Ségo et Sarko : bons ou mauvais pour Israël ? par Barbara Szerer pour Guysen Israël News Lundi 9 octobre 2006 à 04:16 Revue de la presse arabe du dimanche 8 octobre 2006
La presse arabe aborde aujourd’hui la crise intestine palestinienne, les différentes menaces qui planent sur le Proche-Orient - la bombe atomique égyptienne, les missiles longue portée du Hezbollah. Mais également le rôle de la France dans la région. Chirac aurait convaincu Olmert du rediscuter du retrait israélien des fermes de Chebaa. Et la politique arabe du futur Président français fait déjà parler d’elle. Ségo serait dans la lignée « classique » de la France, bien « qu’elle n’y connaisse rien », alors que Sarko aurait déjà choisi son camp, « celui de Bush et d’Olmert ».
Randa Takieddin du quotidien saoudien Al-Hayat signe donc cet article sous le titre « Sego et Sarko ». Il commence par expliquer qu’il y a trois candidats socialistes en lice pour la candidature à la présidentielle. « Strauss-Kahn et Fabius sont étroitement lies à Israël. Quant à Royal, son partenaire François Hollande, sera son conseiller pour les questions internationales. Sa position sur le conflit israélo-palestinien, le Liban et le monde arabe, sont dans la lignée de la politique française. Bien qu’elle n’y connaisse pas grand-chose, Royal serait meilleure pour la cause arabe que ses deux rivaux. Car il ne faut pas oublier que l’épouse de Strauss-Kahn, star de la télévision française, est une ardente avocate d’Israël et de ses politiques. Pour ce qui est de Sarkozy, il base sa politique sur la rupture avec la tradition française. D’un point de vue international, une de ses premières visites dans cette campagne qu’il mène depuis de longues années, fut en Israël, et plus récemment au Etats-Unis ou il a rencontré George Bush en s’excusant de « l’arrogance française » et sa politique qui s’oppose à l’intervention américaine en Irak. »
Le rôle de la France est également abordé dans la presse arabe avec cette révélation du quotidien francophone libanais L’Orient le Jour. Élie Masboungi, le correspondant du journal à Paris explique que Chirac aurait convaincu Olmert de discuter d’un retrait de Chebaa. « Un haut responsable français qui s’adressait en privé à un groupe de journalistes a expliqué que pour avancer vers une solution au Liban il faudrait que toutes les parties en présence respectent rigoureusement le cessez-le-feu, que la Finul consolide ses positions et que le secrétaire général des Nations unies réussisse à proposer et à mettre en place des dispositions visant à régler la question de la présence militaire israélienne dans le secteur des fermes de Chebaa, qui est à la base de l’activité du Hezbollah au Liban-Sud. Ce responsable a laissé entendre à cet égard que le président Chirac aurait obtenu du Premier ministre israélien, M. Ehoud Olmert, lors d’un récent contact, que le gouvernement israélien manifeste une disposition à discuter d’un retrait des fermes de Chebaa. »
Rania Adel, éditorialiste à l’hebdomadaire francophone égyptien Al Ahram, aborde la crise sans précédent que vivent les palestiniens. Elle estime que « les Palestiniens traversent la phase la plus difficile de leur histoire avec des affrontements meurtriers sur fond de blocage politique. » En expliquant que le fond du problème est le désaccord profond entre le Hamas et le Fatah sur la reconnaissance d’Israël et des accords passés. « Le problème de la reconnaissance de l’entité sioniste est la cause essentielle de la suspension par Israël du transfert du produit de la TVA et des taxes de douanes prélevées pour le compte de l’Autorité palestinienne qui servaient à régler les quelque 170 000 employés publics. La communauté internationale a de même cessé de verser des aides directes à l’Autorité palestinienne depuis l’entrée en fonction du cabinet Hamas en mars. Les Etats-Unis et l’Europe considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. »
Dans le même journal, Bassam Bounenni signe un édito au titre emprunté à Dante « La Divine Comédie ». Ce chercheur tunisien en géopolitique fait le parallèle entre l’ouvrage italien et ce qu’il appelle « une bêtise humaine au sens moderne du terme », et critique le Liban qui n’arrive pas selon lui à tirer les leçons du passé et tourner la page.
