée, en particulier, lorsque l’on a annoncé à la télévision qu’un soldat, puis deux autres, avaient été enlevés. Dès cette annonce, la télévision a été allumée en permanence, dans la salle à manger de la Maison de Retraite et tous venaient sans arrêt écouter, pour savoir immédiatement, dès qu’il y aurait du nouveau les concernant.
De même, durant toute la guerre, j’étais toujours étonnée, lorsque l’on parlait des soldats qui étaient tombés : on précisait toujours leur nom, leur âge, d’où ils étaient originaires, mais aussi le prénom de leurs frères et sœurs, et leurs âges ; comme dans une grande famille. J’ai été touchée de voir des parents venir parler à la télévision ; et combien j’ai admiré leur dignité et leur courage !
J’ai toujours été frappée que l’on parle souvent, ici, de façon animée, au point que l’on semble parfois se disputer. Mais j’ai vu ensuite que, dès que surviennent les problèmes, ou les épreuves, tous se resserrent autour de celui qui souffre, et font corps avec lui. Que ce soit durant la guerre, pour héberger les familles fuyant momentanément le nord d’Israël, ou pour apporter une aide matérielle à ceux dans le besoin ; que ce soit pour entourer et soutenir une collègue qui vient de perdre ses deux parents, ou une autre dont la fille de 17 ans a été tuée dans un attentat, ou une autre qui est malade…..
C’est ce que j’ai pu voir aussi pour moi : quand on nous adopte, c’est ainsi : lorsque nous traversons une épreuve, même si l’on ne nous dit rien, tous se battent pour nous, et nous soutiennent. Et, finalement, si on ne nous le manifeste pas toujours, cela ne fait rien. Maintenant, je le sais : nous les aimons, ils nous aiment, et cela suffit.
Le temps file tellement vite ! Et, sans que je m’en sois rendu compte, cela fait déjà un an et demi que je suis en Israël, comme volontaire bénévole. Pour moi, quelle aventure !! C’est étrange comme le chemin s’est ouvert, puis élargi peu à peu devant moi ; pour combien de temps encore ?
Étonnamment, j’ai d’abord eu la conviction que je devais apprendre l’Hébreu. J’ai donc commandé un livre et des cassettes; et commencé à apprendre, toute seule… une langue bien difficile, car elle ne ressemble à rien de ce que je pouvais connaître ! Mais, forte de ma conviction, je me suis « accrochée ». J’ai commencé exactement le 1er janvier 2004
Puis, au mois de mars 2004, j’ai eu, cette fois, la conviction que je devais tout quitter (mon travail à l’hôpital et à la maison de retraite d’Ajaccio, mon appartement, les amis, et mon île) pour servir Israël. Je ne savais pas encore comment, ni dans quel cadre…
Je reconnais que ce fut pour moi bien difficile à accepter. Surtout, je me posais bien des questions : quoi faire de l’appartement que je louais ? Et des meubles que j’avais achetés seulement un an auparavant ? Et ma voiture ? Et comment abandonner (à 52 ans !) un travail que j’avais trouvé après tellement de recherches ! Et comment en retrouver un autre ensuite ?
Pendant trois semaines, il y eu ce combat en moi. Mais, en même temps, je savais que D.ieu avait mis ces conviction en moi, et que je partirais, dès qu’Il m’aurait montré où aller, et quoi faire. Il me fallait juste le temps d’abandonner mes peurs, de Lui faire confiance, et d’accepter.
Peu à peu, un contact s’établit, puis un autre. Il m’a été proposé de venir aider deux semaines dans une base de l’armée, en octobre 2004 ; puis deux autres semaines dans une autre base, début mai 2005.
