
Vous croyez, vous, que le général Alain Pellégrini a déclaré de sa propre initiative, le 19 octobre, « Si les moyens diplomatiques ne sont pas suffisants pour faire cesser les incursions aériennes israéliennes, d'autres moyens pourraient peut-être être utilisés », donc que la Finul pourrait tirer sur les vols de reconnaissance israéliens au Liban ? (1) Pas moi. Le général est censément sous les ordres du secrétaire général de l’ONU. Pourquoi le porte parole de l’ONU a-t-il été contraint de le désavouer officiellement deux jours plus tard ? Pourquoi, tout en faisant semblant d’ignorer cette déclaration Jacques Chirac a-t-il affirmé le lendemain, en Finlande, que « les survols, par l'aviation israélienne, du Liban, sont contraires à l'esprit et à la lettre de la 1701, et qu'il faut, d'une façon ou d'une autre, que cette résolution soit appliquée ». Lisons bien : il sera mis fin aux vols « d’une façon ou d’une autre », donc éventuellement par des moyens militaires. Et pourquoi encore le lendemain Michèle Alliot-Marie a-t-elle enfoncé le clou ? « Ces violations de l'espace aérien » a-t-elle dit « peuvent être vécues et ressenties comme hostiles de la part de forces de la coalition qui pourraient être amenées à répliquer dans le cadre de la légitime défense.. »
Nul doute. C’est Jacques Chirac en personne qui a orchestré une nouvelle accusation d’Israël sur la scène internationale, faisant jouer la grosse caisse à Pellegrini et le premier violon à Michèle Alliot-Marie.
Mille fois plus grave, ce faisant, Jacques Chirac a levé un tabou. Depuis l’opération médiatique des 19, 20 et 21 octobre, depuis les déclarations d’un général, du ministre de la défense et celle du président de la République française, il n’est plus strictement inconcevable que des armes françaises frappent Israël. Des armes françaises pourraient attaquer l’État juif, alors que la France et les Juifs d’Israël ont été des frères d’armes depuis les campagnes d’Afrique du général Koenig contre Rommel. Alors que le compagnonnage des deux pays s’est poursuivi tout au long de l’édification de l’État hébreu, jusqu’à l’embargo décidé par De Gaulle en 1967.
Depuis, ceux qui ont représenté la France ont décidé de s’éloigner d’Israël, pire encore, de devenir les meilleurs soutiens occidentaux de ses féroces ennemis. Mais jusqu’à hier, une confrontation de nature militaire entre les deux pays était inimaginable. L’un et l’autre sont des démocraties qui ont en commun les valeurs occidentales les plus essentielles. Les libertés publiques, les droits de l’homme, la liberté d’expression, l’égalité des citoyens. Ce sont deux pays qui connaissent la liberté d’entreprendre, qui misent sur la science et qui donnent un prix à la santé et à la protection de leur population. La dernière gifle de Chirac, qui tire un trait sur ce lien de parenté fondamentale, fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le tabou de la guerre française à l’État juif est levé. Or les tabous jouent un rôle essentiel. Quand on lève un tabou, on change d’époque, on entre dans une nouvelle ère, où le déroulement de l’histoire suit des chemins parfaitement improbables, dans une direction que l’on ne connait pas.
Le président français souhaite que la résolution 1701 soit appliquée « dans sa lettre et dans son esprit ». Très bien. L’a-t-il relue cette résolution, le président ? Elle prévoit d’emblée « la libération inconditionnelle des soldats israéliens enlevés », Éhoud Goldvasser et Eldad Regev. Ont-ils été libérés ? Non. Elle prévoit que « l'armée israélienne se retire en deçà de la Ligne bleue ». S’est-elle retirée ? Oui. La résolution prévoit « le désarmement de tous les groupes armés au Liban » et que « seul l'État libanais sera autorisé à détenir des armes ». Le Hezbollah a-t-il toujours ses armes ? Oui, et son chef a répété, menaçant et triomphant à la fois, qu’il les garderait. La résolution prévoit « qu’aucune autorité ne s'y exerce au Liban autre que celle du Gouvernement libanais ». Ce dernier a-t-il entrepris de désarmer la milice qui concurrence son pouvoir ? Non seulement il ne l’a pas fait, mais son chef, Fouad Signoria a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’avait nullement l’intention de la désarmer.
