Le texte inspire, tes traducteurs transpirent!

Pour les Chrétiens, la Bible est un livre inspiré dans sa forme originale. Les traducteurs ont donc la lourde responsabilité de transmettre, dans toutes les langues, un texte dont le caractère sacré ne peut être édulcoré. Mais les traducteurs sont des techniciens de la langue et ne sont pas, ou ne devraient pas être, ou ne sont pas tous, chargés de prosélytisme.

Lorsqu’ils outrepassent leur rôle, ils risquent de se laisser déborder par leur propre croyance (l’athéisme en étant une !) et d’orienter le texte vers telle ou telle idée. L’histoire n’a pas manqué d’exemples où les traducteurs devaient faire coller le texte sacré avec les idées d’un pouvoir (religieux ou politique) ou d’un contre-pouvoir. C’est ainsi que, le siècle dernier, sont nés, par exemple, des théologies de la libération (notamment en Amérique latine) ou des théologies féministes (en Occident surtout). Les révolutions d’idées se sont parfois inspirées de la Bible, l’interprétant avant même de la traduire.

Les Témoins de Jéhovah, autre exemple, ne croient pas en la divinité de Jésus-Christ; ils ont donc orienté leur traduction du Nouveau Testament, gommant ou transformant tous les textes qui permettent généralement à la doctrine chrétienne d’envisager la déité de Jésus.

Il y a, cependant, des organismes sérieux qui travaillent aussi consciencieusement que possible à la traduction honnête de la Bible. Ceux-là ont des principes de travail rigoureux.

Des expressions ou des images utilisées dans la Bible peuvent être totalement anachroniques dans certaines autres cultures que la culture biblique Ainsi les allusions a la blancheur comme celle de la neige sont difficiles en certains endroits du monde. Il faut alors que le traducteur cherche une autre illustration qui rende l’image et le sens familiers. Ce qui ne va pas sans certaines surprises:

En traduisant en fulfulde, dialecte du nord du Burkina Faso, le verset: «Vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres» (1 Thessaloniciens 5. 5) les mots jour, ténèbres, enfants ne présentaient pas de difficultés. Néanmoins l’aide de la tribu Peul, qui participait au travail, était mal à l’aise avec la traduction, et il a fini par reconnaître: «Ce n’est pas bon de le transcrire comme ça! » En demandant des précisions, le traducteur a appris que «enfants du jour» est une expression tribale pour parler des enfants illégitimes (conçus dans la brousse dans la journée) au contraire des «enfants de la nuit» qui sont issus, eux, de l’union conjugale. Pour communiquer le sens de l’apôtre Paul dans ce verset, il a fallu veiller à ne pas dire le contraire de l’apôtre et traduire par: «Vous êtes des personnes du jour, pas des personnes des ténèbres.»

Cet autre exemple:
Les Nyaboa habitent la forêt tropicale de Côte d’ivoire. Comment peut-on, dans un tel contexte, traduire la formule de Jésus : «Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.» (Marc 10. 25) ? Cette image n’évoque rien dans la culture nyaboa. Il a donc fallu essayer différentes solutions, dont la première commençait ainsi: «Il est difficile à un éléphant de passer par un trou de souris.» Puisqu’il s’agissait là d’un texte didactique et non pas historique, les traducteurs pensèrent que la formule serait acceptable. Et effectivement, cette traduction a bien fait rire les gens, car elle communiquait immédiatement l’exagération voulue par Jésus, et mettait en évidence l’impossibilité de la démarche. Cependant, cette solution d’équivalence culturelle peut paraître hasardeuse, et les spécialistes en traduction ne l’acceptèrent qu’avec réticence, Ils préférèrent être moins précis, et proposèrent : «Il est difficile à un grand animal de passer par un petit trou.» Ce texte semblait plus fade, mais la surprise fut grande lorsque, à l’occasion des vérifications faites auprès des villageois, ceux-ci s’exclamèrent, hilares: « Ah ! Mais c’est un éléphant! »

Il y a plusieurs contrôles incontournables. Aujourd’hui, et pour commencer par les plus simples, il y a les contrôles assistés par ordinateur: orthographe et ponctuation, compte des chapitres et des versets, concordance des termes clés...

II y a ensuite les contrôles de compréhension auprès des locuteurs chrétiens — quand il y en a — et auprès des locuteurs de la langue dits « naïfs » — c’est-à-dire qui n’ont pas encore été confrontés au message de la Bible.

En dernier vient le contrôle par des spécialistes en traduction qui vérifient l’exactitude exégétique, le style, la grammaire, le vocabulaire, les titres, la ponctuation, les coupures de phrases et paragraphes... Il est difficile de faire la liste de toutes les organisations qui travaillent à la traduction de la Bible.