L'ancien chancelier allemand Gerhard Schroder, dont le second mandat avait été marqué par une opposition véhémente à la guerre en Irak, a décrit dans une copie préliminaire de ses mémoires à quel point il s'était méfié des références constantes du président américain George W. Bush à la foi chrétienne.

Dans un extrait de son livre "Décisions: Ma vie dans la politique" publié samedi dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, Gerhard Schroder parle des choix qui ont marqué ses sept années à la chancellerie, dont son conflit avec George W. Bush sur la guerre en Irak.

"Nous avons justement critiqué, dans la plupart des Etats islamiques, la fait que le rôle de la religion dans la société et la loi ne soient pas clairement séparées", écrit Gerhard Schroder. "Mais nous avons échoué à reconnaître qu'aux Etats-Unis, les fondamentalistes chrétiens et leur interprétation de la Bible ont des tendances similaires".

"Je suis tout sauf anti-américain", se défend l'ex-chancelier à l'hebdomadaire, dans un entretien qui accompagne l'extrait des mémoires à paraître jeudi.

"Il était important pour moi que l'Allemagne remplisse ses devoirs en tant qu'allié" des Etats-Unis, explique-t-il dans cet extrait, évoquant sa tristesse devant les images télévisées des attaques du 11 septembre 2001. "Il était aussi tout à fait clair que cela pouvait inclure la participation de l'armée allemande à une mission militaire américaine", ajoute Gerhard Schroder.

Mais celui qui a conduit les sociaux-démocrates au pouvoir en 1998 avoue ensuite qu'il n'a jamais pu se faire à l'idée que la religion guide nombre des décisions politiques du président américain, et dit avoir été surpris par la faiblesse du discours de George W. Bush devant le Parlement allemand lors de sa visite en 2002.

"Ce qui m'a ennuyé, et m'a rendu suspicieux, d'une certaine façon, malgré l'atmosphère détendue, a été, dans nos discussions, la façon dont le président Bush se décrivait encore et toujours comme un croyant", raconte M. Schroder, ajoutant qu'il est un fervent partisan de la séparation des Eglises et de l'Etat.

Gerhard Schroder avait été élu pour un second mandat en 2003, mais a convoqué des élections anticipées l'année dernière, après que son parti social-démocrate eut subi une série de revers dans les élections régionales. Il a perdu ces élections avec une faible marge face aux Chrétiens démocrates d'Angela Merkel, et a démissionné de la tête de son parti.