"Nous sommes parvenus à un accord pour qu'il prenne un peu de repos (...) et de temps pour voyager, (...) cela ne ferait que jeter de l'huile sur le feu s'il continuait à prêcher", a déclaré Tom Zreika, le président de l'Association des Libanais d'Australie. La décision a été prise au cours d'une réunion d'urgence des responsables musulmans d'Australie à Sydney, vendredi 27 octobre, après que plusieurs voix officielles se sont élevées jeudi pour exiger l'expulsion du mufti.

Aux journalistes qui lui posaient la question, cheikh Taj Aldin Al-Hilali, le plus haut dignitaire musulman du pays, a déclaré qu'il ne démissionnerait qu'une fois "que l'on aura rasé la Maison Blanche de la surface du globe", sous les applaudissements de ses partisans.

"Si vous placez de la viande dans la rue, dans le jardin ou dans un parc sans la couvrir et que les chats viennent la manger... qui doit-on blâmer, les chats ou la viande à l'air ?", avait lancé le mufti, lors d'un prêche prononcé il y a quelques semaines devant cinq cents fidèles. "Si la femme était restée dans sa chambre, chez elle, portant son voile, aucun problème ne serait arrivé", avait ajouté le dignitaire, cité par le quotidien The Australian.

Ses propos avaient aussitôt déclenché une levée de boucliers. "Ce sont des commentaires atterrants et répréhensibles", s'était indigné John Howard, le premier ministre australien.

La responsable de la Commission gouvernementale de lutte contre la discrimination, Pru Goward, avait estimé pour sa part que ces déclarations constituaient "une incitation au crime" : "De jeunes musulmans qui commettraient des viols pourraient se prévaloir de ces remarques, citer cet homme, leur chef spirituel, devant un tribunal." "Je pense qu'il est temps qu'on lui demande de partir", avait-t-elle ajouté. Elle n'avait pas précisé si le mufti, d'origine égyptienne et arrivé dans le pays en 1982, possédait la nationalité australienne.

"MON INTENTION ÉTAIT DE PROTÉGER L'HONNEUR DES FEMMES"

Sous la pression, le chef religieux avait fait son mea culpa. "Je présente mes excuses sans réserves à toutes les femmes que mes commentaires ont pu offenser. Mon intention était de protéger l'honneur des femmes, or cette partie de mes déclarations a été occultée par The Australian", a-t-il affirmé.

Les organisations islamiques se sont, quant à elles, rapidement démarquées du mufti, dont elles ont condamné les propos sans ambages. Le conseil islamique de Nouvelle-Galles-du-Sud, dont Sydney est la capitale, a ainsi qualifié ses remarques de "non islamiques, non australiennes et inacceptables". Le porte-parole du conseil islamique de l'Etat de Victoria a dit craindre que cette sortie engendre des représailles contre la communauté musulmane d'Australie, forte de 300 000 personnes.

Cheikh Taj Aldin Al-Hilali est coutumier des sorties fracassantes. En juillet 2005, il avait déclaré à l'Australian que les religieux radicaux constituaient "une maladie semblable au sida que l'on ne peut pas soigner avec de l'aspirine". Un mois plus tôt, le mufti soutenait qu'il était parvenu à négocier la libération d'un otage australien, Douglas Wood, kidnappé en Irak en avril 2005.