« Nul ne peut nier que le Hezbollah a eu le mérite de secouer toute la région, lors de son face-à -face avec Israël. Des médias et des intellectuels insistent à l’immortaliser comme étant « la VIe guerre israélo-arabe ». Le Parti de Dieu a, en effet, mis un terme à la règle respectée, à tort ou à raison, par les Etats-majors arabes, laquelle exclut l’éventualité d’une nouvelle guerre avec l’Etat hébreu. Chez « l’ennemi » israélien, pourtant, le cours des événements prend une autre tournure : enquête sur le comment de la déroute, baisse de popularité pour le duo trop politicien de Olmert-Peretz. Les pratiques démocratiques, solidement consolidées en Israël, ont imposé cette « rétrospective » qui pourrait faire des victimes autant que la guerre n’en a faites. »
Bounenni poursuit « Mais, au Liban, ainsi que dans les pays arabes, l’heure n’est pas encore aux comptes. Elle ne l’est pas et ne le sera jamais. … Et les monarchies pétrolières d’entamer leur kermesse. La surenchère « humanitaire » a, d’ailleurs, atteint son paroxysme. Sauf qu’on a toujours omis que le Liban n’a vraiment pas besoin de charité. Loin s’en faut. Le pays du Cèdre a plutôt besoin de stabilité, à la fois institutionnelle et interconfessionnelle. En somme, un nouveau visage où priment l’unité et l’intérêt nationaux. Le cas du Liban n’est pas si méconnu pour les pays arabes les plus influents. L’Iraq est l’autre face de la monnaie. Dans les deux « tragédies », il est un point commun on ne peut plus capital : en Iraq, comme au Liban, force serait de tourner la page du passé. Car, il est inconcevable de voir des mains ensanglantées signer ou aspirer à signer des alliances de bonne entente ou des codes de bonne conduite. Quelle crédibilité pour les thuriféraires du mal, ici et là ? »
Sa conclusion « Faut-il passer par La Haye, me diriez-vous ? Ce n’est pas l’objectif. Du moins, pour l’instant. Mais, tant que l’impunité permet à des criminels de guerre de jouer un rôle prépondérant dans les assises du « dialogue national », les débouchés ne seront pas prometteurs. »
Dans L’Orient le Jour Christian Merville, fait le point sur la situation générale du Proche-Orient, dans un article au titre évocateur « Mission impossible ».
Le tableau général « Les Territoires sont à feu et à sang, livrés aux hélicoptères Apache (le beau nom pour des machines de mort...) qui moissonnent tous les jours leur lot de victimes. L’ombre de la terrible guerre livrée par Israël au Liban, avec la bénédiction affichée du grand frère yankee, continue de planer sur la scène proche-orientale. « Libéré » de la sanglante tyrannie de Saddam Hussein, l’Irak en est encore à se demander à quelle sauce démocratique son nouveau régime va être assaisonné. Pendant ce temps, de l’autre côté du Chatt el-Arab, l’Iran poursuit le développement de son programme nucléaire, insensible aux menaces de sanctions qu’agite une communauté internationale bien incapable, en attendant, de faire respecter ses multiples rappels à l’ordre. »
Il poursuit et n’y va pas avec le dos de la cuillère « Et l’Amérique dans tout cela, que fait l’Amérique ? Eh bien, elle envoie dans la région le bras droit de son président, le chef de sa diplomatie, Condoleezza Rice en personne, avec pour mission essentielle, dit-elle, de relancer un processus de paix qui n’en finit pas d’agoniser et que même un miracle serait incapable de relancer. Il est évident que la tâche est ardue : rouvrir un dialogue, suspendu depuis des années, entre un Ehud Olmert affaibli par la désastreuse équipée de son armée au Liban – ce n’est pas le Hezbollah qui le dit mais la presse israélienne elle-même et l’ensemble de la caste politique, du Likoud au Kadima en passant par la multitude de minuscules partis qui font l’opinion publique – et un Mahmoud Abbas qui se démène sans grand succès sur plus d’un front, relève de la gageure impossible à tenir. D’autant plus que, depuis quelque temps, les groupes armés, les Brigades d’el-Aqsa en tête, oubliant leur objectif jadis affiché, paraissent reprendre goût au sport éminemment palestinien des combats fratricides. »
« C’est l’étape israélienne qui reste, et de loin, la plus délicate de ce périple, le second qu’entreprend Mme Rice dans la région en l’espace de trois mois. Il s’agit pour la « Dame de fer » de l’Administration républicaine de calmer les ardeurs bellicistes de l’establishment militaire, le général Dan Haloutz en tête, qui se prend de nouveau à ne rêver que plaies et bosses. Plus facile à dire qu’à faire, surtout qu’avec la soudaine et définitive éclipse d’Ariel Sharon, l’effacement progressif (dû à l’âge tout autant qu’au caractère de l’homme) de l’éternel second Shimon Peres, la sainte terreur enfin qu’inspire une relève incarnée par l’opportuniste Benyamin Netanyahu, la scène est en passe de se vider totalement de ce qui constituait sa substantifique moelle politique. À Washington, des voix s’étaient élevées la semaine dernière pour demander au département d’État de surseoir à ses efforts diplomatiques en attendant les résultats de la consultation électorale du 7 novembre. Cela, c’était avant le triple coup de tonnerre représenté par le désolant bilan irakien, les ravages causés par le dernier opus de Bob Woodward et le triste épisode des escapades de Mark Foley. Condie a préféré allumer un contre-feu. Au risque de se brûler les doigts et, plutôt que de régler les vieux problèmes, d’en créer de nouveaux. »
Le Daily star de Beyrouth (DSB), s’attache lui aussi à décrire la situation complexe du Moyen-Orient, mais par l’entremise d’un double portrait croisé. Celui d’Olmert et Abbas d’une part. Qui selon Aluf Benn, illustre commentateur du quotidien israélien Haaretz, repris dans les colonnes du DSB, mérite une attention particulière de part les situations similaires dans lesquelles se trouvent les deux hommes. Et d’autre part le portrait croisé de Bush et Ahmadenijad, « qui se ressemblent bien plus qu’il n’y parait ».
