En raison de la publication dans 'Le Figaro' d'une tribune intitulée 'Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?', le professeur français de philosophie Robert Redeker a reçu des menaces de mort. Différentes personnalités ont pris sa défense, estimant que cette affaire montre, une nouvelle fois, que la liberté d'expression court un danger dans les pays occidentaux.



Le Monde (France) Le quotidien publie un appel signé par une vingtaine de personnalités en faveur de Robert Redeker. "Une poignée de fanatiques agite en ce moment de prétendues lois religieuses pour remettre en cause, dans notre pays, nos libertés les plus fondamentales. Cette menace s'ajoute aux murmures que l'on peut entendre ici et là partout en Europe sur les 'provocations' qu'il faudrait désormais éviter afin de ne pas froisser de supposées sensibilités étrangères. (...) Les temps en Europe redeviennent durs. L'heure n'est pas à la lâcheté. C'est pourquoi nous en appelons solennellement aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu'ils continuent de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais aussi que, par un geste politique fort, ils s'engagent à maintenir son statut matériel tant qu'il est en danger, tout comme les autorités anglaises n'ont pas hésité à le faire durant tout le temps qu'a duré l'affaire Rushdie."



Corriere della Sera (Italie) Le philosophe français Bernard-Henry Lévy revient sur l'affaire Robert Redeker. "On ne discute pas avec un homme à terre, on l'aide à se relever. On n'ouvre pas la polémique contre celui qui, parce qu'il a écrit un article, se voit menacé de mort, traqué, stigmatisé. On lui tend la main, on le défend, et si l'on est un gouvernement on le protège en même temps que sa famille et on lui offre un abri. En bref, cela ne m'intéresse pas de savoir si les déclarations de Redeker sont bêtes ou intelligentes (...). La liberté d'opinion finit-elle là où commence le respect des idées d'autrui ? Non. Elle finit, et c'est une chose complètement différente, là où commence l'appel à la haine raciale ou, pire encore, l'appel à tuer au nom de cette haine."



The Independent (Royaume-Uni) Paul Valley revient dans une analyse sur "les accusations faciles de préjugés et de bigoterie" échangées entre Européens et musulmans lors des nombreuses polémiques où s'affrontent liberté d'expression et islam. "Le problème avec ces controverse menées sur un ton franchement adolescent est qu'elles obscurcissent plus le débat qu'elles ne l'éclairent. Malgré les prétentions à vouloir ouvrir le dialogue avec les musulmans sur les valeurs d'une société pluraliste, le tout tient de l'offense gratuite. Et renforce les préjugés des fondamentalistes des deux côtés. (...) Ce n'est pas un choc des civilisations, mais une confrontation entre fondamentalistes religieux et laïcs. Car notre monde est très différent de celui de nos pères, voire de celui de Voltaire où la religion était la culture dominante et autoritaire contre laquelle se battait le rationalisme émergeant. Aujourd'hui, l'islam incarne l'identité de la minorité la plus vulnérable et la plus aliénée en Europe."



La Vanguardia (Espagne) Analysant les intenses échanges culturels et économiques que l'Occident et les pays musulmans ont toujours entretenus, l'écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun déplore l'actuelle phase d'incompréhension. "Comment est-il possible que le monde musulman soit désormais prisonnier de fanatiques, qui sont certes minoritaires, mais qui menacent la pensée libre, le doute et le dialogue ? Pourquoi ces échanges aussi riches et fructueux se sont interrompus, et que s'est-il passé pour que cette liberté se retrouve étouffée par des discours de haine et de méfiance ? (...) Un simple discours du pape dans lequel est émise une opinion négative sur l'islam suffit aujourd'hui à provoquer des colères inouïes et brutales. Il ne reste plus rien entre ces deux partenaires dont la relation a été harmonieuse pendant des siècles, et ce malgré différents antagonismes et de nombreuses péripéties historiques."