La résolution « Demande au Gouvernement libanais de sécuriser ses frontières (…) de manière à empêcher l'entrée au Liban sans son consentement d'armes ». Les envois d’armes ont-ils cessé ? Bien sur que non, et la Finul a refusé de se déployer là ou passent l’essentiel des trafics, dans la plaine de la Bekaa, à la frontière avec la Syrie. Et il ne s’agit pas de cartouches ou de fusils. Les services de renseignement espagnols nous apprennent que 200 missiles Zelzal ont été livrés par l’Iran. D’une portée de 150 à 400 km, ils peuvent lancer 600 kg d’explosifs. Les voila désormais déployés, dans la Bekaa justement. Ces fusées peuvent atteindre à présent tout le territoire d’Israël du Nord au Sud et d’Est en Ouest, alors qu’avant la guerre de l’été leur portée ne dépassait pas Tel Aviv. (1)
A l’évidence la partie libanaise n’a rempli presqu’aucune de ses obligations, et une menace militaire de très haute intensité continue de peser sur Israël. Pourtant, avec une mauvaise foi sans égale, Michèle Alliot-Marie a osé dire à Washington que « la situation reste fragile au Liban sud en raison des violations quasi quotidiennes de l'espace aérien libanais par l'armée de l'air israélienne ». Elle a ajouté de façon menaçante : "Pour l'instant, les missiles sol-air sont destinés uniquement à l'auto-protection et ne sont pas utilisés autrement". Ce ne sont pas les armes du Hezbollah et sa proclamation de les garder, ce n’est pas son réarmement avec une panoplie encore plus meurtrière qui fait peser un risque. Ce sont les vols de reconnaissance d’Israël, des vols de défense qui mesurent la montée des périls. Quand Israël tente de se défendre, il est coupable pour Jacques Chirac, qui le menace alors des feux de l’enfer.
Il n’est pas le seul. Le même jour, ce fameux 20 octobre, le président iranien Ahmanidejad lançait une incroyable diatribe. S’adressant aux États-Unis, il menaçait. « Il est de votre intérêt de prendre vos distances par rapport à ces criminels les Israéliens (...) Ceci est un ultimatum. Ne venez pas vous plaindre demain… tout gouvernement qui se tient aux côtés du régime sioniste ne doit s'attendre désormais qu'à la haine des peuples du monde. La colère des peuples de la région bouillonne…Cet État, grâce à Dieu, a perdu la raison même de son existence (...) Vous pouvez être certains que cet État est en train de disparaître ».
Voila donc Israël pris entre deux feux. D’un coté Jacques Chirac qui menace d’employer la force militaire contre l’activité de renseignement aérien « existentielle » de l’État Hébreu, et de l’autre, quasiment à la même heure, Ahmanidejad qui lançe son offensive la plus féroce, privant le même État de toute justification et de tout destin. Aux deux bouts de la planète les deux présidents destinaient en même temps Israël à une mort lente. Si le second est le dirigeant d’un régime fasciste et raciste, le premier est censé être à la tête d’une démocratie sœur, qu’il arrache de fait à son socle culturel et civilisationnel. Ce vendredi-là Chirac et Ahmanidejad se tenaient par la main.
Les amis de Jacques Chirac lui ont donné la réputation d’un pitre. Ils le surnommaient « l’hélicoptère » parce que ses bras s’agitaient comme des pales. Marie-France Garaud, qui fut une de ses « gourous » assurait qu’il « continue à sauter les obstacles quand il court sur le plat ». Pierre Juillet répondait à ses félicitations par un cruel « C’est la première fois qu’un cheval remercie son jockey ».
Avec Jacques Chirac, on passe vite de la pitrerie à la tragédie. Le sang n’était pas très loin quand il forçait l’Europe à financer toujours davantage Arafat et ses milices terroristes, quand il préservait le Hezbollah de l’inscription sur la liste des factions terroristes, quand il orchestrait des campagnes virulentes contre Israël au plus fort de l’offensive terroriste qui tuait les gens par dizaines dans les café et dans les autobus. Et sur le plan symbolique quand il fit donner la garde républicaine en gants blancs au plus grand terroriste du 20ème siècle, Yasser Arafat, son ami. Quel bilan !
(1) L'entièreté d'Israël à portée de missiles du Hezbollah? Rapport militaire en Espagne - Madrid (LatinReporters.com) dimanche 22 octobre 2006, 14h45













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