En mai 2005, on m’a proposé de venir aider dans des Maisons de Retraite de personnes âgées, d’abord 6 mois près de Tel-Aviv, puis 8 mois à Tel-Aviv-même ; toujours dans le Service des personnes dépendantes : on les aide à manger, ou à boire ; on les emmène en fauteuil roulant, se promener, ou chez le médecin, chez le dentiste ou même… chez le coiffeur (eh oui, c’est très important !)…. On m’envoie aussi, presque chaque matin, acheter les médicaments dans les différents Centres d’Assurance Maladie des résidents. Ou bien il faut partir en ambulance (parfois la nuit) avec un malade, aux urgences de l’hôpital, et rester à côté de lui 5 heures, ou 8, ou davantage, durant tous les examens qui lui sont faits. Bref, c’est beaucoup de travail, très prenant, parfois épuisant ; mais ô combien attachant ! Et j’aime être ainsi complètement immergée et intégrée au cœur d’Israël, et de la vie des Israéliens.
Après un mois de congé, pour rendre visite aux amis, en Belgique et en France, je suis revenue à Tel-Aviv, le 4 septembre, pour trois mois dans la même Maison de Retraite. Ensuite, on verra. On m’a déjà proposé d’aider à Guivataïm, près de Tel-Aviv…. Dieu voulant…
J’ai une grande joie à être ici ! J’ai déjà parlé l’année dernière, à diverses reprises, des relations qui s’établissent avec les personnes âgées. Des relations se tissent aussi avec le personnel que j’aide ; ou dans le cadre de l’oulpan (cours d’Hébreu) où je vais deux soirs par semaine. Des amitiés se créent ; on m’invite pour le Shabbat, pour les fêtes ; ou même, tout simplement.. à aller à la plage toute proche, ou à faire une promenade le long du bord de mer
Ma vie ici est tellement dense ! Elle file à toute allure, et il m’est difficile de réaliser que je suis ici depuis déjà un an et demi !
Et, en même temps, il me semble que je suis ici depuis très très longtemps ! Après un premier abord qui peut nous paraître difficile (à cause de la langue, à cause de la différence avec notre culture, et aussi parce que chacun a sa vie personnelle ; avec ses souffrances et ses problèmes, comme partout…ou parfois plus…..), le pays vous adopte. Il s’attache à vous ; comme une seconde peau, comme une part intégrante de vous-même. Et il me semble maintenant que j’ai toujours vécu ici ; que j’ai toujours connu cette ville, qui m’est devenue familière, et toutes ces personnes, que j’aime, avec leur façon de penser, leurs traditions et, notamment…leurs fêtes, que j’aime tout particulièrement !
A Beth Shalom, la Maison de Retraite où je travaille et où je vis, à Tel-Aviv, le Shabbat et les fêtes sont scrupuleusement respectés, ainsi que toutes les traditions. Il est intéressant pour moi de voir tout au long de cette année, de mieux connaître et de comprendre, peu à peu.
J’aime apprendre leur langue, et pouvoir entendre leurs préoccupations, leurs souffrances, leurs joies, leurs espérances. Vivre avec eux les temps difficiles et ressentir avec eux, souvent, l’injustice des médias internationaux. Entendre ce qui se passe, de l’intérieur. Ensuite, durant mon temps de congé, à Bruxelles, à Paris, en Corse, j’ai pu être invitée par des groupes, ou des assemblées chrétiennes évangéliques, et même par des radios chrétiennes, pour expliquer ce qui se passe ici, et ce que l’on ressent, au-delà de ce que l’on peut entendre ou lire dans les médias de nos pays. C’est autant de façons de servir, toutes aussi importantes les unes que les autres. Rien n’est négligeable, que cela participe à la consolation et à l’encouragement ici, ou à l’information là -bas.
Vivre avec la population au quotidien. Aimer Israël au quotidien. Et, en retour, recevoir la récompense de m’entendre dire, en Hébreu : « maintenant, tu n’es plus une « mitnadevete » (une bénévole). Maintenant, tu fais partie de l’équipe ; et ici, c’est ta maison ! Tout le monde t’aime, et tout le monde veut que tu restes toujours ici ! »
L’amour d’Israël et des Israéliens, quelle belle récompense à notre amour et au don de nous-mêmes !













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