L'Avenir. Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l'empêchera pas d'être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'un aînée. Elle s'étonnera de la gloire des projectiles coniques, et elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher ; la pourpre de l'un ne lui semblera pas très distincte du rouge de l'autre. Une bataille entre Italiens et Allemands, entre Anglais et Russes, entre Prussiens et Français, lui apparaîtra comme nous apparaît une bataille entre Picards et Bourguignons. Elle considèrera le gaspillage du sang humain comme inutile. Elle n'éprouvera que médiocrement l'admiration d'un gros chiffre d'hommes tués. Le haussement d'épaules que nous avons devant l'Inquisition, elle l'aura devant la guerre. Elle regardera le champ de bataille de Sadowa de l'air dont nous regardons le quemedaro de Séville. Elle trouvera bête cette oscillation de la victoire aboutissant invariablement à de funestes remise en équilibre et Austerlitz toujours soldé par Waterloo…

Un peuple fouillant les flancs de la nuit et préférant, au profit du genre humain, une immense extraction de clarté. Voilà quelle sera cette Nation. Cette Nation aura pour capitale Paris et ne s'appellera point la France ; elle s'appellera l'Europe.

Elle s'appellera l'Europe au vingtième siècle, et aux siècles suivants, plus transfigurée encore elle s'appellera l'Humanité.

L'Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue par les penseurs, ces contemplateurs des pénombres, ce à quoi assiste le dix-neuvième siècle, c'est à la formation de l'Europe.


Vision majestueuse !… Mais nous connaissons ce qui est arrivé au vingtième siècle!!!!


 Son texte serait-il devenu un acte d'accusation ?
     Ce dix-neuvième siècle époque de passion, 
                   a cru en l'homme !
    Le vingtième siècle apporte-t-il un démenti ?
      A chacun de répondre à cette question !


    Racine: nous donne son point de vue: 
     "Ma foi en l'avenir, bien fou qui se fiera."
        En dépit de la chronologie Montaigne 
                  poète de Port Royal 
        répond à celui de Guernesey, et disait
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."