Quelques mois auparavant, la classe politique mondiale félicitait Ariel Sharon pour sa volonté de se désengager de la Bande de Gaza. La seule fois où Israël fut le destinataire d'éloges était aussi la pire décision que la classe politique israélienne ait prise. Le contrôle de la Bande de Gaza était un point capital pour la défense de l'Etat Hébreu et pour contrôler les trafics d'armes qui transitent aujourd'hui librement par les tunnels. Pour la Bande de Gaza, les acheminements d'armes en direction du Hamas se font par voie maritime, via le désert du Sinaï pour arriver enfin dans la Bande de Gaza. Avec ce retrait, non seulement l'Etat d'Israël a consenti à réduire ses territoires une fois de plus, mais a aussi mis la région de Bath Chéba un peu plus en danger.

Pour couronner le tout, sur le front Nord, la milice chiîte Hezbollah était ravitaillée par ses fidèles alliés que sont l'Iran, mais aussi la Syrie. Le décor était planté pour ce qu'on appelle la deuxième guerre du Liban, qui commenca du reste par l'enlèvement de trois soldats de l'armée israélienne, et ensuite par le bombardement d'Israël au moyen de roquettes Katiouchas. A ce moment précis, l'armée israélienne entra en guerre contre un ennemi différent des ennemis du passé.

Quel est le bilan de l'intervention israélienne au Liban ? A la fin de la guerre, le bilan est mitigé. Il n'est pas question ici d'évoquer les réactions de la presse internationale, qui s'est vite efforcée de dresser un bilan plus que négatif à l'armée israélienne, en se basant sur les dégâts matériels occasionnés au Liban, et notamment par la destruction de la centrale électrique. L'opinion israélienne se voit obligée d'émettre des réserves quant à la politique menée par le nouveau parti Kadima - En avant -, depuis que le Premier Ministre Ariel Sharon a formé un nouveau gouvernement d'unité nationale, et sur la manière dont Ehud Olmert a assuré la continuité de la politique d'Ariel Sharon. Des voix se font entendre, chaque jour plus nombreuses, demandant la création d'une commission d'enquête d'Etat pour enquêter sur la manière dont cette guerre du Liban a été livrée par l'état-major israélien, et spécialement sur les ordres du chef d'état-major Dan Halutz. Elles reprochent à Dan Halutz d'avoir compté de façon abusive sur la puissance aérienne israélienne pour mettre fin au conflit de manière rapide, contre un ennemi qui exigeait plus l'utilisation des forces terrestres de par son insaisissabilité.

Le Hezbollah se dissimulait parmi la population civile tout en procédant à ses tirs de roquettes. Il faut souligner qu'une colonne de soldats israéliens aurait pu facilement tomber dans une embuscade du Hezbollah jusqu'à atteindre Beyrouth, alors que l'aviation, avec l'aide des drônes, repérait de manière précise les endroits d'où étaient tirées les roquettes, de façon à les détruire en causant un minimum de pertes chez les civils. Malgré cela, des tenors de l'armée israélienne dénoncent l'emploi tardif des forces terrestres qui auraient dû pénétrer dès que possible au Liban de façon à traquer les miliciens du Hezbollah par des opérations commando, comme savent si bien les mener les forces d'élite de l'armée israélienne. Mais le Premier Ministre Ehud Olmert est aussi vivement critiqué par ses opposants politiques, mais aussi par les réservistes de l'armée israélienne qui ont été mobilisés pour soutenir les effectifs de Zahal. Plus que tout, le sentiment du devoir inachevé plane dans les rangs, et une fois de plus les raisons politiques auront eu raison de la logique militaire.

Justement, l'on peut se demander pour quelles raisons la communuaté internationale a réclamé au plus vite un cesser le feu au Liban, et pour quelles raisons Nasrallah a accepté aussi facilement ce cesser le feu. Les revers infligés par l'armée israélienne au Hezbollah semblent être importants pour que les tirs de roquettes sur Israël se soient arrêtés aussi vite. Apparemment, il était urgent pour la milice chiîte que les combats s'arrêtent, au-delà du fait qu'elle commençait à être impopulaire et qu'elle était responsable, directement ou indirectement, selon à qui on pose la question, de la destruction du Liban. Mais le plus important dans cette affaire reste à venir. La guerre s'est peut-être arrêtée sur la forme, mais il faut constater que les soldats israéliens enlevés n'ont toujours pas été relâchés, et que les rumeurs sur leur état de santé vont bon train. Pour ne pas perdre complètement la face, Ehud Olmert assure aux familles des soldats qu'il regarde ce dossier de près et qu'il suit les négociations avec détermination. L'un des objectifs de l'armée israélienne n'a donc pas pu être atteint, alors que parallèlement des acteurs de la politique internationale s'impliquent activement dans les négociations pour la libération des soldats, et se font des intermédiaires entre les familles et les ravisseurs.

Au sein de Zahal, le chef d'état-major Dan Halutz a déjà procédé à des remaniements en réponse aux critiques dont il est l'objet. Les critiques sont purement militaires, excluant l'affaire des actions qu'il détenait et qu'il aurait vendues avant le déclenchement de la guerre du Liban. L'ancien chef d'état-major, Moché Yaalon, a indiqué qu'Israël n'a pas su tirer profit des réactions du monde arabe suite au premier retrait du Sud-Liban qui s'est achevé en l'an 2000, et que le désengagement de la Bande de Gaza a été perçu dans le monde arabe, et surtout par le Hezbollah et les palestiniens, comme une victoire et comme un encouragement au terrorisme. Ses déclarations lui ont coûté le poste de dirigeant des armées, remaniement décidé par Ariel Sharon, en Fevrier 2006. Depuis la fin de la deuxième guerre du Liban, ce sont pas moins de 4 gradés de l'armée israélienne qui ont émis des doutes sur l'efficacité de la gestion de la crise. Le Général commandant le secteur Nord et nommé pendant la guerre, Oudi Adam, indiquait dans une lettre son désaccord avec certaines décisions prises ajoutant qu'il n'avait pas pu déployer ses forces comme il le voulait. Il sera contraint de démissionner. Le Colonel Amnon Eshel accusait son chef hiérarchique d'être "complètement coupé des réalités sur le terrain". Le colonel recevait aussitôt un blame pour "ne pas avoir respecté la voie hiérarchique". Amram Mitzna, ancien commandant de la région Nord, soulignait quant à lui que Dan Halutz ne pouvait plus occuper ses fonctions car "il a perdu la confiance des commandements régionaux, des officiers et des soldats". Enfin, le Général Yiftah Ron-Tal, commandant des forces terrestres durant la guerre, demandait au chef d'état-major Dan Halutz de "prendre ses responsabilités" et donc de démissionner. Il précise que "l'armée s'est concentrée sur le désengagement de Gaza et les entraînements en ont souffert... Revenait-il à l'armée d'organiser le désengagement ? Ce n'était pas son travail que d'évacuer des Juifs, Zahal est l'armée du peuple et n'était pas censée faire ça". Le Général Ron-Tal se vit signifier son renvoi de l'armée dès le lendemain.

LL