Pour Steven Coulthart les ressemblances entre Mahmoud Ahmadinejad et George W. Bush sont évidentes « au centre de la crise irano américaine se trouve deux hommes, tout deux présidents et très controversés au sein de leurs pays et à l’étranger. Ils pourraient paraître à première vue, diamétralement opposés. Pourtant plusieurs traits communs les rassemblent. Leur arrivée au pouvoir, leur rapport à la religion et à l’Etat. Les deux hommes sont des dirigeants au passé assez flou et ils ont également tout les deux, des dispositions spirituelles fortes. »
Pour Aluf Benn, la ressemblance entre Olmert et Abbas provient de leurs faiblesses respectives sur la scène politique. « L’histoire du Premier ministre israélien Ehoud Olmert et du Président palestinien Abbas peut être décrite comme une tragédie de faiblesse politique. D’un côté il n’y a jamais eu si peu d’animosité, de méfiance et de divergences politiques entre dirigeants palestiniens et israéliens. De l’autre côté, la capacité de chaque camp d’atteindre un possible accord à long terme n’a jamais semblé aussi éloignée. Quand Olmert a succédé à Sharon, Israël était à son apogée dans sa politique unilatérale face aux Palestiniens. La semaine après la nomination d’Olmert pour remplacer Sharon, le Hamas sort victorieux des élections législatives palestiniennes. »
La presse arabe, aborde également plusieurs menaces qui planent sur le ProcheOrient. Ainsi, le journal libanais An-Nahar rapporte que Hezbollah a réussi à se doter à nouveau de missiles longue portée, de fabrication iranienne et transportés par la Syrie. Ces missiles, pourraient désormais atteindre la Turquie, ce qui plonge évidemment la région dans une toute une toute autre configuration. Le quotidien saoudien Asharq Al- Awsat revient lui sur la bombe nucléaire égyptienne. Effectivement, le Caire a annoncé son intention d’avoir recours à la force nucléaire.
Les nouvelles de la presse arabe ne sont pas des plus réjouissantes, alors terminons par ce petit bol d’air frais et enjoué, la chronique de Fifi Abou Dib dans les colonnes du titre libanais L’Orient le Jour. Après la guerre, tout est encore plus évident pour s’enthousiasmer et cueillir l’instant « Allons nous encore longtemps, gauche-droite, gauche-droite, compter ces balles qui volent – toujours plus bas – d’un camp à l’autre ? Non, la vie est trop courte pour être vécue en pointillé, et le temps est venu pour nous de faire ce que nous sommes les seuls à savoir faire : danser sur le volcan. Nous avons eu peur, nous avons eu mal. Maintenant que c’est dit, il nous faut retrouver notre pugnacité légendaire et faire redémarrer la machine. Non, tout le monde n’est pas parti, il y a bien vous et moi ? Il ne tient qu’à nous, contre vents et marées, contre les désastres qu’on nous promet et la lassitude qui nous accable, de faire à nouveau pleuvoir les paillettes. »
« Plus que jamais, nous qui savons remplir les places quand on touche à notre liberté, nous qui savons comme personne ouvrir les bras, donner du cœur et de la voix, et faire caracoler le panache, plus que jamais nous avons besoin de joie. Notre économie a besoin de joie, nos plages, nos montagnes, nos veuves, nos orphelins, nos écoliers, nos étudiants, nos enseignants, nos médecins, nos avocats, nos architectes, nos artisans, nos bougainvillées, nos jasmins, nos oliviers, nos vignes, nos villes, nos commerces, nos rues ont besoin de joie. Il nous faut un grand fou rire obscène et récréatif, une fête pour rien, un bal de fous pour célébrer la vie restante, la vie qui a bien voulu rester. Avant que nos têtes basses et nos gueules de carême ne finissent de la décourager. »
« Alors, Lola, tu verras le bonheur que l’urgence allume, et l’euphorie qui rameutera les blasés de ce monde en mal de sensations. Sur les planches vermoulues de ce pays qui n’abdique pas, Venise de feu que rien ne consume, tu comprendras comme la frivolité nous est vitale. Et comme il nous est nécessaire, alors que nous manquons de l’essentiel, de ne pas être privés du superflu. Parce que la légèreté est notre fonds de commerce, The show must go on. Mais oui, qu’est-ce qu’on attend… »
Alors chers amis, le superflu et la légèreté, ne l’oubliez pas, sont éminemment nécessaires.













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