Après l'adoption à l'Assemblée nationale, jeudi 12 octobre, malgré l'hostilité du gouvernement, d'une proposition de loi socialiste sanctionnant la négation du génocide arménien, de nombreuses critiques se sont fait entendre. C'est en Turquie que les réactions ont été les plus vives. "Les relations franco-turques, qui se sont développées au cours des siècles (...), ont été endommagées aujourd'hui par les affirmations fausses et irresponsables de personnalités politiques françaises qui ne voient pas les conséquences politiques de leurs actes", a ainsi déclaré le ministère des affaires étrangères turc.
A Bruxelles, où il poursuit les négociations sur l'adhésion de son pays à l'Union européenne, le ministre de l'économie turc, Ali Babacan, n'a pas exclu de son côté que des produits français fassent l'objet d'un boycottage en Turquie, tout en soulignant que le gouvernement turc n'avait pas l'intention de lancer un appel en ce sens.
Le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, avait invité la France à se pencher sur propre passé colonial en Afrique plutôt que d'exiger de la Turquie la reconnaissance d'un génocide arménien, qualificatif que conteste Ankara. La Turquie s'était également indignée du "critère Chirac", appellation donnée par les médias nationaux à l'opinion exprimée par le président français lors d'un récent déplacement en Arménie, au cours duquel il a estimé que la reconnaissance du génocide arménien devait être une condition à l'entrée de la Turquie dans l'UE.
"BLOQUER LE DÉBAT QUI COMMENCE"
La Commission européenne, qui a depuis réaffirmé que cela n'entrait pas dans les critères d'adhésion à l'UE, a estimé que l'initiative des députés français nuirait au dialogue turco-européen."Dans le cas où cette loi entrerait en vigueur, elle empêcherait le dialogue et le débat nécessaire pour la réconciliation sur ce sujet", a déclaré la porte-parole du commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn. Pour la Commission, la Turquie avait commencé à bouger sur ce dossier en créant une commission d'historiens pour établir la vérité historique sur ce sujet. "Cette loi aurait pour effet de bloquer le débat qui commence", a ajouté la porte-parole d'Olli Rehn.
L'Arménie, elle, s'est félicitée de ce vote, estimant qu'il s'agit d'"une réaction naturelle" à la politique "agressive" de "déni" de l'Etat turc. De 1915 à 1917, les massacres et déportations d'Arméniens ont fait 1,5 million de morts, selon Erevan, entre 300 000 et 500 000 selon Ankara qui ne reconnaît que des "massacres" interethniques. Grâce à la non-participation au vote de la majeure partie des députés UMP, le texte a été validé par 106 voix contre 19. Compte tenu du calendrier parlementaire, il semble toutefois peu probable qu'il soit discuté au Sénat avant la fin de l'actuelle législature, en février 2007.
Le Monde













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